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UN JOUR, UN PAYS

Grèce : Mitsotakis rattrapé par le scandale des subventions agricoles

UN JOUR, UN PAYS Source : EPOC - création IA

Aucun point du territoire grec ne se trouve à plus de cent kilomètres de la mer. Cette évidence géographique a modelé une civilisation tout entière tournée vers les flots, depuis les marins de l'Antiquité jusqu'aux armateurs qui contrôlent aujourd'hui l'une des plus grandes flottes marchandes du monde. Avec près de six mille îles et îlots, dont deux cents à peine sont habités, la Grèce déploie l'un des littoraux les plus longs et les plus découpés de la planète, éparpillé de la mer Ionienne à la mer Égée.

Le pays occupe l'extrémité sud de la péninsule balkanique, prolongée par le Péloponnèse et une myriade d'archipels : les Cyclades, le Dodécanèse, les îles Ioniennes, la Crète au sud qui ferme la mer Égée. Un relief montagneux domine l'ensemble, structuré par la chaîne du Pinde, échine dorsale du continent, et couronné par le mont Olympe, demeure mythique des dieux, qui culmine à près de deux mille neuf cents mètres. Les plaines fertiles sont rares, concentrées en Thessalie et en Macédoine, ce qui a de tout temps orienté les Grecs vers le commerce maritime plutôt que vers l'agriculture extensive. Le climat méditerranéen, aux étés chauds et secs, favorise la vigne, l'olivier et un tourisme devenu pilier de l'économie. Le pays repose aussi sur une zone sismique parmi les plus actives d'Europe, régulièrement secouée par des tremblements de terre.

C'est sur ce sol qu'est née, au premier millénaire avant notre ère, la civilisation qui a donné à l'Occident la démocratie, la philosophie, le théâtre et une part de son vocabulaire politique. Athènes et Sparte, cités rivales, incarnèrent deux modèles opposés avant que les conquêtes d'Alexandre le Grand ne diffusent la culture hellénique jusqu'aux confins de l'Asie. Absorbée par Rome, la Grèce devint le cœur intellectuel de l'Empire, puis le centre de l'Empire byzantin dont Constantinople rayonna pendant mille ans. La chute de la ville en 1453 ouvrit près de quatre siècles de domination ottomane, période durant laquelle la langue et l'orthodoxie préservèrent une identité que la guerre d'indépendance, déclenchée en 1821, transforma en projet national.

L'État grec moderne naquit en 1830, d'abord royaume sous protection des puissances européennes, avant de s'agrandir peu à peu au fil des guerres balkaniques. Le XXe siècle fut cruel : la « grande catastrophe » de 1922 mit fin à la présence grecque en Asie Mineure au terme d'un échange massif de populations avec la Turquie, l'occupation nazie durant la Seconde Guerre mondiale provoqua une famine meurtrière, et une guerre civile opposa de 1946 à 1949 communistes et forces gouvernementales. La démocratie, restaurée puis renversée, sombra en 1967 sous la dictature des colonels, régime militaire qui ne s'effondra qu'en 1974 après l'aventure chypriote. Un référendum abolit alors la monarchie et instaura la république parlementaire qui régit aujourd'hui le pays.

La Grèce adhéra à la Communauté économique européenne en 1981, puis adopta l'euro en 2001, ancrage occidental que confirme son appartenance à l'OTAN. Cette intégration se paya au prix fort lors de la crise de la dette souveraine, ouverte en 2010, qui vit le pays frôler la sortie de la zone euro. Trois plans de sauvetage internationaux, assortis de mesures d'austérité draconiennes, provoquèrent l'effondrement d'un quart du produit intérieur brut et un chômage de masse dont la société porte encore les cicatrices. La sortie des programmes d'assistance, en 2018, et le retour de la croissance ont depuis permis à Athènes de retrouver une respiration budgétaire, saluée par les agences de notation.

Le régime politique repose sur un parlement unique de trois cents députés, la Voulí, devant lequel le gouvernement est responsable, un président de la République aux fonctions largement protocolaires assurant la continuité de l'État. Kyriakos Mitsotakis, chef du parti de centre-droit Nouvelle-Démocratie et Premier ministre depuis 2019, a été reconduit avec une majorité absolue lors des élections de 2023. Issu d'une grande dynastie politique, son père ayant déjà dirigé le gouvernement, il a bâti son mandat sur la rigueur budgétaire, l'attraction des investissements étrangers et une fermeté assumée en matière migratoire, la Grèce demeurant une porte d'entrée majeure vers l'Europe.

Son second mandat s'est toutefois assombri. Un scandale de fraude aux aides agricoles européennes, révélé après l'inculpation par les procureurs européens de dizaines d'éleveurs ayant falsifié la propriété de pâturages pour toucher indûment des subventions, a éclaboussé des cadres de Nouvelle-Démocratie. En avril 2026, Kyriakos Mitsotakis a procédé à un remaniement pour tenter d'endiguer la crise, un ministre et quatre hauts fonctionnaires ayant démissionné. Il a confié le portefeuille de l'Agriculture à Margaritis Schinas, ancien vice-président de la Commission européenne, choix destiné à restaurer la crédibilité du gouvernement face à Bruxelles et à l'opinion.

La tension a franchi un nouveau seuil au début du mois de juillet 2026, lorsque des engins artisanaux ont visé à Thessalonique les domiciles de trois cadres du parti au pouvoir, faisant un mort et quatre blessés. Ces attaques, qui ravivent le souvenir du terrorisme d'extrême gauche des décennies passées, illustrent un climat social durci par les affaires de corruption et par le coût de la vie, dans un pays où les prix de l'immobilier et de l'énergie pèsent lourdement sur les ménages.

Berceau d'une idée politique qui a essaimé sur tout le globe, la Grèce contemporaine avance entre le poids de son héritage et les turbulences de son présent. Le retour de la croissance et la stabilité retrouvée depuis la crise ne suffisent pas à effacer la défiance envers une classe dirigeante rattrapée par les scandales. Les prochaines échéances électorales diront si Kyriakos Mitsotakis parvient à conserver la confiance d'un électorat las des promesses non tenues.