Le 28 mai 2026, quelques heures avant l'expiration du délai légal, Phil Scott a franchi la porte du bureau du secrétaire d'État du Vermont pour y déposer sa candidature. Devant les journalistes rassemblés sur le trottoir, le gouverneur républicain a confirmé ce que beaucoup pressentaient sans en avoir la certitude : il repart pour un sixième mandat. À la clé, un record, celui du gouverneur le plus durablement installé de l'histoire du Vermont.
Philip Brian Scott fête aujourd'hui ses 68 ans. Né le 4 août 1958 à Barre, cité granitière du centre du Vermont, il célèbre cet anniversaire en pleine campagne, dans la position confortable de l'homme le plus populaire de sa profession. Selon l'institut Morning Consult, il affichait encore en février un taux d'approbation de 74 %, le plus élevé de tous les gouverneurs américains, une constante qui défie la logique partisane dans un État solidement démocrate au niveau fédéral.
Son enfance ne le destinait pas aux sommets. Fils de Marian Beckley et de Howard Roy Scott, il perd son père très jeune. Cet ancien combattant, blessé pendant la Seconde Guerre mondiale et resté handicapé, travaillait comme superviseur des permis de véhicules pour le service des routes de l'État avant de mourir en 1969, alors que Phil n'a que onze ans. Sa mère se remarie en 1973 avec Robert Dubois. Diplômé de la Spaulding High School de Barre en 1976, Scott obtient en 1980 une licence en sciences de l'éducation industrielle à l'Université du Vermont.
C'est le monde de la construction qui l'accueille d'abord. Il commence chez DuBois Construction, une entreprise de Middlesex fondée par le frère du second mari de sa mère, et en devient copropriétaire en 1986. Longtemps, Scott est resté ce chef d'entreprise du bâtiment, davantage connu localement pour une autre passion que pour la politique.
Car Phil Scott est pilote. Un vrai. Après avoir couru en moto et en motoneige, il se tourne vers les stock-cars au début de la trentaine et s'impose sur l'ovale du Thunder Road International Speedbowl, l'un des circuits courts les plus réputés de Nouvelle-Angleterre, à Barre même. Gouverneur en semaine, il enfile encore la combinaison le samedi soir, casque vissé, pour disputer des courses dans la division supérieure des late-model. Peu d'élus américains peuvent se targuer d'un tel double emploi, et cette image de l'homme public au volant a beaucoup fait pour sa réputation d'accessibilité.
Son entrée en politique suit une pente régulière. Sénateur de l'État à partir de 2000, il devient lieutenant-gouverneur en 2011, poste qu'il occupe jusqu'en 2017, année de son élection au poste de gouverneur. Depuis, il enchaîne les mandats de deux ans, format propre au Vermont, avec une régularité de métronome. Sa campagne de 2024 lui a offert sa plus large victoire, 73 % des suffrages, un score qui relève plus du plébiscite que de l'élection disputée.
Le secret de cette longévité tient à un positionnement singulier. Républicain dans un État qui vote largement démocrate à la présidentielle, Scott a construit une marque de modération assumée. Favorable au droit à l'avortement, critique ouvert de Donald Trump, soucieux de l'environnement, il rassure un électorat centriste tout en défendant une gestion budgétaire prudente. Cet équilibre, régulièrement moqué par les ailes des deux partis, s'est révélé électoralement imbattable.
Le mot qui revient sans cesse dans sa bouche est celui d'« abordabilité ». La crise du coût de la vie au Vermont, État où le logement et la fiscalité foncière pèsent lourd, constitue son obsession déclarée et son critère d'évaluation des politiques publiques. Il en a fait un argument central, pressant les législateurs d'utiliser les recettes de l'État pour amortir la hausse projetée des impôts fonciers. Sur ce terrain, il se pose en gardien des ménages contre l'inflation locale.
L'opposition démocrate peine à trouver la faille. Deux candidates, Amanda Janoo et Aly Richards, se disputent l'investiture pour l'affronter en novembre. Mais l'histoire récente n'incite pas à l'optimisme dans leur camp : aucun des trois démocrates qui ont défié Scott depuis 2020 n'a dépassé 30 % des voix au scrutin général. La primaire est fixée au 11 août 2026, l'élection générale au 3 novembre. Sur le papier, l'affaire semble pliée avant même d'avoir commencé.
Cette domination interroge néanmoins. Comment un républicain conserve-t-il l'un des États les plus à gauche du pays ? La réponse tient sans doute à ce que Scott a cessé, aux yeux d'une majorité de Vermontois, d'être un homme de parti pour devenir une figure familière, presque apolitique, celle du voisin compétent qui répare la machine sans faire d'histoires. Ses adversaires y voient une neutralisation habile du clivage partisan, ses partisans la preuve qu'un centre pragmatique existe encore.
À 68 ans, Scott brigue donc un sixième mandat qui ferait de lui le gouverneur le plus longtemps en fonction de l'histoire de son État. Rien, dans les sondages ni dans la dynamique de la campagne, ne laisse entrevoir un renversement. L'homme qui a grandi sans père dans la capitale du granit, qui a bâti des routes avant de les gouverner, qui court encore sur un ovale le week-end, s'apprête à ajouter deux années à un règne déjà exceptionnel.
La primaire démocrate se tiendra une semaine après cet anniversaire. L'élection générale, elle, aura lieu le 3 novembre. À Montpelier, dans les rangs de l'opposition, personne ne mise sérieusement sur une surprise. Phil Scott, lui, a déjà rangé les formulaires et prévu son prochain rendez-vous au Thunder Road.