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SLOVAQUIE - ANNIVERSAIRE

Robert Fico, le rescapé de Handlová

SLOVAQUIE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

Le 23 février dernier, la Slovaquie a coupé le courant de secours qu'elle fournissait à l'Ukraine depuis le début de la guerre. Quelques jours plus tôt, elle avait déjà bloqué à Bruxelles un vingtième train de sanctions contre la Russie. Peu de commentateurs, à Bratislava, ont pris la peine de rappeler qu'un peu moins de deux ans auparavant, l'homme qui a ordonné ces mesures avait failli mourir, quatre balles dans le corps, pour des positions jugées trop favorables à Moscou. Il continue pourtant de gouverner, de menacer ses voisins de nouvelles coupures d'énergie et de résister à Bruxelles sur presque tous les dossiers ukrainiens. Il fête aujourd'hui ses 62 ans.

Né le 15 septembre 1964 à Topo?cany, en Tchécoslovaquie, Robert Fico grandit dans une famille modeste de Slovaquie occidentale. Il obtient un diplôme de droit à l'université Comenius de Bratislava en 1986, effectue son service militaire comme assistant d'un enquêteur militaire, puis travaille à l'Institut d'État et de droit de l'Académie slovaque des sciences et au ministère de la Justice. De 1994 à 2000, il représente son pays devant la Cour européenne des droits de l'homme, où il perd l'intégralité des quatorze affaires qu'il plaide, un épisode que ses adversaires n'ont jamais manqué de lui rappeler par la suite.

À l'automne 1998, il quitte le Parti de la gauche démocratique et fonde Smer, Direction, Social-démocratie, avec quelques proches dont Fedor Flašík et Monika Flašíková-Be?ová. Le parti grandit vite, porté par un discours social conjugué à une rhétorique nationaliste qui deviendra sa marque de fabrique. Fico devient président du gouvernement une première fois en juillet 2006, puis retrouve ce poste en avril 2012 après une victoire électorale écrasante. Ce second mandat s'achève brutalement en mars 2018, quelques semaines après l'assassinat du journaliste d'investigation Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová, qui enquêtaient sur des liens présumés entre la mafia calabraise et l'entourage du pouvoir slovaque. Des manifestations massives, les plus importantes depuis la chute du communisme, poussent Fico à démissionner le 14 mars 2018 ; son allié Peter Pellegrini lui succède, tandis que Smer conserve la main sur la coalition.

Fico revient au pouvoir le 25 octobre 2023, après que Smer a recueilli 22,95 % des voix et formé un gouvernement avec le parti Hlas et le Parti national slovaque. La campagne s'était jouée en grande partie sur son opposition à l'aide militaire à l'Ukraine, une ligne qu'il tient depuis sans dévier : il a promis à plusieurs reprises que la Slovaquie ne fournirait « pas une seule cartouche » à Kiev.

Le 15 mai 2024, alors qu'il salue des sympathisants à la sortie d'une maison de la culture à Handlová, un homme de 71 ans, le poète Juraj Cintula, lui tire dessus à plusieurs reprises. Fico est touché au ventre, aux bras et aux jambes, opéré en urgence et hospitalisé plusieurs semaines avant de rentrer chez lui le 30 mai pour achever sa convalescence. Cintula, qui expliquera avoir agi par désaccord avec les positions pro-russes du chef du gouvernement, sera condamné le 21 octobre 2025 à vingt et un ans de prison pour acte terroriste. Fico est réapparu en public affaibli mais inflexible sur le fond, reprenant ses fonctions dans les mois qui ont suivi l'attentat.

Sur la scène internationale, il a rencontré Vladimir Poutine à Moscou en décembre 2024 et continue de qualifier de propagande occidentale une partie du récit européen sur la guerre en Ukraine. En janvier 2026, des frappes de drones russes ont endommagé l'oléoduc Droujba au niveau du terminal ukrainien de Brody, interrompant l'acheminement du pétrole vers la Slovaquie. Après deux semaines de silence, Bratislava a décrété le 18 février son premier état d'urgence énergétique, accusant Kiev de « chantage politique », suspendu ses exportations de diesel vers l'Ukraine puis coupé, fin février, l'électricité de secours qu'elle lui fournissait encore. Ces décisions ont isolé la Slovaquie au sein de l'Union européenne, la Hongrie mise à part, tandis que la Commission assurait qu'aucun risque énergétique immédiat ne pesait sur les pays concernés.

Fico n'en reste pas moins un interlocuteur que Bruxelles continue de ménager. Le 25 août 2026, le président du Conseil européen, António Costa, a fait de Bratislava la première étape de sa tournée annuelle des capitales, consacrée aux négociations du budget européen 2028-2034. Costa a salué « l'approche constructive » de la Slovaquie et son soutien à l'élargissement de l'Union vers les Balkans occidentaux, la Moldavie et l'Ukraine, une position qui tranche avec la ligne dure adoptée par Fico sur le dossier militaire ukrainien.

À l'intérieur du pays, la coalition qu'il dirige avec Hlas et le Parti national slovaque tient surtout par crainte des urnes. Le parti nationaliste s'est fissuré en octobre 2024 lorsqu'un député a exigé un portefeuille ministériel, tandis que quatre élus de Hlas ont, à leur tour, refusé de voter certains textes gouvernementaux. La Banque nationale de Slovaquie a abaissé en juin sa prévision de croissance à 1,2 %, et le gouvernement doit encore trouver près de cinq milliards d'euros d'économies sur trois ans avant l'expiration, en novembre 2026, de l'immunité budgétaire qui le protège des sanctions constitutionnelles liées au déficit. Fico refuse pour l'instant de toucher aux prestations sociales qui soutiennent sa popularité, ce qui rend l'équation d'autant plus difficile à résoudre. En octobre 2025, le Parti des socialistes européens l'a exclu de ses rangs, lui reprochant ses positions sur l'État de droit et sur la Russie.

À 62 ans, Robert Fico gouverne donc un pays coupé en deux, entre une opposition qui le devance dans les sondages et une base électorale qui reste fidèle à son discours social et souverainiste. Le budget qu'il doit faire adopter avant la fin de l'année déterminera s'il tente, comme le suggèrent certains de ses proches, une dissolution anticipée en 2027, ou s'il choisit d'aller au bout de son mandat, quatre balles et une expulsion du parti socialiste européen plus tard.