Elle fête aujourd'hui ses 76 ans. Née le 24 août 1950 à Saint-Pierre, dans le sud de La Réunion, Huguette Bello a franchi les âges de la vie politique sans jamais quitter son île, et se trouve aujourd'hui à sa tête. Présidente du conseil régional depuis le 2 juillet 2021, elle est la deuxième femme à occuper cette fonction après Margie Sudre. Un demi-siècle sépare la jeune institutrice militante de la présidente de région qu'elle est devenue, et pourtant la ligne n'a guère bougé.
Fille d'une famille modeste du sud réunionnais, Huguette Bello se destine d'abord à l'enseignement. Institutrice, elle découvre de l'intérieur les inégalités qui traversent l'école ultramarine, la difficulté des familles, la question de la langue créole face au français scolaire. Le militantisme vient tôt, dans le sillage du Parti communiste réunionnais et de son fondateur Paul Vergès, figure tutélaire de l'autonomisme insulaire. Pendant des décennies, elle grandit à l'ombre de ce mouvement, en gravissant les échelons.
Élue députée de la première circonscription de La Réunion en 1997, elle siège à l'Assemblée nationale pendant près de vingt ans, jusqu'en 2017. À Paris, elle défend les dossiers ultramarins avec constance : la vie chère, l'égalité sociale entre l'Hexagone et les outre-mer, les droits des femmes. Sa rupture avec le Parti communiste réunionnais, à la fin des années 2000, la conduit à fonder son propre mouvement, Pour La Réunion, et à conquérir la mairie de Saint-Paul, deuxième ville de l'île, qu'elle administre à partir de 2008.
La conquête de la région, en 2021, couronne un parcours que peu voyaient aboutir. À la tête d'une alliance de gauche, elle renverse le sortant Didier Robert au terme d'un second tour serré. À 70 ans passés, elle accède à la fonction exécutive la plus élevée de l'île, celle qui pilote les transports, la formation, le développement économique et les grands équipements. Le symbole n'échappe à personne : une militante de toujours, longtemps cantonnée à l'opposition, prend enfin les commandes.
Depuis, Huguette Bello a fait du social et de la santé les marqueurs de sa présidence. Le 23 juin 2026, elle a été réélue à la présidence du conseil de surveillance du CHU de La Réunion, une instance stratégique pour une île où l'accès aux soins et la formation médicale restent des chantiers permanents. La Réunion forme trop peu de médecins localement et peine à retenir ses soignants, un déséquilibre que la présidente répète vouloir corriger.
Le même thème traverse son combat pour les enseignants. Le 12 mai 2026, elle a reçu à la Région des enseignants réunionnais contraints de quitter l'île pour l'Hexagone faute de postes, réclamant de l'Éducation nationale une politique de mutation « plus respectueuse des réalités ultramarines ». La formule dit tout d'une conviction ancienne : les règles pensées à Paris ignorent trop souvent la géographie et l'histoire des outre-mer. Insulaire, éloignée de plusieurs milliers de kilomètres de la métropole, La Réunion vit une équation démographique et sociale que la présidente connaît par cœur pour l'avoir enseignée avant de la gouverner.
Son mandat porte aussi une empreinte féministe assumée. Huguette Bello figure parmi les signataires d'une tribune réclamant une loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants, un texte que défendent plusieurs responsables ultramarins. Sur une île où les violences intrafamiliales demeurent un fléau documenté par les services sociaux, la présidente a fait de ce sujet une constante, prolongement de combats qu'elle mène depuis ses années à l'Assemblée.
La dimension européenne n'est pas absente de son action. La Réunion appartient à la famille des régions ultrapériphériques de l'Union européenne, ces territoires éloignés qui bénéficient d'un statut particulier et de fonds spécifiques. Huguette Bello a pris la présidence de la Conférence des régions ultrapériphériques, une instance qui réunit notamment les Canaries, les Açores, Madère et les départements français d'outre-mer pour peser sur les décisions de Bruxelles. Elle y défend l'idée que l'insularité et l'éloignement ne doivent pas se traduire par une relégation économique.
Le paradoxe de sa trajectoire tient dans ce mélange de fidélité et de rupture. Fidèle à une génération de militants ultramarins pour qui l'égalité réelle entre La Réunion et l'Hexagone demeure inachevée, elle a pourtant rompu avec la maison communiste qui l'avait formée, préférant l'autonomie d'un mouvement à son nom. Ses adversaires lui reprochent parfois un exercice personnel du pouvoir ; ses soutiens saluent une ténacité qui a fini par payer, après des décennies passées à attendre son tour.
À 76 ans, Huguette Bello appartient à cette catégorie de responsables politiques que l'âge ne semble pas dissuader. Aucune date de retrait n'est annoncée, et la présidente continue de conduire les dossiers régionaux avec l'énergie d'une élue installée pour durer. La question de sa succession, ou d'un éventuel nouveau mandat, plane sur la vie politique locale sans qu'elle ait tranché publiquement.
Son histoire épouse celle de son île. Née à Saint-Pierre au tournant des années 1950, quand La Réunion n'était département français que depuis quatre ans, elle a traversé la départementalisation, l'exode des Réunionnais vers la métropole, la lente émergence d'une identité insulaire assumée. La gamine du sud est devenue la femme qui préside la région, sans que le trajet efface d'où elle vient.
Ce 24 août, à Saint-Denis comme à Saint-Pierre, quelques-uns rappelleront que la présidente a soufflé ses 76 bougies. Elle, selon son habitude, aura sans doute préféré parler d'un hôpital, d'une école ou d'un dossier européen. La Réunion, elle l'a toujours dit, ne se raconte pas au passé.