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ETATS UNIS - ANNIVERSAIRE

Joshua Stein, le procureur devenu gouverneur

ETATS UNIS - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du GOV

Quand Josh Stein a prêté serment le 1er janvier 2025 sur les marches du Capitole de Raleigh, il est devenu le premier gouverneur juif de l'histoire de la Caroline du Nord, un État du Sud profond où la Bible reste une référence quotidienne et où les démocrates n'ont plus la partie facile. Vingt mois plus tard, celui qui a bâti sa réputation en faisant condamner des laboratoires pharmaceutiques et en vidant les stocks de kits de viol non testés dirige un État partagé, où le pouvoir exécutif est démocrate et l'assemblée républicaine. Il fête aujourd'hui ses 60 ans.

Né le 13 septembre 1966 à Washington, Joshua Harris Stein a grandi à Chapel Hill, dans le comté d'Orange, l'un des bastions les plus progressistes de Caroline du Nord. Son père, avocat des droits civiques, a marqué son fils du sens de l'engagement juridique. Stein étudie l'histoire à Dartmouth College, dont il sort diplômé en 1988, avant d'enchaîner un doctorat en droit à la Harvard Law School et un master à la Kennedy School of Government de la même université. Rares sont les responsables politiques à afficher pareil attelage de diplômes ; Stein en a fait le socle d'une carrière tout entière tournée vers le droit et l'action publique.

Il entre au Sénat de Caroline du Nord en 2009, représentant le 16e district autour de Raleigh, et se fait élire whip de la minorité par ses collègues après sa réélection de 2010. Son travail législatif porte sur des sujets concrets : l'élargissement de la banque de données ADN de l'État, l'interdiction du cyberharcèlement, la prolongation des crédits d'impôt pour les énergies renouvelables, la sécurité dans les écoles. En 2016, il franchit un cap en se faisant élire procureur général de Caroline du Nord, cinquante et unième titulaire du poste, qu'il occupera de 2017 à 2025.

C'est là, dans les huit années passées à la tête du ministère public de l'État, que Stein forge la stature qui le mènera au sommet. Il s'attaque au retard accumulé dans le traitement des kits de prélèvement des victimes de viol, ces preuves biologiques laissées à l'abandon dans des entrepôts pendant que les agresseurs couraient toujours ; sous son autorité, le stock des tests en souffrance est résorbé. Il joue surtout un rôle de premier plan dans les poursuites nationales contre les fabricants et distributeurs d'opioïdes, dont les analgésiques ont ravagé les Appalaches et les zones rurales du pays. Les accords conclus avec l'industrie dépassent les cinquante milliards de dollars à l'échelle américaine, une manne destinée à financer la lutte contre l'addiction. Le procureur méthodique se taille une réputation de défenseur des victimes.

En 2024, Stein se lance dans la course au poste de gouverneur, laissé vacant par le démocrate Roy Cooper, empêché de se représenter par la limitation des mandats. Face à lui, le républicain Mark Robinson, alors vice-gouverneur, tribun flamboyant dont la campagne s'effondre sous le poids de propos passés d'une violence inouïe. Stein l'emporte avec près de quinze points d'avance, un écart considérable dans un État aussi disputé, où la présidentielle se joue dans le même temps à quelques milliers de voix. La Caroline du Nord confirme ainsi son statut d'anomalie politique : elle vote républicain au niveau fédéral mais conserve un exécutif démocrate.

Gouverner dans ces conditions relève de l'exercice d'équilibriste. L'Assemblée générale, dominée par les républicains, dispose du pouvoir de passer outre les vetos du gouverneur, et Stein a dû composer avec une majorité qui n'est pas la sienne dès ses premiers mois. Le budget en a offert l'illustration : après des semaines de bras de fer, il a fini par apposer sa signature au bas d'un texte longuement retardé, tout en portant ses propres priorités, une hausse de plusieurs milliards de dollars des dépenses, des revalorisations salariales pour les enseignants, des baisses d'impôts ciblées et un gel de l'extension des chèques scolaires vers l'enseignement privé, dossier explosif entre les deux camps.

Une ombre plane sur son mandat depuis le premier jour : la reconstruction de l'ouest montagneux de l'État, dévasté à l'automne 2024 par le passage de l'ouragan Helene. Des villages entiers des Appalaches avaient été emportés par des crues d'une ampleur inédite, laissant des routes coupées, des communautés isolées et des habitants privés de tout. Stein a fait de ce chantier une priorité de gouvernement, arpentant les comtés sinistrés, réclamant des fonds fédéraux et défendant les régions rurales, qui votent majoritairement contre son camp mais dont il refuse de faire des laissées-pour-compte. En cette fin d'été 2026, il a annoncé plus d'un milliard de dollars d'investissements privés et des centaines d'emplois nouveaux pour la Caroline du Nord rurale, signe qu'il entend gouverner au-delà des clivages partisans.

Père de trois enfants avec son épouse Anna Harris Stein, il fréquente le Temple Beth Or, une synagogue réformée de Raleigh, et n'a jamais fait mystère d'une foi qui l'a exposé, durant sa campagne, à des attaques que l'on croyait d'un autre âge. Il les a affrontées sans se départir d'un calme d'avocat, préférant parler bilan plutôt que biographie.

À 60 ans, Josh Stein incarne une figure devenue rare dans l'Amérique polarisée : le démocrate élu dans un État penchant à droite, contraint au compromis permanent, jugé sur sa capacité à obtenir des résultats concrets plutôt qu'à galvaniser une base. La reconstruction de l'Ouest n'est pas achevée, le budget suivant se négociera dans les mêmes rapports de force, et les régions rurales attendent des actes. Le procureur qui traquait les laboratoires d'opioïdes a désormais un État entier à administrer, comté par comté.