Le 10 septembre, à trois jours du scrutin qui décidera de l'avenir du gouvernement d'Ulf Kristersson, une loi entrera en vigueur en Suède : l'âge de la responsabilité pénale y passe de quinze à quatorze ans. Le Riksdag l'a adoptée le 13 août par 281 voix contre 66. Le gouvernement de droite avait d'abord voulu descendre à treize ans, avant de retirer sa proposition en juin faute de majorité. Cette fois, les sociaux-démocrates de l'opposition ont voté avec la coalition au pouvoir. Le texte allonge aussi à dix-huit ans la peine maximale encourue par les mineurs. Rarement une réforme pénale aura été promulguée aussi près d'un bulletin de vote.
Les Suédois éliront le 13 septembre les 349 membres du Riksdag, en même temps que leurs conseils régionaux et municipaux. Le scrutin est proportionnel, avec un seuil national de 4 %, et il faut 175 sièges pour gouverner. C'est la première élection législative depuis l'adhésion du royaume à l'OTAN, en mars 2024, qui a mis fin à plus de deux siècles de non-alignement militaire. Mais la sécurité extérieure ne domine pas la campagne. Ce sont les fusillades entre gangs, le prix de l'électricité et le coût de la vie qui occupent les débats.
Depuis plus d'une décennie, la Suède est marquée par des règlements de comptes liés au trafic de drogue, avec leurs cortèges de tirs et d'explosions dans les quartiers de Stockholm, Göteborg ou Malmö. Ulf Kristersson, arrivé au pouvoir en 2022 à la tête des Modérés, avait fait de la lutte contre la criminalité organisée l'axe central de son mandat. Son gouvernement minoritaire, soutenu sans participation par les Démocrates de Suède de Jimmie Åkesson, a durci une série de lois. Le vote du 13 août sur la responsabilité pénale en est le dernier exemple, calibré pour entrer en application juste avant les urnes.
Le bilan sécuritaire n'a pourtant pas suffi à installer la droite en tête. À une semaine du scrutin, les instituts de sondage placent le bloc rouge-vert de l'opposition devant la coalition gouvernementale. Fin août, Demoskop créditait les partis de gauche de 51,7 % contre 45,9 % pour les partis de l'accord de Tidö. Novus mesurait un écart de plus de sept points, Verian de dix. En début de mois, plusieurs enquêtes montraient un resserrement, sans inverser la tendance. Une projection donnait 186 sièges à l'opposition et 163 à la majorité sortante.
À gauche, la figure de proue reste Magdalena Andersson, brièvement Première ministre en 2021 et 2022, aujourd'hui à la tête des sociaux-démocrates. Son parti demeure de loin le premier du pays, crédité d'environ 30 % des intentions de vote. Elle s'appuie sur le Parti de gauche de Nooshi Dadgostar, sur les Verts et, plus prudemment, sur le Centre d'Elisabeth Thand Ringqvist, longtemps allié de la droite avant de rompre avec elle. Andersson a promis d'abaisser les factures d'énergie et de réinvestir dans les services publics, en particulier la santé, tout en assurant qu'elle ne reviendrait pas sur les lois anticriminalité.
Dans le camp adverse, un basculement s'est opéré à l'intérieur même de la majorité. Les Démocrates de Suède, parti d'extrême droite né dans les marges de la vie politique, sont désormais crédités d'environ 18 % des voix, devant les Modérés du Premier ministre, autour de 17 %. Jimmie Åkesson, qui apporte depuis 2022 les voix décisives sans siéger au gouvernement, réclame une place à la table du conseil des ministres si le bloc l'emporte. La question empoisonne la campagne de la droite : les Libéraux, longtemps opposés à toute participation des Démocrates de Suède au pouvoir, ont assoupli leur position au printemps, sans dissiper les tensions.
Ce sont précisément ces Libéraux qui pourraient tout faire basculer. Dirigés par Simona Mohamsson, ils stagnent autour de 2 % dans les sondages, sous la barre fatidique des 4 %. S'ils échouent à la franchir le 13 septembre, leurs sièges disparaissent et le bloc de Kristersson perd toute chance de majorité. La droite suédoise se retrouve ainsi suspendue au sort d'un allié moribond, sommée de lui prêter quelques points sans affaiblir les autres partenaires de l'accord de Tidö. Les stratèges des Modérés le savent : à ce niveau, quelques dizaines de milliers de bulletins peuvent décider de qui gouverne.
La campagne s'est aussi jouée sur le pouvoir d'achat. Les prix de l'électricité, tirés vers le haut par un marché nordique sous tension et par les exportations vers le continent, ont nourri la colère des ménages du sud du pays. Kristersson défend son bilan économique et promet des baisses d'impôts ciblées ; Andersson dénonce une facture énergétique devenue un impôt déguisé. Sur l'immigration, le consensus s'est déplacé vers la droite depuis dix ans, au point que les sociaux-démocrates défendent eux aussi une ligne restrictive. Le clivage porte moins sur le principe que sur le ton.
Le 10 septembre, la nouvelle loi pénale s'appliquera à des adolescents de quatorze ans. Le 13, les mêmes électeurs qui réclamaient plus de fermeté diront s'ils font davantage confiance à la droite pour l'imposer, ou à une gauche qui l'a votée sans en revendiquer la paternité. Aucun institut, à Stockholm, ne parie sur une soirée courte."