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MEMOIRE D URNES

23 août 2023 : au Zimbabwe, un scrutin prolongé de force et une victoire contestée de Mnangagwa

MEMOIRE D URNES Source : EPOC - création IA

Le 23 août 2023, dans plusieurs bureaux de vote de Harare, des électeurs attendaient encore leur bulletin à la tombée de la nuit. Faute de bulletins imprimés à temps, la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC) a dû prolonger le vote d'une journée dans des districts clés, dont la capitale et sa banlieue. Ce report, inédit pour un scrutin national zimbabwéen, a d'emblée entaché la crédibilité d'une élection qui devait renouveler à la fois la présidence, le Parlement et les conseils locaux.

Le résultat proclamé quelques jours plus tard a reconduit le pouvoir en place. La ZEC a déclaré le président sortant, Emmerson Mnangagwa, réélu avec 52,6 pour cent des suffrages, devant son principal rival, Nelson Chamisa, crédité de 44 pour cent. En nombre de voix, Mnangagwa dépassait 2,3 millions de bulletins, contre plus de 1,9 million pour Chamisa. La barre des 50 pour cent, franchie au premier tour, dispensait le chef de l'État d'un second tour et lui offrait un nouveau mandat de cinq ans.

Aux élections parlementaires, la Zimbabwe African National Union-Patriotic Front (ZANU-PF), au pouvoir sans interruption depuis l'indépendance de 1980, a consolidé son emprise. Le parti a obtenu 175 des 280 sièges de l'Assemblée nationale et 33 des 60 sièges pourvus au Sénat, qui en compte 80. La Coalition citoyenne pour le changement (CCC), principale force d'opposition dirigée par Nelson Chamisa, arrivait en deuxième position avec 104 sièges à l'Assemblée et 27 au Sénat. Le rapport de forces laissait à la ZANU-PF les coudées franches pour légiférer, sans toutefois lui garantir seule la majorité des deux tiers permettant de réviser la Constitution.

L'opposition a rejeté ces chiffres. Nelson Chamisa a dénoncé des irrégularités, des soupçons de fraude et des pressions sur les électeurs, refusant de reconnaître la victoire de son adversaire. Contrairement au scrutin de 2018, où il avait saisi la Cour constitutionnelle avant d'être débouté, Chamisa et la CCC ont cette fois renoncé à toute action en justice. Le porte-parole du parti, Promise Mkwananzi, a justifié ce choix en affirmant que les tribunaux zimbabwéens étaient sous contrôle du pouvoir et que saisir la justice reviendrait à offrir à Mnangagwa la validation qu'il recherchait. La CCC a préféré une offensive diplomatique visant à obtenir de nouvelles élections.

La contestation ne se limitait pas au camp de l'opposition. La mission d'observation électorale de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), conduite par l'ancien vice-président zambien Nevers Mumba, a rendu un verdict rare par sa sévérité. Dans sa déclaration préliminaire du 25 août 2023, la mission a estimé que le processus n'avait pas respecté les exigences de la Constitution zimbabwéenne ni les dispositions de la loi électorale, et qu'il n'atteignait pas les standards régionaux et internationaux d'une élection libre, transparente et crédible. Les observateurs ont pointé la privation de fait du droit de vote d'électeurs urbains, imputée aux retards de livraison des bulletins par la ZEC, ainsi que des cas d'intimidation en zone rurale attribués à la ZANU-PF. Que cette critique émane de la SADC, forum régional traditionnellement mesuré à l'égard de ses membres, a donné un poids particulier à ces constats.

Le pouvoir a défendu la régularité du vote. Emmerson Mnangagwa, âgé de 80 ans au moment du scrutin, avait accédé à la présidence en 2017 à la faveur du départ forcé de Robert Mugabe, après trente-sept ans de règne. Ancien chef des services de renseignement puis vice-président, il s'était présenté en 2018 puis en 2023 comme le garant de la continuité et du redressement économique d'un pays miné par l'inflation, le chômage et une dette extérieure lourde. Sa réélection prolongeait la domination de la ZANU-PF sur la vie politique zimbabwéenne, ininterrompue depuis quatre décennies.

Sur le terrain, les difficultés du scrutin ont surtout frappé les bastions de l'opposition. Harare et Bulawayo, où la CCC était favorite, figuraient parmi les zones les plus touchées par la pénurie de bulletins et l'allongement des files d'attente. Des organisations de la société civile ont également signalé, avant le vote, l'arrestation de militants et des restrictions imposées aux rassemblements de l'opposition, dans un climat que plusieurs observateurs ont jugé peu propice à une compétition équitable.

Près de trois ans plus tard, la contestation née de ce scrutin continue de nourrir la vie politique zimbabwéenne. Nelson Chamisa, qui a depuis quitté la CCC minée par des divisions internes, est resté un opposant actif. En février 2026, il a interpellé publiquement Emmerson Mnangagwa en réclamant que tout projet de révision constitutionnelle soit soumis à référendum, mettant en garde contre une éventuelle prolongation du pouvoir présidentiel au-delà des limites prévues. Cet avertissement visait les spéculations sur un maintien de Mnangagwa au-delà de la fin annoncée de son second mandat.

Le scrutin du 23 août 2023 laisse ainsi un héritage disputé. Il a confirmé la mainmise de la ZANU-PF sur les institutions tout en révélant, par la voix inhabituellement critique de la SADC, les failles d'un processus électoral que l'opposition et une partie des observateurs régionaux jugent défaillant. Le débat sur la légitimité du pouvoir et sur les règles du jeu institutionnel demeure ouvert au Zimbabwe.