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Présidentielle 2007 - Nicolas Sarkozy : "Ensemble, tout devient possible"

MOTS DE CAMPAGNE Source : EPOC - Archives

L'homme qui, ministre de l'Intérieur, avait promis de nettoyer les cités « au Kärcher » et dont le nom claquait comme une matraque, se présente en 2007 sous une bannière d'une douceur inattendue : « Ensemble, tout devient possible ». Cinq mots d'optimisme et de réconciliation, choisis par le candidat le plus clivant de sa génération. Tout le pari de la formule tient dans cet écart entre l'image de l'homme et la promesse des mots.

Le slogan appartient à la famille des formules fédératrices, celles qui cherchent à transcender les clivages plutôt qu'à les affronter. Deux ressorts s'y combinent. « Ensemble » d'abord, mot d'unité et de rassemblement, qui gomme la réputation de brutalité du candidat et l'installe en homme capable de réunir un pays fracturé, deux ans après les émeutes de 2005. « Tout devient possible » ensuite, promesse d'espoir et de volontarisme, écho d'un rêve à l'américaine où le mérite et l'énergie ouvrent toutes les portes. La formule associe ainsi la foi et l'espérance, l'appel au collectif et l'exaltation de l'initiative individuelle. Le message adressé aux électeurs est celui d'une énergie retrouvée : avec Sarkozy, la France cesserait de subir pour redevenir maîtresse de son destin. Le choix stratégique est limpide et habile. Un candidat perçu comme dur, agité, diviseur, avait besoin d'un slogan qui dise l'inverse — l'apaisement, la confiance, l'horizon ouvert. La formule ne décrit pas l'homme tel qu'on le connaît ; elle dessine celui qu'il voudrait qu'on élise.

La genèse de la formule reste discrète — elle sort de l'équipe de campagne du candidat, sans qu'un publicitaire vedette n'en revendique clairement la paternité —, mais l'affiche qui la porte parle d'elle-même. Sarkozy y apparaît le regard tourné vers l'horizon, songeur, sur fond de champs verdoyants et de ciel dégagé, dans une mise en scène de la France rurale et éternelle. Le choix est frappant pour un homme d'ordinaire filmé en mouvement, gesticulant, urbain, nerveux. Ici, tout est calme, apaisé, presque contemplatif : le portrait cherche à conférer au candidat la sérénité d'un homme d'État qui regarde loin, la gravité tranquille de celui qui a un cap. Les couleurs sont douces, la lumière naturelle, le décor enraciné dans la terre et le paysage. L'ensemble compose l'exact contrepoint de sa réputation, une contre-image soigneusement construite. Le slogan ne fut pas non plus épargné par le soupçon : on l'accusa de ressembler de trop près à des formules publicitaires du commerce, jusqu'à une réclame bancaire au tour presque identique, reproche récurrent adressé aux mots d'ordre qui empruntent la grammaire de la pub.

L'épreuve de la campagne fut celle d'une formule à double tranchant. « Ensemble, tout devient possible » fonctionnait tant qu'on regardait l'affiche ; il se fissurait dès qu'on écoutait le candidat, dont les discours sur l'identité nationale, l'autorité et l'immigration contredisaient la promesse rassembleuse. Cette tension nourrit les moqueries. La structure même du slogan, calquée sur le langage optimiste de la publicité, invitait au détournement : il suffisait de changer un mot pour retourner la formule contre son auteur, « ensemble, tout devient impossible » et autres variations que les adversaires et les humoristes firent circuler. La gauche dénonça un emballage vendeur masquant un projet dur ; les caricaturistes s'emparèrent du contraste entre le sourire de l'affiche et la fermeté du programme. Mais la mécanique, là encore, produisit son effet. Porté par une énergie de campagne considérable et par la promesse d'une « rupture » d'avec les années Chirac, le slogan accompagna la dynamique d'un candidat qui domina le scrutin de bout en bout, sans jamais laisser à son adversaire l'initiative.

La postérité de la formule tient à l'ironie de son destin. « Ensemble, tout devient possible » a gagné l'élection, puis s'est retourné contre le quinquennat qu'il inaugurait. Le président élu sous le signe du rassemblement laissa l'image d'un chef de l'État clivant, et l'« ensemble » promis sonna vite comme un souvenir de campagne plutôt que comme une pratique du pouvoir. Le contraste devint plus éclatant encore cinq ans plus tard : pour sa réélection manquée de 2012, Sarkozy abandonna l'optimisme de 2007 pour un slogan défensif, « La France forte », troquant l'horizon ouvert contre le repli protecteur. Le chemin parcouru entre les deux formules résume à lui seul l'évolution d'un homme et d'une époque. « Ensemble, tout devient possible » reste ainsi le marqueur d'un moment précis, celui d'une France de 2007 qui voulut croire, le temps d'un printemps, que l'énergie d'un homme suffirait à tout rendre possible.

Au soir du premier tour, le 22 avril 2007, Nicolas Sarkozy arrive largement en tête avec 31,18 % des suffrages, devant Ségolène Royal (25,87 %). Le 6 mai, il est élu président de la République avec 53,06 % des voix contre 46,94 % à son adversaire. Pour lui, ce jour-là, tout était effectivement devenu possible.