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MEMOIRE D URNES

13 août 2023 : Argentine, le coup de tonnerre Milei fait vaciller le peso et la vieille politique

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

Personne n'avait vu venir un tel séisme. Au soir du 13 août 2023, alors que les bureaux fermaient à travers l'Argentine, les premiers résultats des primaires ont projeté en tête un homme que les sondages créditaient de la troisième place : Javier Milei. L'économiste ultralibéral, tronçonneuse brandie en meeting et cheveux en bataille, a placé sa formation La Libertad Avanza devant les deux grandes coalitions qui structurent la vie politique argentine depuis vingt ans. Lundi matin, la réponse des marchés a été immédiate et brutale : le gouvernement a dévalué le peso de près de 18 %.

Le décompte final a confirmé l'ampleur du bouleversement. La Libertad Avanza est arrivée première avec 29,86 % des voix, soit plus de sept millions de suffrages. La coalition de centre droit Juntos por el Cambio a suivi avec 28 %, tandis que le péronisme au pouvoir, réuni sous la bannière Unión por la Patria, a été relégué à la troisième place avec 27,28 %. Moins de trois points séparent les trois blocs, mais le symbole est retentissant : pour la première fois, le péronisme termine derrière lors d'un scrutin national de cette nature.

Les PASO, ces primaires ouvertes, simultanées et obligatoires instaurées en 2009, ne désignent pas encore le président. Tous les partis y présentent leurs candidats le même jour, et l'ensemble des électeurs sont tenus de voter, ce qui transforme le scrutin en gigantesque sondage grandeur nature avant la présidentielle d'octobre. À ce titre, le résultat de dimanche vaut avertissement. Il mesure une colère, celle d'un pays exsangue, et il désigne son porte-voix.

Cette colère a un chiffre : l'inflation, qui dépasse désormais 110 % sur un an et rogne chaque mois le pouvoir d'achat des Argentins. Les prix des aliments s'envolent, le peso fond, l'épargne se réfugie dans le dollar au marché parallèle. Sur ce terreau de désespoir économique a prospéré le discours de Javier Milei, qui promet de dollariser l'économie, de fermer la banque centrale et de tailler dans les dépenses publiques à coups de tronçonneuse, l'objet devenu son emblème de campagne. L'économiste, révélé par des plateaux de télévision où il éreintait ce qu'il nomme la casta, la caste politique, séduit une jeunesse qui n'a connu que les crises à répétition.

Le principal perdant de la soirée s'appelle Sergio Massa. Ministre de l'Économie du gouvernement péroniste et candidat de la coalition au pouvoir, il porte le bilan d'un exécutif incapable de juguler l'inflation. Sa troisième place fragilise la majorité sortante à trois mois de la présidentielle. Dans l'autre camp, Juntos por el Cambio a vu sa candidate de la ligne dure, Patricia Bullrich, l'emporter dans la primaire interne face au maire de Buenos Aires, Horacio Rodríguez Larreta, plus modéré. La coalition de centre droit espérait profiter de l'usure du péronisme ; elle se retrouve prise en tenaille par un outsider plus radical qu'elle.

La sanction financière n'a pas attendu. Dès l'aube de lundi, la banque centrale a laissé filer le peso, portant le taux de change officiel à 350 pesos pour un dollar, et relevé son taux directeur au-dessus de 118 %. Cette dévaluation, réclamée de longue date par le Fonds monétaire international, principal créancier du pays, illustre la fragilité d'une économie sous perfusion. Les Argentins, habitués aux tempêtes monétaires, se sont rués sur les bureaux de change et les distributeurs, redoutant une nouvelle flambée des prix dans les jours à venir.

Dans les rues de Buenos Aires, l'onde de choc se lisait sur les visages. Au siège de La Libertad Avanza, les partisans de Milei, souvent jeunes, ont fêté une percée qu'ils n'osaient espérer, reprenant en chœur les slogans contre la caste. Sur l'avenue Corrientes, des commerçants replaçaient déjà leurs étiquettes, incapables de suivre le rythme des prix. Le contraste résumait le pays : l'euphorie d'un camp, l'angoisse quotidienne de millions de foyers.

La participation, autour de 69 %, est apparue plus faible que lors des scrutins précédents, signe d'une abstention record malgré le caractère obligatoire du vote. Cette démobilisation d'une partie de l'électorat traditionnel a mécaniquement profité au vote de rupture. Milei a transformé le rejet en bulletin, captant la voix de ceux qui ne croient plus aux partis installés.

La présidentielle du 22 octobre s'annonce désormais totalement rouverte. Trois forces au coude-à-coude, un favori surprise, une économie au bord du gouffre financier et un créancier international qui exige des gages : l'équation argentine n'a jamais paru aussi instable. La tronçonneuse de Javier Milei, hier gadget de meeting, est devenue le symbole d'une campagne. Reste à savoir si les Argentins voudront la voir passer des tribunes au palais présidentiel.