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ETATS UNIS - ANNIVERSAIRE

Ron DeSantis, Le gouverneur en fin de règne

ETATS UNIS - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du GOV.

Il rêvait de la Maison-Blanche et se retrouve à ranger son bureau. Ron DeSantis, qui fut un temps le rival le plus sérieux de Donald Trump pour la conquête du Parti républicain, achève son second et dernier mandat à la tête de la Floride, cet État devenu son laboratoire et sa vitrine. Empêché de se représenter, il assiste à la course pour lui succéder en spectateur contraint. Il fête aujourd'hui ses 48 ans.

Né le 14 septembre 1978 à Jacksonville, en Floride, Ronald Dion DeSantis grandit à Dunedin, sur la côte du golfe, dans une famille modeste d'origine italienne. Le sport le porte : lanceur de talent, il devient capitaine de l'équipe de baseball de l'université Yale, où il décroche un diplôme d'histoire. Il enchaîne avec la Harvard Law School, l'un de ces parcours d'excellence qu'il évoquera plus tard avec une pointe de gêne, lui qui a bâti sa carrière politique sur la dénonciation des élites diplômées de la côte Est.

Officier de la marine, il sert comme juriste militaire, affecté notamment à la prison de Guantánamo puis déployé en Irak auprès d'une unité des forces spéciales, une expérience qu'il mettra en avant tout au long de sa vie publique. En 2012, il se lance en politique et remporte un siège à la Chambre des représentants des États-Unis, où il siège de 2013 à 2018 et cofonde le Freedom Caucus, l'aile la plus intransigeante des conservateurs. En 2018, adoubé par Donald Trump, il remporte de justesse le poste de gouverneur de Floride.

Ce succès étriqué va se muer en domination. La pandémie de Covid-19 offre à DeSantis la scène nationale qu'il cherchait. À rebours des recommandations fédérales, il rouvre écoles et commerces plus tôt que la plupart des États, s'oppose aux confinements prolongés et aux obligations vaccinales, se posant en champion des libertés individuelles. Ses partisans y voient du courage, ses détracteurs de l'irresponsabilité, mais l'homme s'impose comme une figure de premier plan de la droite américaine. Il mène ensuite une offensive tous azimuts contre ce qu'il appelle l'idéologie woke : restrictions sur l'enseignement des questions de genre et de race à l'école, bataille juridique retentissante contre l'entreprise Disney, premier employeur privé de l'État, transport de migrants vers des villes démocrates. La Floride devient le modèle revendiqué du conservatisme en action.

En novembre 2022, il est réélu dans un raz-de-marée, l'emportant de près de vingt points et faisant basculer durablement un État autrefois indécis dans le camp républicain. Fort de ce triomphe, il se lance en 2023 dans la course à l'investiture présidentielle, présenté par une partie de la presse comme le seul capable de détrôner Trump. La campagne tourne court. Malgré des moyens financiers colossaux, DeSantis peine à séduire au-delà des primaires, son style jugé rigide face au charisme brutal de son rival. Battu dès l'Iowa, il se retire en janvier 2024 et rallie Donald Trump, refermant une aventure nationale qui aura révélé les limites de son appel personnel.

De retour à Tallahassee, il a repris les rênes de la Floride sans renoncer à sa ligne. Mais la contrainte des mandats le rattrape : la Constitution de l'État lui interdit de briguer un troisième mandat consécutif. En 2026, il a signé le budget de l'exercice 2026-2027, présenté par son entourage comme le couronnement de huit années de gestion conservatrice, avec baisses d'impôts et excédents budgétaires mis en avant. La formule sonnait comme un bilan de fin de règne.

Car la Floride prépare déjà l'après-DeSantis. La course pour lui succéder, dont la primaire s'est tenue en août et le scrutin général est prévu pour le 3 novembre 2026, mobilise plusieurs poids lourds républicains, au premier rang desquels le représentant Byron Donalds, soutenu par Donald Trump et en tête des levées de fonds. Dans les coulisses, le nom de Casey DeSantis, l'épouse du gouverneur, a longtemps circulé comme candidate possible, prolongement d'une dynastie que l'intéressée n'a pas concrétisé. Du côté démocrate, l'ancien élu David Jolly porte les espoirs d'un camp qui n'a plus remporté le poste depuis des décennies.

Le couple que forment Ron et Casey DeSantis a longtemps incarné l'image d'une jeune famille ambitieuse au sommet de la politique américaine. Casey, ancienne présentatrice de télévision, a surmonté un cancer du sein diagnostiqué en 2021 et joué un rôle central dans la communication de son mari. Ensemble, ils ont trois jeunes enfants, dont les apparitions ont ponctué les campagnes.

À 48 ans, DeSantis se trouve dans une position paradoxale : à l'âge où beaucoup de responsables politiques atteignent leur apogée, il termine le seul mandat qu'il lui est permis d'exercer, sa tentative présidentielle derrière lui et son avenir national suspendu aux recompositions d'un Parti républicain toujours dominé par Donald Trump. Certains le voient viser de nouveau la Maison-Blanche à l'horizon 2028, une fois libéré de ses fonctions ; d'autres estiment que sa fenêtre s'est refermée.

La Floride qu'il laissera est méconnaissable par rapport à celle qu'il avait trouvée : un État plus peuplé, économiquement florissant, aimant des conservateurs venus de tout le pays, mais aussi fracturé par les guerres culturelles qu'il a attisées et exposé, plus que tout autre, aux ouragans et à la montée des eaux qu'il a longtemps refusé de nommer réchauffement climatique.

Son mandat s'achève en janvier 2027. D'ici là, Ron DeSantis règne encore sur Tallahassee, gouverneur en sursis d'un État qu'il a transformé à son image, guettant l'ouverture qui lui permettrait, un jour, de reprendre la route qu'il a dû abandonner dans les neiges de l'Iowa.