DERNIÈRES ACTUALITÉS

ALLEMAGNE - ANNIVERSAIRE

Kai Wegner, le bourgmestre en sursis

ALLEMAGNE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du BG.

À cinq jours d'un scrutin qui doit clore son mandat, Kai Wegner ne briguera pas sa propre succession à la tête de Berlin. Depuis le 10 juillet, jour où il a renoncé à conduire la liste de la CDU aux élections régionales du 20 septembre, le bourgmestre-gouverneur occupe ses fonctions en sursis, sous le regard d'une ville qui n'a pas oublié la panne de courant du mois de janvier ni la partie de tennis qui l'a accompagnée. Il fête aujourd'hui ses 54 ans.

Né le 15 septembre 1972 à Spandau, dans le Berlin-Ouest d'alors, Kai Peter Wegner grandit dans cet arrondissement excentré où il vit toujours. Il y suit sa scolarité au Carl-Schurz-Grundschule puis au Hans-Carossa-Oberschule, sans décrocher l'Abitur : son diplôme est un Realschulabschluss, un parcours scolaire modeste qu'il revendique volontiers face aux élites universitaires de la capitale. Après son service militaire dans l'armée de l'air, il se forme au métier d'assureur en 1997, avant de rejoindre la direction d'une entreprise familiale du secteur de la construction, puis de devenir consultant indépendant en gestion. Ce passage par le bâtiment et l'immobilier, avant même d'entrer en politique à plein temps, façonnera plus tard ses prises de position au Bundestag sur le logement, un sujet devenu central dans une capitale où le manque de logements abordables domine le débat public depuis des années. Protestant, père de trois enfants issus de deux unions, il a toujours refusé de commenter sa vie privée dans la presse, préférant s'en tenir à son image d'élu de terrain, attaché à son quartier natal plus qu'aux salons du pouvoir fédéral.

Son engagement partisan commence tôt : élu en 1995 à l'assemblée d'arrondissement de Spandau, il entre quatre ans plus tard à la Chambre des députés de Berlin, où il préside le groupe CDU et occupe la fonction de porte-parole économique. En 2005, il est envoyé au Bundestag comme député direct de la circonscription de Spandau, un mandat qu'il conserve jusqu'en 2017 avant de poursuivre sur liste régionale jusqu'en 2021. À Berlin, il gravit patiemment les échelons du parti : secrétaire général de la CDU berlinoise de 2011 à 2016, puis président de la fédération régionale à partir de mai 2019, succédant à Monika Grütters. Battu par la sociale-démocrate Franziska Giffey lors des régionales de 2021, dans un scrutin marqué par de tels dysfonctionnements dans les bureaux de vote que sa validité sera contestée devant les tribunaux, il prend la présidence du groupe CDU à la Chambre des députés et attend sa revanche.

Elle survient en février 2023. À la faveur de la répétition du scrutin berlinois, ordonnée par la justice après les innombrables incidents constatés dans les bureaux de vote en 2021, la CDU de Kai Wegner arrive en tête. Le 27 avril 2023, il est élu bourgmestre-gouverneur par la Chambre des députés, à la tête d'une coalition avec le SPD, redevenu partenaire junior après avoir dominé la ville pendant deux décennies. Il devient ainsi le premier chef de gouvernement conservateur de Berlin depuis plus de vingt ans, avec pour priorités affichées la sécurité, la construction de logements et une administration qu'il juge trop lente. Les trois premières années de son mandat sont marquées par des crises ordinaires de grande ville : pénurie de personnel enseignant, retard des chantiers de transport, tensions autour de la politique migratoire régionale. Rien, cependant, ne prépare son gouvernement à l'épreuve qui s'annonce pour l'hiver 2026.

Son mandat bascule dans la nuit du 3 janvier 2026. Un sabotage vise le réseau électrique de la capitale à 6h13 du matin, privant de courant, de chauffage et de communication environ 100 000 Berlinois, dont 45 000 foyers et 2 200 entreprises du quartier de Zehlendorf, en plein hiver. La panne durera jusqu'au 7 janvier. Entre 13 heures et 14 heures, alors que la ville découvre l'ampleur des dégâts, le bourgmestre-gouverneur joue au tennis pendant une heure avec sa compagne, la sénatrice à l'Éducation Katharina Günther-Wünsch. Il affirme d'abord être resté à son bureau pour coordonner la crise, avant de reconnaître, sous la pression des révélations du Tagesspiegel et de la chaîne RBB, qu'il avait simplement voulu « se détendre ». L'opposition, de l'AfD aux Verts en passant par Die Linke, lui reproche moins la partie de tennis en elle-même que son manque de transparence initiale.

L'affaire, que la presse berlinoise a rapidement surnommée « tennisgate », ronge sa crédibilité pendant des mois. Le 10 juillet 2026, Kai Wegner annonce qu'il ne conduira pas la liste CDU aux élections régionales du 20 septembre. « Je n'y arrive plus, je ne parviens plus à faire passer des messages, parce qu'un autre débat prend le dessus », explique-t-il, reconnaissant des « erreurs de communication ». Le ministre régional des Finances Stefan Evers, 46 ans, lui succède comme tête de liste.

Depuis, Kai Wegner continue d'exercer les fonctions de bourgmestre-gouverneur : la loi berlinoise veut qu'il reste en poste jusqu'à la formation d'une nouvelle coalition gouvernementale et l'élection d'un successeur par la Chambre des députés, une fois les résultats du 20 septembre connus. Il célèbre donc son anniversaire en position d'autorité provisoire, dans les bureaux du Rotes Rathaus qu'il sait devoir quitter d'ici quelques semaines. La CDU berlinoise tente de limiter les dégâts électoraux d'un scandale qui a saturé les journaux pendant l'hiver, tandis que le SPD, son partenaire de coalition, observe la campagne à distance, prudent sur l'héritage qu'il laisse. Nul, à Berlin, ne s'avance à prédire la composition de la prochaine majorité que la Chambre des députés devra dégager après le 20 septembre.

Ce mardi, aucune cérémonie officielle n'est prévue au Rotes Rathaus. Kai Wegner doit présider en fin de matinée une réunion du Sénat consacrée au bilan budgétaire de l'été, avant de rencontrer, l'après-midi, des familles de Zehlendorf encore marquées par la panne de janvier. Le compte à rebours vers le 20 septembre, jour du scrutin qui désignera son successeur, continue de tourner sans lui à la tête de la liste qu'il avait fondée.