À Palikir, la capitale administrative posée sur l'île de Pohnpei, le président de la Fédération des États de Micronésie n'est pas né dans l'île qu'il gouverne. Wesley W. Simina vient de Chuuk, ce chapelet de récifs et de lagons situé à plus de six cents kilomètres à l'ouest, le plus peuplé et le plus turbulent des quatre États qui composent le pays. Chuuk parle régulièrement de faire sécession. Simina, lui, préside l'union. Il fête aujourd'hui ses 65 ans.
Né le 10 septembre 1961 dans l'archipel de Chuuk, alors que ces îles relevaient encore du Territoire sous tutelle des îles du Pacifique administré par les États-Unis pour le compte des Nations unies, Simina appartient à la première génération de dirigeants micronésiens formés à cheval entre deux mondes. Il a fréquenté la Chuuk High School, puis traversé le Pacifique pour étudier aux États-Unis. Diplômé en 1982 de l'United States International University à San Diego, il a poursuivi par un doctorat en droit obtenu en 1988 à la William S. Richardson School of Law de l'université d'Hawaï. Le droit sera sa porte d'entrée dans la vie publique.
De retour au pays, il commence comme avocat commis d'office, défendant les justiciables sans ressources devant les tribunaux de Kosrae et de Chuuk. Il devient procureur général de l'État de Chuuk entre 1993 et 1997, exerce sept années en cabinet privé, puis siège à la convention constitutionnelle de 2001. En 2005, les électeurs de Chuuk le portent au poste de gouverneur, qu'il occupe jusqu'en 2011. Cette année-là, il rejoint le Congrès national de la Fédération, où il représentera son État jusqu'en 2023. Ses pairs l'élisent président du Congrès en 2015, fonction qu'il conservera huit ans, faisant de lui l'une des figures les plus expérimentées de la vie parlementaire micronésienne.
Le 11 mai 2023, le Congrès l'élit dixième président de la Fédération des États de Micronésie. Dans ce régime particulier, le chef de l'État n'est pas désigné au suffrage universel direct mais choisi par les parlementaires parmi les sénateurs élus à l'échelle nationale. Simina succède à David Panuelo, dont le mandat s'était achevé sur une mise en garde retentissante contre l'influence grandissante de la Chine dans le Pacifique. L'héritage était lourd, et le nouveau président a hérité d'un dossier qui engage l'avenir du pays pour vingt ans.
Ce dossier porte un nom : le Compact of Free Association, l'accord de libre association qui lie la Micronésie aux États-Unis depuis l'indépendance de 1986. En vertu de ce traité, Washington assure la défense de l'archipel et verse une aide financière massive, tandis que les Micronésiens peuvent vivre, travailler et servir dans l'armée américaine sans visa. Le volet économique arrivait à échéance. Après des négociations serrées, un nouveau paquet a été scellé, garantissant plusieurs milliards de dollars d'aide sur deux décennies. Pour un pays d'à peine plus de cent mille habitants dispersés sur des centaines d'îles et un océan grand comme un continent, ces fonds représentent la colonne vertébrale du budget national.
La contrepartie est stratégique. La Micronésie occupe une position charnière sur les routes maritimes qui relient Hawaï à l'Asie, et les grandes puissances y rivalisent d'attentions. Simina a réaffirmé la coopération avec les États-Unis autour d'un projet d'installation de défense sur l'île de Yap, tout en veillant à ne pas transformer son pays en simple pièce d'un jeu qui le dépasse. Il a fait de la planification spatiale marine une priorité, cherchant à concilier la protection d'un environnement océanique parmi les plus riches de la planète avec les besoins d'un développement encore fragile. Devant les organisations internationales, il a présenté l'égalité entre les femmes et les hommes comme un pilier du développement durable de son pays.
Car la Micronésie de Simina reste vulnérable. La montée des eaux menace des atolls dont le point culminant dépasse rarement quelques mètres. Les jeunes partent, attirés par les salaires américains et par l'armée des États-Unis, où les Micronésiens s'engagent en proportion parmi les plus élevées de tous les territoires liés à Washington. Les recettes propres du pays demeurent minces, la dépendance à l'aide extérieure quasi totale, et la dispersion géographique complique la moindre politique publique. Gouverner la Fédération, c'est administrer quatre États aux langues et aux cultures distinctes, jaloux de leurs prérogatives.
Chuuk, précisément, incarne cette tension. L'État natal du président a plusieurs fois agité la menace d'une indépendance, un référendum de sécession ayant été proposé puis repoussé au fil des années. Les Chuukais estiment souvent recevoir moins qu'ils n'apportent à l'union, et le débat resurgit à intervalles réguliers. Que le président de la Fédération soit lui-même un fils de Chuuk, ancien gouverneur de cet État, n'est pas anodin : nul mieux que lui ne connaît les griefs de sa région d'origine, ni les arguments qui plaident pour le maintien d'un ensemble sans lequel aucun des quatre États ne pèserait grand-chose sur la scène internationale.
Marié à Ancelly, père de huit enfants, Simina cultive une image de juriste méthodique plutôt que de tribun. Son style tranche avec celui de son prédécesseur : moins de coups d'éclat diplomatiques, davantage de gestion patiente des équilibres internes et des relations avec les bailleurs. Ceux qui l'ont côtoyé au Congrès décrivent un homme du consensus, rompu aux arcanes d'une procédure parlementaire où chaque État défend son pré carré.
À 65 ans, l'ancien avocat commis d'office de Chuuk dirige un pays que la géographie condamne à l'équilibrisme, entre un allié américain généreux mais exigeant, une Chine qui avance ses pions, un océan qui monte et des États membres qui rêvent parfois de faire cavalier seul. La prochaine échéance présidentielle se jouera devant le Congrès, comme la précédente. D'ici là, Wesley Simina a un archipel à tenir ensemble, île par île.