À Kampala, ce 15 septembre 2026, les portraits officiels affichent toujours le même visage rond, le chapeau à large bord et le sourire mesuré du général devenu chef d'État depuis quarante ans. Trois semaines plus tôt à peine, son fils, le général Muhoozi Kainerugaba, chef des forces de défense ougandaises, annonçait sur le réseau social X qu'il briguerait la présidence en 2031, promettant d'y arriver avec 90 % des voix grâce, disait-il, à la bénédiction divine et au soutien paternel. Le père, lui, n'a rien laissé filtrer de ses propres intentions pour l'échéance suivante. Il fête aujourd'hui ses 82 ans.
Né le 15 septembre 1944 à Ntungamo, dans le protectorat britannique de l'Ouganda, Yoweri Kaguta Museveni Tibuhaburwa grandit dans une famille de gardiens de bétail de l'ethnie hima, originaire de l'ancien royaume du Mpororo, aujourd'hui intégré à la région de l'Ankole. Son père, Amos Kaguta, et sa mère, Esteri Kokundeka Nganzi, l'élèvent loin des centres urbains ; il étudie à l'école de Kyamate, puis au lycée de Mbarara et à l'école Ntare, avant de partir pour l'université de Dar es Salaam, en Tanzanie voisine, où il obtient un diplôme d'économie et de sciences politiques. C'est là qu'il fonde le Front révolutionnaire africain des étudiants universitaires et se familiarise avec les mouvements de libération du continent.
Rentré en Ouganda, il participe en 1972 à une tentative avortée d'invasion contre le régime d'Idi Amin, puis crée en 1973 le Front pour le salut national (FRONASA). Il combat aux côtés des troupes tanzaniennes lors de la guerre qui, entre 1978 et 1979, chasse Amin du pouvoir. La décennie suivante le voit prendre les armes une nouvelle fois : à la tête de l'Armée de résistance nationale, il mène une guérilla de cinq ans dans le triangle de Luwero avant d'entrer dans Kampala en janvier 1986. Il prête serment comme président le 29 janvier de cette année-là, promettant un changement fondamental et un retour à la démocratie.
Quatre décennies plus tard, ce changement n'a pas pris la forme d'une alternance. Museveni fait supprimer en 2005 la limite de deux mandats présidentiels, puis, le 27 décembre 2017, signe un amendement constitutionnel abolissant le plafond d'âge de 75 ans qui l'aurait empêché de se représenter. Des sondages menés à l'époque indiquaient qu'environ 85 % des Ougandais interrogés s'opposaient à cette dernière réforme. Museveni justifie sa longévité par la stabilité qu'elle aurait apportée à un pays longtemps ravagé par les coups d'État et les dictatures d'Amin puis d'Obote : croissance économique soutenue pendant l'essentiel de ses mandats, envoi de troupes ougandaises en Somalie au sein de la force de l'Union africaine et engagement militaire répété dans l'est de la République démocratique du Congo, présenté comme un rempart régional contre les groupes armés.
Réélu en 2021 pour un sixième mandat, il se présente à nouveau lors du scrutin du 15 janvier 2026, remporté selon la Commission électorale avec 71,65 % des voix contre 19,85 % pour l'artiste devenu député puis candidat, Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine. Human Rights Watch documente, dans les semaines qui suivent l'annonce des résultats, un climat de répression : arrestations d'opposants, restrictions d'accès à internet, contestation des chiffres par Bobi Wine, qui parle de fraude. Museveni prête serment pour un septième mandat le 12 mai 2026, à Kololo, devant plusieurs chefs d'État est-africains.
L'espace laissé à l'opposition continue de se réduire dans les mois qui suivent. Bobi Wine quitte l'Ouganda en mars 2026 et s'installe aux États-Unis, d'où il appelle la communauté internationale à sanctionner le gouvernement de Kampala. Kizza Besigye, autre figure historique de l'opposition et rival de Museveni à quatre reprises depuis les années 2000, reste détenu et jugé pour trahison ; le 29 juillet 2026, il s'effondre dans le box des accusés en pleine audience à Kampala et est transporté en soins intensifs, selon son épouse et plusieurs médias régionaux.
À Kampala, le pouvoir reste aussi une affaire de famille. Son épouse, Janet Kataaha Museveni, qu'il a épousée en 1973, occupe pendant plus d'une décennie le poste de ministre de l'Éducation avant de rester une figure politique influente au sein du parti présidentiel. Le couple a quatre enfants : outre le général Muhoozi, une fille styliste, Natasha Karugire, une autre devenue pasteure, Patience Rwabwogo, et une troisième, Diana Kamuntu. C'est cependant le fils aîné qui concentre depuis plusieurs années l'attention des chancelleries et des médias ougandais.
La question qui domine désormais la vie politique ougandaise dépasse la personne même du président : elle porte sur sa succession. Muhoozi Kainerugaba, né en 1974, dirige depuis 2024 les forces armées et anime un mouvement politique, le Patriotic League of Uganda, qui multiplie les meetings à travers le pays. Il avait un temps envisagé de se présenter dès 2026 avant de se retirer de la course, laissant son père se représenter une septième fois. Le 26 août 2026, il change de calendrier et fixe désormais sa cible à 2031, année où Museveni, s'il achève son mandat actuel, aurait 86 ans. Cette annonce relance les spéculations sur ce que les observateurs appellent depuis plusieurs années le projet Muhoozi : la transmission, de fait, du pouvoir d'un général à son fils, également général, dans un pays où l'armée occupe une place centrale dans l'appareil d'État depuis 1986.
Museveni n'a de son côté ni confirmé ni démenti vouloir se représenter au terme de son septième mandat, en 2031. Il conserve la haute main sur le parti au pouvoir, le Mouvement de résistance nationale, sur l'armée et sur l'appareil sécuritaire qui a permis, élection après élection, la reconduction d'un homme entré dans la capitale ougandaise les armes à la main quarante ans plus tôt. À 82 ans, il célèbre son anniversaire sans avoir dit s'il compte être encore candidat dans cinq ans, tandis que son fils vient, lui, de fixer publiquement la date.