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PALAOS - ANNIVERSAIRE

Surangel Samuel Whipps Jr, l'homme d'affaires qui veut sauver un océan

PALAOS - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Il fête aujourd'hui ses 58 ans. Né le 9 août 1968 à Baltimore, dans le Maryland, d'un père palauan et d'une mère américaine, Surangel Samuel Whipps Jr. est aujourd'hui l'une des voix les plus reconnaissables des petits États insulaires face au changement climatique. Le président de la République des Palaos, archipel de moins de vingt mille habitants perdu dans l'ouest du Pacifique, a bâti sa carrière sur un pari singulier : transformer la vulnérabilité géographique de son pays en une autorité morale sur la scène internationale.

Son parcours ne commence pas dans un palais présidentiel mais dans un magasin. Formé aux États-Unis, diplômé en gestion et en comptabilité de l'université Andrews puis titulaire d'un MBA de la California State University, Whipps est d'abord un chef d'entreprise. Il dirige pendant des années le groupe Surangel and Sons Company, l'une des principales sociétés de distribution et de commerce de détail de l'archipel, fondée par son père. Cette expérience de gestionnaire façonne sa manière de gouverner : un langage de bilans, d'investissements et de retour sur capital qu'il applique volontiers aux affaires publiques, y compris à la protection de l'environnement, dont il parle comme d'un actif à préserver plutôt que comme d'une contrainte.

La politique le rattrape par la famille et par conviction. Élu au Sénat des Palaos, l'Olbiil Era Kelulau, il s'y forge une réputation de législateur méthodique. En novembre 2020, il remporte l'élection présidentielle de justesse face au sortant Thomas Remengesau Jr., dont il est par ailleurs le beau-frère, une proximité familiale qui en dit long sur la taille et l'intimité de la vie politique palauane. Investi en janvier 2021, il devient le dixième président de la République. Quatre ans plus tard, les électeurs lui renouvellent leur confiance : réélu lors du scrutin du 5 novembre 2024, il entame un second mandat à la tête du douzième gouvernement constitutionnel du pays.

Ce qui distingue Whipps de la plupart des dirigeants de sa région, c'est sa fermeté sur deux fronts que Pékin voudrait le voir abandonner. Les Palaos comptent parmi la poignée d'États qui reconnaissent encore diplomatiquement Taïwan, et le président n'a jamais varié sur ce point. Lors de la visite dans l'archipel de la vice-présidente taïwanaise Hsiao Bi-khim, en juin 2026, il a formulé son soutien dans des termes qui dépassaient la simple courtoisie diplomatique : refuser de reconnaître la souveraineté de Taïwan, a-t-il averti, reviendrait à remettre en cause la souveraineté de tous les petits pays. La formule résume sa doctrine : les nations minuscules n'ont d'autre protection que le respect intransigeant du droit international.

Le second front est celui de la sécurité. Les Palaos entretiennent avec Washington un lien étroit dans le cadre du Compact of Free Association, accord qui confie la défense de l'archipel aux États-Unis en échange d'un accès stratégique. Whipps a plaidé pour un renforcement de la présence américaine, radars et installations comprises, dans une zone que la rivalité entre Washington et Pékin a transformée en échiquier. En février 2026, il participait au premier Pacific Agenda Summit, organisé à l'East-West Center d'Honolulu, où il défendait l'idée d'attirer davantage d'investissements américains dans la région, convaincu que le développement économique et la sécurité forment un même chantier.

Mais le combat qui lui tient le plus à cœur reste l'océan. Les Palaos ont été pionniers en la matière : sanctuaire marin couvrant la majeure partie de leur zone économique exclusive, interdiction des crèmes solaires toxiques pour les récifs coralliens, gestion stricte de la pêche. Whipps porte ce message dans toutes les enceintes internationales, des sommets des Nations unies aux conférences sur le climat. Il y a quelques semaines, à l'approche de la COP31 prévue à Antalya, en Turquie, il pressait les organisateurs de placer l'océan au centre des discussions, martelant qu'un océan en bonne santé est la condition d'une planète en bonne santé, et que sa préservation relève de l'investissement, non de la charité. Pour un archipel dont certains atolls culminent à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, la montée des eaux n'est pas une projection abstraite mais une menace comptable, mesurable en terres perdues.

Cette obstination lui vaut une audience sans commune mesure avec le poids démographique de son pays. Membre de l'Ocean Panel, invité régulier des grandes tribunes multilatérales, il a fait des Palaos une sorte de laboratoire diplomatique où se teste l'idée que les plus petits peuvent parler le plus fort. Lors d'un entretien accordé début 2026, il résumait sa position d'une phrase qui sonnait comme un acte de foi : il croit encore au multilatéralisme, disait-il, et c'est précisément pour cela qu'il continue de se déplacer, de négocier, d'insister. À l'heure où de nombreux dirigeants doutent de l'efficacité des institutions internationales, cette conviction affichée détonne.

L'homme n'est pourtant pas un idéaliste hors-sol. Ses adversaires lui reprochent parfois de trop miser sur l'alliance américaine, ou de gérer l'archipel avec la logique d'un patron d'entreprise. La dépendance économique des Palaos, le tourisme fragile, la difficulté à diversifier les ressources d'un territoire minuscule restent des défis que le verbe présidentiel ne suffit pas à résoudre. Son style, direct et chiffré, tranche avec la rhétorique feutrée de la diplomatie du Pacifique, et il assume ce pragmatisme hérité de ses années dans le commerce.

Père de famille, marié à Valerie, catholique pratiquant issu d'une communauté où les liens familiaux et confessionnels structurent la vie publique, Whipps incarne une génération de dirigeants insulaires qui refusent de se résigner au rôle de victimes du climat ou de pions dans la compétition des grandes puissances. À 58 ans, il aborde ce nouvel anniversaire au milieu d'un second mandat où se jouent la place de son pays entre Washington et Pékin, l'avenir de ses récifs et la crédibilité d'un pari : celui d'un homme d'affaires devenu chef d'État, persuadé qu'un archipel de vingt mille âmes peut peser sur le sort d'un océan.