Sven Schulze fête aujourd'hui ses 47 ans, et le ministre-président du Land de Saxe-Anhalt, né le 31 juillet 1979, souffle ses bougies dans une position qu'il n'occupait pas six mois plus tôt. Le 28 janvier 2026, les députés du Landtag réunis à Magdebourg l'ont élu à la tête du gouvernement régional avec 58 voix, faisant du responsable chrétien-démocrate le successeur de Reiner Haseloff, figure tutélaire qui aura dirigé ce territoire de l'ex-Allemagne de l'Est pendant près de quinze ans. Pour Schulze, l'anniversaire prend cette année des allures de bilan précoce : celui d'un homme propulsé au sommet d'un Land, à quelques semaines d'un scrutin décisif prévu à l'automne.
Sa trajectoire illustre l'ascension méthodique d'un cadre régional de la CDU. Originaire de Saxe-Anhalt, formé à l'économie, Sven Schulze a d'abord fait ses armes dans la politique européenne. Élu au Parlement européen, il y a représenté sa région et sa famille politique avant de revenir aux affaires nationales et régionales. Ce parcours bruxellois lui a donné une connaissance des dossiers industriels et énergétiques que peu de responsables régionaux possèdent, atout précieux pour un Land qui cherche à réinventer son tissu économique.
Son entrée dans le premier cercle du pouvoir régional s'est faite comme ministre de l'Économie et du Tourisme dans le gouvernement Haseloff, portefeuille stratégique dans une région en pleine mutation. La Saxe-Anhalt a en effet misé sur une reconversion industrielle spectaculaire, symbolisée par les projets d'implantation de méga-usines de semi-conducteurs autour de Magdebourg, censés attirer des milliers d'emplois et faire de l'ancienne région minière un pôle technologique. Schulze a été l'un des artisans politiques de cette ambition, vantant l'arrivée d'investissements majeurs comme la preuve que l'Est allemand pouvait rivaliser avec les grands bassins industriels de l'Ouest.
La succession de Reiner Haseloff a été soigneusement préparée. En août 2025, le ministre-président sortant avait annoncé qu'il ne se représenterait pas et suggéré le nom de Schulze pour prendre la relève. En novembre 2025, une assemblée des représentants de la CDU du Land a désigné ce dernier comme tête de liste pour les élections régionales, avec un score de 90,9 %, plébiscite qui a scellé son statut d'héritier. Son élection par le Landtag en janvier 2026 a parachevé cette transition, lui confiant les rênes d'un gouvernement à mi-mandat, avec la lourde tâche de conduire son camp jusqu'aux urnes à l'automne.
Car l'enjeu qui domine son horizon est électoral. La Saxe-Anhalt, comme plusieurs Länder de l'ancienne République démocratique allemande, est devenue l'un des laboratoires de la percée de l'extrême droite. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD) y réalise des scores élevés et menace la domination traditionnelle des chrétiens-démocrates. Le scrutin régional de l'automne 2026 s'annonce comme l'un des tests les plus scrutés du pays, susceptible de rebattre les cartes du pouvoir à Magdebourg et d'envoyer un signal politique bien au-delà des frontières du Land. Schulze a fait de la stabilité et de la cohésion le cœur de son message, répétant que la CDU représente le sérieux et le rassemblement face à la tentation protestataire.
Sa marge de manœuvre est étroite. Le ministre-président doit tenir un discours ferme sur les questions de sécurité et de migration, sujets qui nourrissent l'audience de l'AfD dans l'est du pays, sans pour autant renier la ligne de barrage que la CDU maintient officiellement à l'égard du parti d'extrême droite, avec lequel elle exclut toute coalition. L'exercice consiste à reconquérir des électeurs séduits par la contestation tout en préservant les alliances de gouvernement possibles avec les autres forces démocratiques. Peu d'équilibres politiques sont aujourd'hui plus délicats en Allemagne.
Sur le fond, Schulze défend un projet centré sur l'économie et l'emploi. La transformation industrielle de la région, la sécurisation des approvisionnements énergétiques, le soutien aux entreprises et la lutte contre le déclin démographique des campagnes de Saxe-Anhalt figurent au premier rang de ses priorités. Le Land souffre, comme d'autres territoires de l'Est, du vieillissement de sa population et du départ des jeunes vers les métropoles plus dynamiques. Retenir ces forces vives et convaincre les investisseurs que la région offre un avenir constitue le fil rouge de son action.
À 47 ans, le ministre-président appartient à une génération de responsables est-allemands qui n'ont connu la division du pays que dans leur enfance et qui ont grandi dans l'Allemagne réunifiée. Cette identité biographique nourrit un discours attaché à la fierté régionale, loin du complexe d'infériorité qui a longtemps marqué les rapports entre l'Est et l'Ouest. Schulze se présente volontiers en gestionnaire pragmatique, moins tribun que technicien du développement, misant sur les résultats concrets plutôt que sur les envolées idéologiques.
L'anniversaire de ce natif de Saxe-Anhalt tombe donc à un moment suspendu. Ministre-président depuis quelques mois seulement, il n'a pas encore reçu l'onction des urnes en tant que chef de l'exécutif régional. Le scrutin de l'automne dira s'il parvient à prolonger l'ère chrétienne-démocrate ouverte par son prédécesseur ou si la Saxe-Anhalt bascule dans une configuration inédite. D'ici là, chaque déplacement, chaque annonce industrielle et chaque prise de parole seront pesés à l'aune de cette échéance. À Magdebourg, on observe désormais le nouveau maître de la ville avec la curiosité que suscite un dirigeant dont le vrai mandat reste à conquérir.