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SUD SOUDAN - ANNIVERSAIRE

Salva Kiir Mayardit, l'homme au chapeau noir

SUD SOUDAN - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Il porte toujours le chapeau. Un stetson noir à larges bords, offert il y a une vingtaine d'années par le président américain George W. Bush, devenu la signature d'un homme qui gouverne le plus jeune État du monde. Salva Kiir Mayardit ne s'en sépare presque jamais, y compris dans les moments où le pays qu'il a arraché à l'indépendance vacille au bord de la guerre. En cette fin d'été 2026, cette menace n'a jamais paru aussi proche. Il fête aujourd'hui ses 75 ans.

Né le 13 septembre 1951 dans le village d'Akon, au sein de la communauté dinka awan-chan du comté de Gogrial, dans ce qui n'était encore que le sud du Soudan, Kiir a grandi dans une famille de pasteurs. Huitième de neuf enfants, fils d'un éleveur de bétail du clan Payum et d'une agricultrice du clan Payii, il connaît une enfance rythmée par les troupeaux et par la guerre qui embrase déjà le sud contre le pouvoir de Khartoum. En 1967, adolescent, il rejoint la rébellion des Anyanya pendant la première guerre civile soudanaise. L'accord d'Addis-Abeba de 1972 l'intègre comme officier subalterne dans l'armée soudanaise, mais la paix ne dure pas.

Lorsque la seconde guerre civile éclate en 1983, Kiir fait défection et rallie l'Armée populaire de libération du Soudan, la SPLA, fondée par John Garang. Il en devient l'adjoint, l'homme de confiance du charismatique fondateur, celui qui commande sur le terrain quand Garang négocie ou pérore. En 1997, il conduit l'opération Thunderbolt, une offensive victorieuse dans l'Équatoria occidental. Deux décennies de guerre feront plus de deux millions de morts avant que l'accord de paix global de 2005 ne mette fin au conflit et n'ouvre la voie à une autonomie du Sud.

Le destin de Kiir bascule le 30 juillet 2005. John Garang, devenu premier vice-président du Soudan trois semaines plus tôt, meurt dans le crash de son hélicoptère au retour d'une visite en Ouganda. En quelques heures, l'adjoint discret hérite de tout : la direction de la SPLA, la présidence du gouvernement du Sud-Soudan, le poste de premier vice-président à Khartoum. Là où Garang défendait l'idée d'un Soudan uni et réformé, Kiir penche pour la sécession pure et simple. Réélu en 2010 avec 93 % des voix, il conduit son peuple au référendum d'autodétermination de janvier 2011, plébiscité à une écrasante majorité.

Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud proclame son indépendance et Salva Kiir en devient le premier président. Juba explose de joie, le monde salue la naissance de son 193e État. L'euphorie sera de courte durée. Dès décembre 2013, une lutte de pouvoir entre Kiir, un Dinka, et son vice-président Riek Machar, un Nuer, dégénère en guerre civile aux relents ethniques. Le conflit fait des centaines de milliers de morts, jette des millions de personnes sur les routes de l'exil et plonge le pays dans une famine que les Nations unies qualifient de provoquée par l'homme. Un accord de paix signé en 2018 ramène Machar au poste de vice-président au sein d'un gouvernement d'union, fragile compromis maintenu à bout de bras par la communauté internationale.

Cet équilibre s'est effondré au printemps 2025. En mars, l'armée a encerclé la résidence de Riek Machar à Juba, arrêté plusieurs de ses proches, avant de placer le vice-président lui-même en résidence surveillée. Il a par la suite été inculpé de meurtre et de trahison. L'opposition a aussitôt déclaré l'accord de paix caduc. Une commission des Nations unies a mis en garde contre un basculement vers une guerre totale, estimant que le pays s'acheminait de nouveau vers l'affrontement généralisé qu'il avait connu une décennie plus tôt. Les combats se sont ravivés dans plusieurs régions, notamment dans le Haut-Nil, et les agences humanitaires ont tiré la sonnette d'alarme sur une population déjà éreintée par les crises à répétition.

Dans le même temps, Kiir a redessiné sa succession. Il a élevé Benjamin Bol Mel, homme d'affaires visé par des sanctions américaines et longtemps décrit comme son protégé, au rang de vice-président et de dauphin présumé, écartant les figures qui pouvaient lui faire de l'ombre. La question de l'après-Kiir, à 75 ans, se pose désormais ouvertement dans les cercles du pouvoir à Juba, où la santé du président alimente les rumeurs depuis des années.

Le président promet malgré tout des élections. Ces scrutins, censés être les premiers depuis l'indépendance, ont été repoussés à plusieurs reprises. Kiir a de nouveau affirmé sa volonté de les tenir en décembre, un engagement que peu d'observateurs prennent au pied de la lettre tant les conditions de sécurité, l'absence de recensement fiable et l'état des institutions rendent l'exercice hasardeux. Organiser un vote dans un pays au bord de la guerre, sans opposition libre et avec un vice-président emprisonné, tiendrait de la gageure.

Le Soudan du Sud que gouverne Salva Kiir demeure un paradoxe cruel : assis sur d'immenses réserves de pétrole, il compte parmi les nations les plus pauvres et les plus instables de la planète, ses recettes engloutis par la guerre et la corruption, ses habitants dépendants de l'aide alimentaire. Les infrastructures manquent, les routes bitumées se comptent sur les doigts d'une main, et l'espoir soulevé par l'indépendance s'est dissous dans les rivalités des chefs de guerre devenus ministres.

À 75 ans, l'ancien maquisard des Anyanya reste l'homme fort de Juba, coiffé de son chapeau noir, arbitre d'un pays qu'il a contribué à faire naître et qu'il n'a jamais réussi à pacifier. La date des élections promises approche. Personne, au Soudan du Sud, ne sait si elles se tiendront, ni ce qui resterait du fragile accord de paix le jour où elles auraient lieu.