DERNIÈRES ACTUALITÉS

KIRIBATI - ANNIVERSAIRE

Taneti Maamau, l'homme qui a tourné le dos à Taïwan

KIRIBATI - ANNIVERSAIRE Source : Gouvernement

Sur les atolls de Kiribati, l'océan Pacifique grignote chaque année un peu plus les côtes, tandis qu'à Tarawa le gouvernement s'active à faire adopter un texte constitutionnel qui verrouillerait pour de bon l'alliance nouée avec Pékin en 2019. Le président de la République, qui a fait de ce rapprochement la marque de ses deux premiers mandats, mène ce combat parlementaire à la tête d'un État de cent quinze mille habitants dispersé sur trente atolls, à la fois l'un des pays les plus menacés par la montée des eaux et l'un des plus courtisés par les grandes puissances du Pacifique. Il fête aujourd'hui ses 66 ans.

Né le 16 septembre 1960 à Onotoa, atoll du sud de l'archipel alors appelé îles Gilbert et Ellice, sous administration britannique, Taneti Maamau grandit dans un environnement insulaire où l'accès à l'enseignement supérieur suppose de quitter le pays. Il étudie à l'Université du Pacifique Sud, puis obtient un master à l'Université du Queensland, en Australie, avec un mémoire consacré aux politiques d'industrialisation et de commerce en Inde.

Il entre dans la fonction publique comme agent de planification au ministère des Finances et du Développement économique, gravit les échelons jusqu'au poste de secrétaire permanent sous la présidence de Teburoro Tito, puis dirige le ministère du Commerce, de l'Industrie et des Coopératives, cumulant près de deux décennies d'administration dans un pays où l'État reste le principal employeur. Il quitte le service public en 2002 pour se présenter aux élections législatives et remporte le siège d'Onotoa en 2007, qu'il conserve en 2011 puis en 2015, dans les rangs de l'opposition au président sortant Anote Tong, connu pour avoir alerté très tôt la communauté internationale sur le sort des nations insulaires menacées par le changement climatique.

En mars 2016, il accède à la présidence en recueillant près de soixante pour cent des suffrages, porté par un programme baptisé Te Motinnano qui promet la hausse du prix du coprah, la gratuité de l'enseignement secondaire et la lutte contre la corruption. Réélu en juin 2020 avec 59 % des voix, il avait rompu en septembre 2019, entre ses deux premiers mandats, les relations diplomatiques que Kiribati entretenait avec Taïwan depuis 2003 pour reconnaître la République populaire de Chine, expliquant que Taipei avait ignoré ses demandes de financement pour son plan de développement à vingt ans, notamment l'achat d'un avion de ligne évalué à trente millions de dollars. En janvier 2020, il signe un protocole d'accord inscrivant Kiribati dans les nouvelles routes de la soie, et le président chinois Xi Jinping salue alors un pays qui se trouve, selon ses mots, « du bon côté de l'histoire ». Le basculement provoque une fronde interne : treize députés font sécession pour fonder le Kiribati First Party, et l'ancien président Ieremia Tabai organise des manifestations pro-taïwanaises à Tarawa.

Les années suivantes voient Taneti Maamau approfondir la relation avec Pékin, qui finance des projets de dragage destinés à surélever certains îlots menacés d'engloutissement, développe des partenariats agricoles et, selon des informations relayées en mars 2024, place des policiers chinois aux côtés des forces locales, une présence qui inquiète Washington et Canberra. La Chine devient également l'un des principaux bailleurs de son plan de développement à vingt ans, finançant routes, infrastructures portuaires et rénovation de la piste d'atterrissage de Tarawa, ancien théâtre de la bataille éponyme de la Seconde Guerre mondiale. Sur la scène régionale, il retire son pays du Forum des îles du Pacifique en juillet 2022, en signe de protestation contre la nomination du secrétaire général de l'organisation, avant de faire réintégrer Kiribati un an plus tard. Fin août 2026, il cède la présidence tournante des petits États insulaires du Forum à son homologue des Palaos, au terme d'un mandat consacré à la défense des atolls du Pacifique face à la montée des eaux.

Face à la montée des eaux qui menace l'existence même de l'archipel, dont le point culminant s'élève à quelques mètres au-dessus du niveau de la mer, il prend ses distances avec la politique de son prédécesseur, connue sous le nom de « Migration with Dignity », qui envisageait une éventuelle réinstallation de la population à l'étranger. Lors de la conférence climatique COP23, en 2017, il déclare vouloir « mettre de côté le scénario trompeur et pessimiste d'une nation qui coule » pour miser sur le tourisme, la pêche et des projets de surélévation des terres. Son gouvernement soutient également l'exploration de l'exploitation minière des grands fonds marins, une orientation critiquée par des organisations environnementales.

Réélu en octobre 2024 pour un troisième mandat avec 55 % des voix, un scrutin marqué par la rivalité d'influence entre Washington et Pékin dans la région, Taneti Maamau traverse une année 2025 endeuillée par la mort de son épouse, Teiraeng Tentoa Maamau, originaire de l'atoll de Tabiteuea, emportée en novembre et à qui Kiribati rend des funérailles d'État. Le couple avait eu trois enfants et comptait deux petits-enfants.

En août 2026, son gouvernement fait voter en première lecture devant l'Assemblée un projet de loi qui limiterait les relations diplomatiques de Kiribati aux seuls États membres ou observateurs permanents des Nations unies, une catégorie dont Taïwan est exclue depuis qu'elle a perdu son siège à l'ONU en 1971. Le texte, qui doit encore franchir l'obstacle d'une majorité des deux tiers en seconde lecture après un premier échec, vise selon des observateurs à empêcher tout retour vers Taipei après le départ de Taneti Maamau, dont le troisième mandat doit s'achever en 2028. Devant les députés, le président a défendu un texte censé, selon ses mots, « maintenir la continuité dans des relations diplomatiques qui comptent parmi les plus vitales » pour le pays.

Ce jour de ses 66 ans, l'homme qui a fait de l'alliance avec Pékin la colonne vertébrale de sa présidence s'emploie donc à la rendre irréversible, sur un territoire dont plus de cent mille habitants continuent de vivre à quelques mètres au-dessus des vagues du Pacifique.