Les bouquets s'amoncelaient devant le Palais royal d'Oslo depuis plusieurs jours déjà lorsque la nouvelle est tombée. Vendredi matin, la Maison royale a annoncé la mort du roi Harald V, à l'âge de 89 ans, emporté par les complications d'une maladie du sang contre laquelle il luttait depuis des semaines. Il était le plus âgé des souverains régnants d'Europe.
Le roi s'est éteint au terme d'une longue dégradation. Hospitalisé pour une infection sanguine traitée par antibiotiques, il avait vu son état qualifié d'« extrêmement grave » par le Palais au milieu de la semaine. La reine Sonja, son épouse depuis cinquante-huit ans, et le prince héritier Haakon veillaient à son chevet. Sur la Karl Johans gate, des Norvégiens s'arrêtaient déjà devant la grille pour déposer une rose ou allumer une bougie, dans le silence particulier des veilles qui n'osent pas encore dire leur nom.
Avec lui s'efface une figure qui aura incarné, trois décennies et demie durant, une monarchie sans faste et profondément aimée. Harald était monté sur le trône le 17 janvier 1991, à la mort de son père, le roi Olav V. Il avait alors reçu, avec la reine Sonja, une bénédiction dans la cathédrale de Nidaros, à Trondheim, renouant avec un geste que la Constitution norvégienne n'imposait plus.
Sa vie avait commencé sous le signe de l'exception. Né le 21 février 1937 au domaine de Skaugum, près d'Oslo, il était le seul fils d'Olav V et de la princesse Märtha de Suède, et le premier héritier du trône à voir le jour sur le sol norvégien depuis cinq cent soixante-sept ans. Sa petite enfance fut marquée par la guerre. Lorsque les troupes allemandes envahirent la Norvège en 1940, la famille royale se sépara : le roi Haakon VII, son grand-père, et son père gagnèrent Londres pour y animer la résistance, tandis que sa mère l'emmenait, avec ses deux sœurs, d'abord en Suède puis aux États-Unis. L'enfant passa les années d'occupation près de Washington. Il ne rentra en Norvège qu'en juin 1945, sur le pont d'un croiseur, aux côtés de son père, le prince héritier Olav, dans un pays libéré.
Formé à l'université d'Oslo puis au collège Balliol d'Oxford, où il étudia l'histoire, l'économie et la politique, il fut aussi un marin de haut niveau. Barreur passionné, il représenta la Norvège aux Jeux olympiques de 1964, 1968 et 1972, et continua de courir en régate bien après son accession au trône. La voile resta l'un des rares domaines où le souverain s'autorisait la compétition et, parfois, la victoire.
C'est pourtant une autre bataille qui aura façonné l'homme. Au début des années 1960, le prince héritier tomba amoureux de Sonja Haraldsen, fille d'un commerçant en confection d'Oslo. Une roturière : l'idée heurtait la cour, une partie de l'opinion et le roi Olav lui-même. Neuf années durant, la relation demeura tenue à l'écart des regards. Harald finit par prévenir son père qu'il ne se marierait pas s'il ne pouvait épouser Sonja — au risque d'éteindre la dynastie. Olav céda. Le mariage fut célébré le 29 août 1968 dans la cathédrale d'Oslo. Le couple eut deux enfants, la princesse Märtha Louise et le prince héritier Haakon.
Devenu roi, Harald V exerça un pouvoir presque entièrement symbolique, fidèle à la devise héritée de son père et de son grand-père : « Alt for Norge » — Tout pour la Norvège. Il n'intervenait pas dans la vie politique, recevait les gouvernements successifs et laissait au Storting le soin de gouverner. Sa popularité tenait à autre chose : une simplicité assumée, une ironie tranquille, une manière de parler à ses compatriotes sans jamais se placer au-dessus d'eux.
Un discours résume ce lien. En septembre 2016, lors d'une réception dans le parc du palais, le vieux roi improvisa quelques phrases devenues célèbres. « Les Norvégiens sont des filles qui aiment des filles, des garçons qui aiment des garçons, et des filles et des garçons qui s'aiment », déclara-t-il, énumérant les origines et les croyances d'un pays qu'il décrivait comme pluriel. « Mon plus grand espoir pour la Norvège, conclut-il, est que nous parvenions à prendre soin les uns des autres. » Le texte fut repris dans le monde entier.
Les dernières années furent celles de la maladie. Opéré du cœur à plusieurs reprises, hospitalisé pour des infections à répétition, il avait dû se faire poser un stimulateur cardiaque en 2024, lors d'un séjour privé en Malaisie. Malgré les rumeurs d'abdication, il avait toujours écarté l'idée de renoncer au trône, estimant avoir prêté serment pour la vie. Il aura tenu parole.
Son fils, le prince héritier Haakon, 53 ans, devient roi de Norvège. Depuis longtemps associé aux affaires du royaume, dont il avait assuré la régence à plusieurs reprises pendant les hospitalisations de son père, il hérite d'une couronne dont Harald aura patiemment démontré qu'elle pouvait être à la fois modeste et respectée.
Harald V et Sonja s'étaient mariés le 29 août 1968. Le roi est mort la veille de leur cinquante-huitième anniversaire de mariage.