DERNIÈRES ACTUALITÉS

MEMOIRE D URNES

12 août 2021 : Zambie, à sa sixième tentative, Hakainde Hichilema fait tomber Edgar Lungu

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

Lusaka n'a pas dormi. Dans la nuit, dès l'annonce des résultats, la capitale zambienne s'est couverte de rouge et de jaune, les couleurs du Parti uni pour le développement national. Klaxons, chants, drapeaux aux fenêtres : les partisans de Hakainde Hichilema ont fêté jusqu'au petit matin une victoire attendue depuis quinze ans. À sa sixième candidature à la présidence, l'homme d'affaires de cinquante-neuf ans, longtemps donné perdant, a battu le président sortant Edgar Lungu à l'issue du scrutin du 12 août 2021.

Les chiffres ne souffrent aucune contestation. Selon la commission électorale, Hichilema a recueilli 2 852 348 voix, soit 59,02 % des suffrages exprimés, contre un peu plus de 38 % pour Edgar Lungu. L'écart, supérieur à un million de bulletins, met hors de portée toute remise en cause du résultat. Dans le même temps, le PUDN a raflé 82 des 156 sièges de l'Assemblée nationale, s'implantant dans huit des dix provinces du pays et brisant la carte électorale sur laquelle le Front patriotique au pouvoir avait bâti sa domination.

La participation raconte l'autre histoire de ce scrutin. Sur un peu plus de sept millions d'électeurs inscrits, 70,61 % se sont déplacés, le taux le plus élevé depuis l'élection fondatrice du multipartisme, en 1991. Le moteur de cette mobilisation a un visage : la jeunesse. Près de quatre millions de Zambiens âgés de dix-huit à trente-cinq ans figuraient sur les listes, et les moins de quarante ans représentaient plus de la moitié du corps électoral. Un cadre du PUDN l'a résumé sans détour : les jeunes ont donné la victoire, ils voulaient corriger les erreurs de la génération de leurs parents. Dans son premier discours, Hichilema a réservé une mention spéciale à cette jeunesse venue voter en masse pour le changement qu'elle appelait de ses vœux.

La campagne s'était pourtant déroulée sous haute tension. Inquiet d'une contestation post-électorale, le pouvoir sortant avait déployé l'armée dans les rues à la veille du vote, invoquant des violences dans certaines provinces. Le jour du scrutin, l'accès aux réseaux sociaux a été fortement restreint, avant d'être partiellement rétabli sous la pression des recours en justice. Edgar Lungu a d'abord dénoncé un scrutin qu'il jugeait ni libre ni équitable, pointant des incidents dans ses fiefs. Ces accusations n'ont pas résisté à l'ampleur de l'écart, ni à la vigilance des observateurs et des organisations de la société civile, qui avaient déployé leurs propres décomptes parallèles.

Le parcours de Hakainde Hichilema donne à cette victoire une saveur particulière. Cet ancien consultant devenu l'un des hommes les plus riches du pays s'était présenté à la présidence en 2006, 2008, 2011, 2015 et 2016, essuyant à chaque fois une défaite, dont certaines très serrées et contestées. En 2017, il avait été emprisonné pendant quatre mois pour trahison, accusé d'avoir gêné le cortège présidentiel, un épisode qui avait mis le pays au bord de la crise. Sa libération, obtenue sous médiation du Commonwealth, en avait fait le symbole de l'opposition à un pouvoir jugé de plus en plus autoritaire.

Le vote de jeudi s'est aussi joué sur l'économie. Sous la présidence Lungu, la Zambie, deuxième producteur de cuivre d'Afrique, s'est enfoncée dans les difficultés. En novembre 2020, le pays est devenu le premier d'Afrique à faire défaut sur sa dette obligataire depuis le début de la pandémie, incapable d'honorer une échéance. Chômage des jeunes, envolée des prix, monnaie en chute : le bilan économique a pesé lourd dans les urnes. Hichilema, qui se présente comme un gestionnaire capable de restaurer la confiance des investisseurs et de renégocier la dette, a fait de la relance sa promesse centrale.

Dans les townships de Lusaka, la nuit de célébration a laissé place, dès le matin, à une attente concrète. Sur les marchés de Kanyama et de Matero, vendeuses et chauffeurs de taxi évoquaient déjà l'espoir d'une baisse du prix de la farine de maïs et d'un retour de l'électricité, rationnée par des délestages à répétition. La ferveur électorale se muait en exigence de résultats.

Reste la question de la transition. Edgar Lungu a fini par reconnaître sa défaite et s'est engagé à assurer une passation pacifique, un geste salué comme un signe de maturité démocratique dans une région où les alternances se font rarement sans heurts. La Zambie, qui a connu trois transferts de pouvoir par les urnes depuis 1991, conforte sa réputation de laboratoire démocratique en Afrique australe.

L'investiture de Hakainde Hichilema est attendue dans les jours qui viennent. Il héritera d'un pays au bord de l'asphyxie financière, avec une dette à renégocier et des millions de jeunes qui viennent de lui confier leur voix. Ceux-là n'ont pas voté pour la patience.