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MEMOIRE D URNES

18 août 2007 : Aux Maldives, le référendum qui promit une démocratie et livra une désillusion

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

« Un soutien massif. » C'est en ces termes que Maumoon Abdul Gayoom, alors au pouvoir depuis vingt-neuf ans, salua le résultat du scrutin national organisé aux Maldives le 18 août 2007. Ce jour-là, 199 841 électeurs inscrits de l'archipel de l'océan Indien étaient appelés à trancher une question qui structurait la vie politique du pays depuis des années : les Maldives seraient-elles gouvernées par un régime présidentiel ou par un régime parlementaire. La participation atteignit 78,01 %, et le verdict fut net. Le système présidentiel recueillit 95 619 voix, soit 62,04 % des suffrages valides, contre 58 504 voix (37,96 %) pour l'option parlementaire. Gayoom, qui militait pour le maintien d'une présidence forte, y vit la confirmation de sa légitimité et annonça qu'il briguerait un nouveau mandat lors de la première élection présidentielle pluraliste, prévue l'année suivante.

Le camp adverse ne partagea pas cette lecture. Le Parti démocratique des Maldives (MDP), principale force d'opposition, avait fait campagne pour le régime parlementaire, qu'il présentait comme le meilleur rempart contre la concentration du pouvoir entre les mains d'un seul homme. Son chef, Mohamed Nasheed, ancien prisonnier politique devenu figure centrale de la contestation, dénonça un scrutin entaché d'irrégularités et accusa le pouvoir de l'avoir truqué. Les observateurs présents sur place livrèrent pourtant un jugement plus mesuré : malgré des dysfonctionnements, ils estimèrent que ce vote avait été le plus régulier jamais tenu dans le pays. Cette divergence d'appréciation, entre une opposition convaincue d'avoir été spoliée et des témoins étrangers relativement rassurés, allait devenir une constante de la transition maldivienne.

Pour comprendre l'enjeu du référendum, il faut le replacer dans la trajectoire de Gayoom lui-même. Arrivé à la présidence en 1978, cet ancien professeur formé au Caire avait installé un régime que ses adversaires qualifiaient d'autoritaire, appuyé sur un appareil sécuritaire et un système de fait à parti unique. Les années 2000 avaient été marquées par une montée de la contestation, nourrie par des accusations de torture en prison et par l'émergence du MDP. Sous la pression conjuguée de cette opposition et d'une surveillance internationale accrue des droits humains, Gayoom avait consenti à un vaste chantier de réformes constitutionnelles. Le référendum de 2007 en constituait une étape décisive : il devait fixer l'architecture du futur État avant l'adoption d'une nouvelle loi fondamentale.

Cette Constitution entra en vigueur le 7 août 2008. Elle instaura le multipartisme, la séparation des pouvoirs et le suffrage universel, tout en confirmant l'option présidentielle validée par les urnes un an plus tôt. Elle comportait aussi une disposition lourde de conséquences pour l'homme qui l'avait promulguée : la limitation du nombre de mandats. Ayant déjà exercé bien au-delà de ce plafond, Gayoom se retrouvait autorisé à se présenter une dernière fois, mais désormais soumis à une compétition ouverte qu'il n'avait jamais connue.

Le rendez-vous eut lieu à l'automne. L'élection présidentielle de 2008, la première pluraliste de l'histoire du pays, se déroula en deux tours, les 8 et 28 octobre. Au second tour, Nasheed l'emporta avec environ 54 % des voix contre 46 % à Gayoom. Le président sortant reconnut sa défaite, et le pouvoir changea de mains sans violence. Nasheed prêta serment le 11 novembre 2008, mettant un terme à trente années de règne ininterrompu. L'archipel, souvent réduit dans l'imaginaire mondial à ses lagons et à ses complexes hôteliers, apparaissait soudain comme un cas d'école : une autocratie insulaire ayant négocié sa propre sortie par les urnes.

La démonstration fut brève. Le 7 février 2012, un peu plus de trois ans après son investiture, Nasheed annonça sa démission. La crise avait éclaté après qu'il eut ordonné l'arrestation du juge Abdulla Mohamed, président du tribunal pénal, une décision qui provoqua des semaines de manifestations avant que des unités de police ne se mutinent et refusent d'exécuter ses ordres. Le vice-président Mohamed Waheed Hassan lui succéda. Sur la nature exacte de ces événements, les récits se séparèrent aussitôt. Nasheed affirma avoir été contraint de renoncer au pouvoir « sous la menace des armes » et accusa des réseaux de fidèles de Gayoom d'avoir manœuvré pour « étrangler » la démocratie maldivienne. Waheed rejeta le terme de coup d'État et soutint que le gouvernement s'était effondré de lui-même. Une commission d'enquête soutenue par le Commonwealth conclut, quelques mois plus tard, que la démission avait été volontaire et qu'il n'y avait pas eu de putsch, sans convaincre l'ancien président ni ses partisans.

Le renversement de 2012 ramena au premier plan les anciennes lignes de fracture que le référendum de 2007 était censé dépasser. Les proches de Gayoom retrouvèrent de l'influence dans l'appareil d'État, et le vieux rival de Nasheed demeura un acteur central de la vie politique, tissant et défaisant des alliances au gré des scrutins suivants. La question institutionnelle tranchée par 62 % des électeurs quinze ans plus tôt s'était réglée sur le papier, mais la culture politique qu'elle devait accompagner, celle de l'alternance pacifique et du respect des contre-pouvoirs, demeurait fragile.

Avec le recul, le vote du 18 août 2007 conserve une valeur ambiguë. Il fut un exercice démocratique réel, le plus crédible que le pays eût connu, et il ouvrit la voie à une Constitution et à une élection historiques. Il ne suffit pourtant pas à enraciner la démocratie qu'il annonçait. Nasheed résuma plus tard son amertume dans une formule qui pèse encore sur l'archipel : il assurait que des « réseaux puissants » avaient réussi à défaire ce que les urnes avaient bâti.