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PHILIPPINES - ANNIVERSAIRE

Ferdinand Marcos Jr., le fils du dictateur revenu au palais

PHILIPPINES - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Il est né dans le palais que sa famille allait fuir en catastrophe trente ans plus tard, avant d'y revenir en maître trente-six ans après. Ferdinand Romualdez Marcos Jr., que tout l'archipel connaît sous le surnom de Bongbong, a bâti son destin sur la réhabilitation d'un nom que l'Histoire avait couvert d'opprobre. Aujourd'hui, à la tête des Philippines, il affronte une crise qui menace de faire tanguer son pouvoir. Il fête aujourd'hui ses 69 ans.

Né le 13 septembre 1957 à Santa Mesa, un quartier de Manille, dans une maternité qui deviendra plus tard l'hôpital Notre-Dame-de-Lourdes, il est le fils unique de Ferdinand Marcos, dixième président des Philippines, et d'Imelda Romualdez Marcos, cette première dame entrée dans la légende par ses milliers de paires de chaussures et son goût du faste. L'enfant grandit dans l'ombre d'un père qui, en 1972, décrète la loi martiale et transforme sa présidence en dictature. Pendant plus d'une décennie, le régime réprime, torture, fait disparaître ses opposants et détourne des milliards de dollars, tandis que Bongbong, adolescent puis jeune homme, est préparé à la succession.

Sa scolarité illustre les ambiguïtés qui le poursuivront. Après La Salle Green Hills à Manille, il est envoyé en Angleterre, à la Worth School, puis à Oxford, au collège St Edmund Hall, où il étudie la philosophie, la politique et l'économie. Il n'y obtient qu'un diplôme spécial en sciences sociales, mais affirmera longtemps en être ressorti diplômé en bonne et due forme, une affirmation démentie par l'université elle-même. Il entame ensuite un MBA à la Wharton School de Pennsylvanie sans l'achever. Cette distance entre le récit familial et les faits vérifiables deviendra une constante de sa trajectoire.

À peine âgé de 23 ans, il est nommé vice-gouverneur de la province d'Ilocos Norte, le fief familial du nord de Luçon, dont il devient gouverneur en 1983. Trois ans plus tard, la révolution pacifique du People Power balaie son père. En février 1986, la famille Marcos s'enfuit à Hawaï à bord d'avions américains, emportant bijoux et lingots, laissant derrière elle un pays exsangue et des victimes par milliers. Ferdinand Marcos père meurt en exil en 1989.

Commence alors la longue reconquête. Les Marcos rentrent au pays au début des années 1990, protégés par leur fortune et par les réseaux fidèles d'Ilocos Norte. Bongbong redevient député, puis de nouveau gouverneur, avant d'accéder au Sénat en 2010. En 2016, il tente la vice-présidence et échoue de justesse face à Leni Robredo, une défaite qu'il contestera devant les tribunaux sans succès. Loin de le briser, ce revers prépare le terrain. Une machine de communication rôdée, particulièrement efficace sur les réseaux sociaux, réécrit patiemment l'âge d'or supposé de la dictature paternelle, présentée aux jeunes générations comme une ère de prospérité et d'ordre.

Le pari triomphe en mai 2022. Allié à Sara Duterte, fille du président sortant Rodrigo Duterte, au sein d'un ticket baptisé UniTeam, Marcos remporte la présidentielle avec près de 59 % des voix, la plus large marge depuis 1981. Le fils du dictateur s'installe au palais de Malacañang, bouclant l'un des retours politiques les plus spectaculaires de l'histoire contemporaine. Sara Duterte devient sa vice-présidente.

L'alliance n'a pas résisté à l'exercice du pouvoir. En quelques mois, les deux dynasties se sont déchirées, révélant des ambitions incompatibles et des visions opposées de la politique étrangère, Marcos rapprochant l'archipel des États-Unis quand les Duterte penchaient vers Pékin. La rupture est devenue spectaculaire. Sara Duterte a quitté le gouvernement, multiplié les attaques, et les deux camps se sont retrouvés happés par des procédures d'empeachment croisées. En 2025, un tournant historique : Rodrigo Duterte, l'ancien président et parrain du clan rival, a été arrêté et remis à la Cour pénale internationale, qui enquête sur les milliers de morts de sa guerre contre la drogue. L'événement a redistribué les cartes du pouvoir philippin.

L'été 2026 a porté cette confrontation à son paroxysme. Le procès en destitution de la vice-présidente Sara Duterte s'est ouvert devant le Sénat, transformé en cour d'empeachment, l'accusation la visant sur l'usage de fonds publics et des menaces proférées contre le président. Semaine après semaine, les audiences ont tenu l'archipel en haleine, exposant au grand jour la guerre ouverte entre les deux familles qui avaient conquis le pouvoir ensemble quatre ans plus tôt.

Marcos, lui, n'est pas épargné. Un vaste scandale de corruption autour des projets de lutte contre les inondations a éclaté, révélant des chantiers surfacturés ou fantômes financés sur fonds publics. Le président a d'abord dénoncé publiquement ces malversations, avant que les enquêtes ne remontent vers son propre entourage et n'alimentent à leur tour des tentatives d'empeachment le visant directement. Les analystes jugent ces manœuvres peu susceptibles d'aboutir, faute de majorité suffisante, mais elles fragilisent un chef de l'État dont la popularité s'érode et qui doit composer avec une opinion lasse de la corruption.

Aux tensions intérieures s'ajoute la pression extérieure. En mer de Chine méridionale, les navires chinois harcèlent régulièrement les bateaux philippins autour des récifs disputés, et Marcos a fait le choix assumé de resserrer l'alliance militaire avec Washington, autorisant l'accès de l'armée américaine à de nouvelles bases. Ce virage stratégique tranche avec la prudence de son prédécesseur et expose l'archipel à la colère de Pékin.

À 69 ans, Ferdinand Marcos Jr. incarne une énigme philippine : l'héritier d'un régime honni, porté au pouvoir par un pays qui, un demi-siècle plus tôt, avait chassé son père dans la liesse. La présidentielle de 2028, à laquelle il ne pourra se représenter, mais où se jouera l'avenir de son camp, se profile déjà. D'ici là, le maître de Malacañang doit tenir un archipel secoué par les procès, les scandales et le fracas des mers.