Scott Moe fête aujourd'hui ses 53 ans. Le premier ministre de la Saskatchewan, né le 31 juillet 1973 à Shellbrook, petite localité rurale du centre de cette province canadienne, célèbre son anniversaire au terme d'un semestre dense, dominé par la diplomatie commerciale et par des finances publiques sous pression. Quelques semaines plus tôt, en juin, il haranguait les acteurs de l'énergie au Global Energy Show de Calgary, assurant que l'Ouest canadien pouvait hisser le pays au rang de « superpuissance énergétique mondiale ». Le propos résume l'homme : un régional obstiné, convaincu que les Prairies ont un rôle disproportionné à jouer dans l'économie du Canada, et prêt à le rappeler sans relâche à Ottawa.
Rien dans ses origines ne le distinguait des dizaines de milliers d'agriculteurs de sa province. Élevé dans une exploitation familiale près de Shellbrook, formé à l'université de la Saskatchewan, Moe a d'abord travaillé dans le secteur agricole avant d'entrer en politique provinciale. Élu député du Parti saskatchewanais en 2011, il gravit les échelons ministériels, passant par l'Environnement, puis les relations intergouvernementales, avant de succéder à Brad Wall à la tête du parti et du gouvernement en 2018. Depuis, il a remporté deux élections générales, en 2020 puis en 2024, consolidant l'emprise de sa formation conservatrice sur une province longtemps disputée entre la droite et la gauche sociale-démocrate.
Homme au style direct, peu porté aux circonvolutions, Moe s'est imposé comme l'une des voix les plus fermes de l'autonomisme des Prairies face au gouvernement fédéral. Sa présidence a été marquée par des affrontements répétés avec Ottawa, notamment sur la taxe carbone, qu'il a combattue jusque devant les tribunaux, et sur les politiques climatiques fédérales jugées hostiles aux industries d'extraction. La Saskatchewan, riche en potasse, en uranium, en pétrole et en gaz, vit largement de ses ressources naturelles. Défendre ces secteurs contre ce qu'il présente comme une ingérence fédérale est devenu la ligne directrice de son action, jusqu'à l'adoption d'une loi affirmant la primauté provinciale sur ses compétences constitutionnelles.
L'année 2026 a placé la question commerciale au premier plan. Aux côtés du premier ministre fédéral Mark Carney, Scott Moe s'est rendu en Chine pour tenter de dénouer un contentieux douanier lourd de conséquences pour les agriculteurs de sa province. Pékin avait frappé de droits de douane plusieurs produits agricoles canadiens, dont le canola, culture emblématique de la Saskatchewan. La délégation est revenue avec un accord préliminaire prévoyant la levée des tarifs sur le tourteau de canola et les pois, ainsi qu'une réduction des droits sur les graines de canola. Pour une économie provinciale suspendue aux marchés d'exportation, la nouvelle a été accueillie comme un soulagement, même partiel.
Le tableau budgétaire s'est en revanche assombri. Dès le début de l'année, Moe a préparé les esprits à un budget provincial difficile pour l'exercice 2026-2027, évoquant un déficit dû au recul des recettes. Il a maintenu une promesse politique claire : pas de hausse d'impôts pour les habitants de la Saskatchewan, et pas de coupes dans les services publics. Concilier ces engagements avec un budget déficitaire constitue l'un des exercices les plus périlleux de son mandat, dans une province habituée aux excédents tirés des cours des matières premières et désormais confrontée à leur volatilité.
Au-delà de l'économie, le premier ministre s'est aventuré sur le terrain des politiques sociales et sociétales. En mai 2026, il a lancé une consultation publique sur l'instauration d'une possible interdiction des réseaux sociaux pour les enfants de 16 ans et moins, s'inscrivant dans un mouvement international de défiance envers l'exposition précoce des mineurs aux plateformes numériques. La démarche prolonge une orientation déjà affirmée sous son autorité en matière de politiques scolaires touchant à la vie des jeunes, sujets qui ont valu à son gouvernement autant de soutiens que de vives critiques.
Cette double posture, économiquement pragmatique et culturellement conservatrice, définit le positionnement de Scott Moe dans le paysage canadien. Il défend un modèle de développement fondé sur l'exploitation responsable des ressources, vante le potentiel nucléaire de sa province riche en uranium, et met en avant un portefeuille d'investissements que son gouvernement chiffre à plus de 62 milliards de dollars pour une soixantaine de grands projets, présenté comme le plus important de l'histoire de la Saskatchewan. Face à un gouvernement fédéral qu'il juge trop centralisateur, il se pose en porte-voix d'un Ouest qui s'estime mal compris et sous-représenté.
À 53 ans, Moe reste l'un des premiers ministres provinciaux les plus expérimentés du Canada, fort de plusieurs victoires électorales et d'une longévité rare à ce niveau de responsabilité. Sa fermeté lui vaut une base fidèle dans les campagnes et les villes moyennes de sa province, tandis que ses adversaires lui reprochent une opposition trop systématique aux politiques nationales, notamment environnementales. La tension entre les ambitions énergétiques des Prairies et les objectifs climatiques du pays traverse chacun de ses dossiers.
L'anniversaire de ce fils d'agriculteur intervient donc au croisement de plusieurs échéances : un budget serré à défendre, un accord commercial à concrétiser d'ici l'échéance annoncée pour son entrée en vigueur, et une consultation sociale à faire aboutir. Le premier ministre a bâti sa carrière sur la constance du message plus que sur les grands revirements. À Regina comme à Ottawa, on sait à quoi s'attendre avec lui : la Saskatchewan d'abord, et la conviction assumée que les ressources de sa province valent bien qu'on tienne tête à la capitale fédérale.