Il fête aujourd'hui ses 65 ans. Né le 17 août 1961 à Pont-Audemer, petite ville de l'Eure surnommée la Venise normande pour ses canaux, Hervé Morin est de ces responsables politiques dont la carrière épouse un territoire au point de se confondre avec lui. Président du Conseil régional de Normandie depuis la réunification de la région en 2016, ministre de la Défense sous la présidence de Nicolas Sarkozy, fondateur d'un parti centriste, il occupe depuis plus de vingt ans une place stable dans le paysage politique français, à la charnière de la droite et du centre.
Enfant du pays d'Auge, il grandit dans cette Normandie de bocages et d'estuaires à laquelle il n'a jamais cessé de se référer. Après des études de droit, il choisit la voie classique de l'engagement public, celle des cabinets ministériels et de l'ancrage local. Sa fidélité politique se forge auprès de François Bayrou et dans la tradition de l'Union pour la démocratie française, la famille centriste héritière de Valéry Giscard d'Estaing. C'est dans cette matrice qu'il apprend le métier, entre conviction européenne, libéralisme tempéré et méfiance à l'égard des blocs partisans.
Élu député de l'Eure en 1998, il devient rapidement l'une des figures montantes du centre parlementaire. Sa circonscription, ses mandats locaux et sa présidence du Conseil général de l'Eure, qu'il exerce durant plusieurs années, l'installent comme un notable de terrain autant que comme un responsable national. Sa carrière bascule dans une dimension gouvernementale en 2007. Après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, il rejoint le gouvernement au poste stratégique de ministre de la Défense, fonction qu'il occupe jusqu'en 2010. Ces années le confrontent aux dossiers les plus lourds de l'État, des engagements militaires extérieurs de la France, notamment en Afghanistan, à la modernisation des armées.
L'année 2007 marque aussi un tournant partisan. Au lendemain de l'élection présidentielle, alors que François Bayrou fonde le Mouvement démocrate, Hervé Morin fait un autre choix et crée le Nouveau Centre, formation destinée à prolonger l'héritage de l'UDF au sein de la majorité présidentielle. Ce parti, rebaptisé plus tard Les Centristes, il le préside sans discontinuer et en fait l'instrument de sa longévité. Candidat un temps pressenti pour l'élection présidentielle de 2012, il renonce faute d'un soutien suffisant, épisode qui le convainc sans doute que son avenir se joue davantage sur le terrain régional que dans la conquête nationale.
C'est en effet la Normandie qui offre à Hervé Morin le mandat de sa maturité. La réforme territoriale votée sous la présidence de François Hollande fusionne la Haute et la Basse-Normandie, séparées depuis des décennies, en une seule et même région. Aux élections régionales de décembre 2015, il conduit une liste de la droite et du centre et l'emporte. Le 4 janvier 2016, il devient le premier président de la Normandie réunifiée, concrétisant une revendication identitaire ancienne. Réélu confortablement le 2 juillet 2021, il entame alors un second mandat qui court toujours en cette année 2026.
À la tête de la région, il défend une ligne clairement assumée : faire de la Normandie une terre d'industrie et de production. Aux côtés de sa collectivité, il mise sur les filières de l'énergie, sur les ports de l'axe Seine, sur l'aéronautique et sur une politique volontariste de soutien à l'appareil productif. « Quand il y a de l'industrie, il y a de la richesse », résume-t-il volontiers, formule qui condense sa vision d'un développement fondé sur l'emploi local et la souveraineté économique. Cette orientation, il la met en avant dans les grands dossiers de la décennie, de la relance du nucléaire, avec les projets d'EPR sur le site de Penly, aux enjeux de l'éolien en mer au large des côtes normandes.
Son style, mélange de bonhomie provinciale et de fermeté gestionnaire, tranche avec les postures partisanes. Hervé Morin cultive l'image d'un élu pragmatique, davantage préoccupé de résultats concrets que d'affrontements idéologiques. Président de Régions de France, l'association qui fédère l'ensemble des exécutifs régionaux du pays, il s'est imposé comme l'un des porte-voix des collectivités face à l'État, réclamant plus d'autonomie financière et une décentralisation approfondie. Dans les débats sur la répartition des compétences et sur les moyens des régions, sa parole pèse au-delà des frontières normandes.
Fidèle à sa famille centriste, il n'a jamais renié ses convictions d'origine tout en s'adaptant aux recompositions politiques successives. Ni tout à fait dans la majorité présidentielle, ni dans l'opposition frontale, il occupe cet espace du centre droit qui lui a permis de traverser les alternances sans se renier. Cette souplesse, ses adversaires la qualifient parfois d'opportunisme ; ses partisans y voient la marque d'un homme de synthèse, attaché aux territoires plus qu'aux appareils.
À 65 ans, l'élu de Pont-Audemer aborde une phase où se pose la question de la transmission et de l'avenir. Son mandat régional court jusqu'aux prochaines élections, et la Normandie qu'il a contribué à réunifier reste le grand œuvre de sa vie publique. Longtemps considéré comme un habile tacticien du centre, il aura finalement laissé son empreinte la plus durable non pas à Paris, dans les ministères, mais sur les rives de la Seine et le long des plages du Débarquement. La région qu'il préside célèbre aujourd'hui l'anniversaire d'un homme qui a fait de la Normandie, longtemps coupée en deux, le socle de sa longévité politique.