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MOTS DE CAMPAGNE

Présidentielle 2022 - Emmanuel Macron : "Avec vous"

MOTS DE CAMPAGNE Source : EPOC - Archives

Le président qu'on avait surnommé « président des riches », celui qui conseillait à un chômeur de « traverser la rue » et raillait les « Gaulois réfractaires », choisit en 2022 deux mots de pure proximité : « Avec vous ». Tout le pari de la formule tient dans cette préposition, « avec », censée effacer cinq ans de reproches sur la distance et la hauteur. Le candidat sortant ne promet pas un programme ; il promet une position — à vos côtés, non au-dessus.

Le sens du slogan se loge dans le rapport qu'il institue. « Avec » dit l'accompagnement, le côte-à-côte, la présence ; « vous » s'adresse directement à l'électeur, l'installe comme partenaire plutôt que comme sujet. Après un premier mandat marqué par la crise des Gilets jaunes et le procès en verticalité, la formule veut corriger le défaut d'image le plus tenace du président : cette impression de surplomb, d'un chef trop sûr de lui et trop loin des gens. Le message adressé aux électeurs superpose deux registres. La proximité d'abord — je vous écoute, je marche avec vous. La protection ensuite — dans un monde de crises enchaînées, de la pandémie à la guerre revenue en Europe, le « avec vous » sonne aussi comme la promesse d'un rempart, d'un président qui tient la barre à vos côtés. Le choix stratégique est celui du sortant qui n'a plus besoin de se faire connaître, mais qui doit se faire aimer, ou du moins accepter : gommer l'arrogance par une formule d'humilité, transformer le monarque supposé en compagnon de route.

La genèse du slogan est indissociable d'une campagne qui n'eut presque pas lieu. Emmanuel Macron déclare sa candidature très tardivement, au début de mars 2022, alors que l'invasion de l'Ukraine par la Russie vient de bouleverser le continent. Le président se pose en « candidat empêché », trop occupé à gouverner et à diplomatiser pour battre l'estrade, laissant entendre que l'exercice du pouvoir vaut mieux que sa conquête. L'affiche officielle traduit cette posture avec sobriété : costume bleu marine, léger sourire, regard bienveillant, et derrière lui une foule anonyme et floutée qui matérialise le « vous » du slogan — le peuple en arrière-plan, comme un soutien diffus. Le style épuré reprend celui de 2017, à ceci près que le visage a vieilli, les tempes ont grisonné, cinq années de pouvoir ont laissé leur trace. Tout, dans l'image, veut dire à la fois la proximité et la stature protectrice : un homme parmi les siens, mais qui les précède.

L'épreuve de la campagne révéla la fragilité de la formule. « Avec vous » fut jugé creux, vaguement paternaliste, un pansement de communication posé sur un problème de fond. L'initiative d'un concours interne, promettant aux militants un moment d'échange avec un ministre, déclencha les railleries de la droite comme de la gauche sur les réseaux sociaux. Mais le signe le plus parlant vint du slogan lui-même : après le premier tour, « Avec vous » s'effaça au profit de « Nous tous ! », la photo demeurant identique, seuls les mots changeant. Officiellement, il s'agissait d'incarner l'unité nationale et de rassembler toutes les sensibilités face à Marine Le Pen. Pour les critiques, ce changement en pleine course trahissait l'improvisation et l'aveu discret que le premier slogan n'avait pas pris. Le « vous » de la proximité cédait la place au « nous tous » du front républicain, moins une adhésion qu'un rempart.

La postérité de la formule est celle d'un slogan mince, vite oublié, emblème d'une élection sans souffle. « Avec vous » reste attaché au souvenir d'une campagne qui ne s'est pas tenue, celle d'un président réélu davantage par le barrage contre l'extrême droite que par l'enthousiasme pour son bilan. La bascule vers « Nous tous » en a dit la vérité : Macron l'a emporté rassemblé contre, plus qu'aimé pour. La promesse de proximité contenue dans le slogan fut d'ailleurs rapidement démentie par un second mandat heurté, marqué par une réforme des retraites imposée sans vote, puis par la dissolution de 2024 et l'instabilité gouvernementale qui suivit. « Avec vous » survit ainsi comme l'étiquette d'une réélection distante, la formule d'un pouvoir qui promettait le côte-à-côte et retrouva vite le surplomb.

Au soir du premier tour, le 10 avril 2022, Emmanuel Macron arrive en tête avec 27,85 % des suffrages, devant Marine Le Pen (23,15 %). Le 24 avril, il est réélu président de la République avec 58,55 % des voix contre 41,45 % à sa rivale. Premier président réélu hors cohabitation depuis vingt ans, il l'emporte nettement, mais sans élan, sur fond d'abstention élevée et d'un score record de l'extrême droite. Il avait promis d'être « avec vous » ; il gouvernerait, très vite, un pays plus divisé que jamais.