Le slogan de Nicolas Dupont-Aignan en 2017 ne s'invente pas pour la campagne : il figure déjà, en toutes lettres, sur la carte de son parti. « Debout la France ! » est à la fois le nom du mouvement qu'il préside et le mot d'ordre placardé sur ses affiches. L'homme, la formation et la formule ne font qu'un, au point qu'on ne sait plus très bien lequel des trois a précédé les autres.
Deux mots et un point d'exclamation : la phrase est un ordre autant qu'un cri. « Debout » n'est pas un état, c'est un mouvement, l'injonction faite à un pays que l'on juge assis, résigné, courbé. Le verbe sous-entendu est celui du redressement, du sursaut, du réveil. Il s'adresse à une France que le candidat décrit comme humiliée et dépossédée, et lui commande de se relever. La formule puise dans un registre patriotique ancien, celui de l'appel et de la résistance, cette manière de convoquer la nation comme on rassemble des troupes. Dupont-Aignan, qui se revendique gaulliste depuis la fondation de son parti en 1999, assume cette filiation : le « Debout la France ! » se veut l'écho d'une grandeur perdue à reconquérir, la souveraineté brandie contre le déclin. Le point d'exclamation fait le reste du travail, injectant dans la phrase l'énergie et l'urgence d'un clairon. Le message est limpide : il ne s'agit pas de gérer, mais de se dresser.
La genèse de la formule se confond avec l'histoire du parti. En 2014, lors de son congrès, le mouvement de Dupont-Aignan abandonne son nom d'origine, Debout la République, pour devenir Debout la France. Le glissement d'un mot dit tout : la République cède la place à la nation, l'institution s'efface derrière le pays charnel, le sol et le peuple. Le slogan présidentiel de 2017 n'est donc pas une création d'agence ni la trouvaille d'un publicitaire, mais le prolongement direct de cette identité revendiquée. L'affiche officielle épouse la même logique. On y voit le candidat en plan très rapproché, large sourire, sur un fond de paysage rural français vu de haut. Le choix des campagnes et des collines n'a rien de fortuit : il convoque les « racines », la terre, la France éternelle, codes présidentiels éprouvés depuis des décennies. Les spécialistes qui ont noté les affiches de cette campagne se sont montrés sévères. L'historien Christian Delporte a jugé la formule peu explicite et l'ensemble sans originalité ; une sémiologue a moqué un sourire forcé et un dégradé de couleurs « estampillé années 1980 » ; un publicitaire a sauvé la cohérence et le sérieux de l'image, tout en relevant ce sourire « Colgate » censé sortir le candidat de son statut de figurant. La note globale, à peine supérieure à la moyenne basse, résumait le malaise : une affiche sage pour un slogan qui l'était tout autant.
Sur le terrain, « Debout la France ! » a d'abord souffert de sa propre familiarité. À force d'être le nom du parti, le slogan ne surprenait plus personne ; il sonnait comme une marque connue davantage que comme une promesse neuve. La véritable épreuve, pourtant, n'est pas venue de la campagne elle-même, mais de ce qui l'a suivie. Entre les deux tours, Nicolas Dupont-Aignan crée la stupeur en se ralliant à Marine Le Pen, qui annonce vouloir faire de lui son Premier ministre. Le gaulliste autoproclamé, celui qui criait « Debout la France ! » au nom de l'héritage du Général, scelle un pacte avec l'extrême droite que de Gaulle avait combattue. La réaction est immédiate et cinglante. Des descendants du général de Gaulle montent au créneau pour dénoncer un dévoiement de la mémoire familiale ; l'un de ses petits-fils appelle publiquement ceux qui « défendent le côté obscur de la France » à en assumer le nom. Le slogan se retourne alors contre son auteur : la France qu'il invitait à se lever se voit soudain sommée de choisir de quel côté elle se relève. Le mot d'ordre patriotique, brandi comme un étendard rassembleur, se retrouve marqué par une alliance qui en brouille durablement le sens.
La postérité de « Debout la France ! » est celle d'une marque plus que d'une phrase culte. Le slogan n'est pas entré dans le langage commun comme une réplique que l'on cite ; il a survécu autrement, en restant collé à un homme et à un parti qui le portent encore, scrutin après scrutin. C'est sa singularité : là où la plupart des slogans meurent avec l'élection, celui-ci perdure parce qu'il n'a jamais été qu'un slogan de campagne — il est une enseigne permanente. Pour ceux qui l'ont suivi de loin, il reste associé à un candidat de second rang, tenace et récurrent, et surtout au fameux ralliement de 2017, moment où la formule bascula symboliquement d'un gaullisme revendiqué vers un rassemblement avec l'extrême droite. « Debout la France ! » demeure ainsi moins un souvenir de mots qu'un repère politique, l'étiquette d'un courant souverainiste qui a fait de l'injonction patriotique son identité durable.
Au soir du premier tour, le 23 avril 2017, Nicolas Dupont-Aignan recueille 4,70 % des suffrages, soit près de 1,7 million de voix, en sixième position sur onze candidats. Il n'accède pas au second tour. Quelques jours plus tard, son ralliement à Marine Le Pen, battue le 7 mai par Emmanuel Macron, prolongera bien après le scrutin la controverse née de son étrange campagne, où le nom d'un parti tenait lieu de programme et de cri de ralliement.