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SUEDE - JOUR DE VOTE

En Suède, une élection sur fond de fusillades et de factures d'électricité

SUEDE - JOUR DE VOTE Source : EPOC - création IA

À huit heures ce dimanche matin, quand les bureaux de vote ont ouvert à travers la Suède, plus de trois millions d'électeurs avaient déjà tranché. Le vote par anticipation, ouvert depuis le 26 août, a battu tous les records : près de la moitié du corps électoral s'est exprimée avant l'heure, une hausse de 21 % par rapport à 2022. Il reste environ cinq millions de bulletins à glisser dans les urnes d'ici vingt heures. Personne, à Stockholm, ne sait de quel côté ils feront pencher la balance.

Les Suédois élisent aujourd'hui les 349 membres du Riksdag, en même temps que leurs conseils régionaux et municipaux. Le scrutin est proportionnel, avec un seuil national de 4 %, et il faut 175 sièges pour gouverner. C'est la première élection législative depuis l'adhésion du royaume à l'OTAN, en mars 2024, qui a mis fin à plus de deux siècles de non-alignement militaire. Mais la sécurité extérieure n'a pas dominé la campagne. Ce sont les fusillades entre gangs, le prix de l'électricité et le coût de la vie qui ont occupé les débats de ce pays de 10,6 millions d'habitants.

Depuis plus d'une décennie, la Suède est marquée par des règlements de comptes liés au trafic de drogue, avec leurs cortèges de tirs et d'explosions dans les quartiers de Stockholm, Göteborg ou Malmö. Ulf Kristersson, arrivé au pouvoir en 2022 à la tête des Modérés, avait fait de la lutte contre la criminalité organisée l'axe central de son mandat. Son gouvernement minoritaire, soutenu sans participation par les Démocrates de Suède de Jimmie Åkesson, a durci une série de lois. Jeudi, à trois jours du vote, l'une d'elles est entrée en vigueur : l'âge de la responsabilité pénale passe de quinze à quatorze ans. Le Riksdag l'avait adoptée le 13 août par 281 voix contre 66, les sociaux-démocrates de l'opposition votant cette fois avec la coalition. Le nombre de fusillades et de morts par balle a nettement reculé en 2026 par rapport à 2022, un bilan que la droite met en avant sans avoir réussi, jusqu'ici, à s'installer en tête.

Car c'est là toute la tension de ce dimanche. Pendant des mois, le bloc rouge-vert de l'opposition a devancé la coalition sortante, parfois de huit points fin août. Puis l'écart s'est effondré dans les tout derniers jours. Vendredi, un sondage plaçait les deux blocs à 0,4 point l'un de l'autre, dans la marge d'erreur. Une enquête Ipsos publiée par le quotidien Dagens Nyheter les logeait quasiment à égalité, 49,3 % pour la gauche, 49 % pour la droite. Le retournement tient en grande partie à un parti que l'on donnait pour mort : les Libéraux de Simona Mohamsson, longtemps scotchés autour de 3 %, ont bondi à 5,8 % dans une enquête de milieu de semaine, franchissant le seuil fatidique des 4 %. S'ils s'y maintiennent ce soir, ils rapportent leurs sièges au camp de Kristersson ; s'ils rechutent, la droite perd toute chance de majorité. À ce niveau, quelques dizaines de milliers de bulletins peuvent décider de qui gouverne.

À gauche, la figure de proue reste Magdalena Andersson, brièvement Première ministre en 2021 et 2022, aujourd'hui à la tête des sociaux-démocrates. Son parti demeure de loin le premier du pays, crédité d'environ 30 % des intentions de vote. Elle s'appuie sur le Parti de gauche de Nooshi Dadgostar, sur les Verts et, plus prudemment, sur le Centre d'Elisabeth Thand Ringqvist, longtemps allié de la droite avant de rompre avec elle. Andersson a promis d'abaisser les factures d'énergie et de réinvestir dans les services publics, la santé en tête, tout en assurant qu'elle ne reviendrait pas sur les lois anticriminalité. Dans le dernier débat télévisé sur TV4, Åkesson lui a lancé : « Pourquoi êtes-vous toujours d'aussi mauvaise humeur ? » Elle a répliqué que l'on demande systématiquement aux femmes de pouvoir de « sourire davantage ».

Dans le camp adverse, un basculement s'est opéré à l'intérieur même de la majorité. Les Démocrates de Suède, parti d'extrême droite né dans les marges de la vie politique, devancent désormais les Modérés du Premier ministre et sont devenus la deuxième force du pays. Jimmie Åkesson, qui apporte depuis 2022 les voix décisives sans siéger au gouvernement, réclame cette fois des portefeuilles ministériels. Un accord scellé en mars, la « Promesse suédoise », prévoit son entrée au conseil des ministres en cas de victoire du bloc. Les Libéraux, longtemps opposés à toute participation de l'extrême droite au pouvoir, ont fini par lever leur veto au printemps. Kristersson, lui, a promis de « rendre à la Suède sa grandeur » et n'exclut plus d'associer les Démocrates de Suède au gouvernement.

La campagne s'est aussi jouée sur le pouvoir d'achat. Les prix de l'électricité, tirés vers le haut par un marché nordique sous tension et par les exportations vers le continent, ont nourri la colère des ménages du sud du pays. Kristersson défend son bilan économique et promet des baisses d'impôts ciblées ; Andersson dénonce une facture énergétique devenue un impôt déguisé. Sur l'immigration, le consensus s'est déplacé vers la droite depuis dix ans, au point que le gouvernement propose désormais aux migrants jusqu'à 36 000 dollars pour repartir, et que les sociaux-démocrates défendent eux aussi une ligne restrictive. Le clivage porte moins sur le principe que sur le ton.

Les bureaux ferment à vingt heures. Deux sondages sortie des urnes tomberont dans la foulée, avant des résultats partiels plus fiables dans la nuit. La nouvelle loi pénale, elle, s'applique déjà à des adolescents de quatorze ans. Ce soir, les mêmes électeurs qui réclamaient plus de fermeté diront s'ils font davantage confiance à la droite pour l'imposer, ou à une gauche qui l'a votée sans en revendiquer la paternité. À 0,4 point d'écart, aucun institut, à Stockholm, ne parie sur une soirée courte.