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BOLIVIE - ANNIVERSAIRE

Rodrigo Paz, le nom qui a fait basculer la Bolivie

BOLIVIE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Le 8 novembre 2025, dans l'hémicycle du Parlement de La Paz, un homme de cinquante-huit ans a prêté serment sur la Constitution bolivienne. Ce jour-là s'achevaient presque vingt années de pouvoir de la gauche du Mouvement vers le socialisme. Celui qui refermait ce cycle portait un patronyme que la Bolivie connaît depuis des générations : Paz. Rodrigo Paz Pereira devenait le soixante-huitième président du pays, au terme d'un second tour qu'il avait remporté avec 54,5 % des voix face à l'ancien président Jorge Quiroga.

Il fête aujourd'hui ses 59 ans. Né le 22 septembre 1967 à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Espagne, Rodrigo Paz est venu au monde loin de la Bolivie, en pleine période d'exil familial. Sa mère, Carmen Pereira Carballo, était espagnole. Son père, Jaime Paz Zamora, deviendra président de la Bolivie de 1989 à 1993. L'enfant grandit ainsi entre plusieurs pays, ballotté par les soubresauts politiques qui contraignaient sa famille à quitter le pays, puis à y revenir. Cette trajectoire nomade a forgé chez lui un regard particulier sur la nation qu'il dirige aujourd'hui.

La politique bolivienne coule dans ses veines par plus d'une source. Outre son père, chef de l'État et fondateur du Mouvement de la gauche révolutionnaire, Rodrigo Paz est aussi le petit-neveu de Víctor Paz Estenssoro, figure tutélaire du pays et président à quatre reprises au vingtième siècle. Peu d'hommes politiques boliviens peuvent se prévaloir d'une telle généalogie. Elle fut longtemps un fardeau autant qu'un atout, tant les électeurs se méfient des dynasties.

Son éducation le mène à travers les écoles jésuites de plusieurs pays au gré de l'exil, avant un retour au collège San Ignacio de La Paz. Il traverse ensuite l'Atlantique pour étudier à l'American University de Washington, où il obtient une licence en relations internationales assortie d'une spécialité en économie, puis un master en gestion politique. Cette formation, mêlant diplomatie et économie de marché, imprégnera durablement son discours.

Ses premiers pas dans la vie publique se font dans la diplomatie, sous la présidence de Hugo Banzer. Il occupe un poste d'attaché commercial à l'ambassade de Bolivie en Espagne, puis représente son pays auprès de l'Organisation mondiale du commerce. Ce n'est qu'ensuite qu'il embrasse pleinement la carrière élective. Élu à la Chambre des députés de 2002 à 2010, il y représente le département de Tarija, terre du sud bolivien à laquelle il attachera son nom.

C'est à Tarija qu'il bâtit patiemment son assise. Président du conseil municipal de 2010 à 2015, il devient ensuite maire de la ville de 2015 à 2020. La gestion locale lui vaut une réputation de gestionnaire pragmatique, loin des joutes idéologiques qui déchirent la capitale. En 2020, il accède au Sénat, où il siège jusqu'en 2025 sous les couleurs de la Communauté citoyenne. C'est là, dans la patience des travaux parlementaires, qu'il prépare son ascension nationale.

L'année 2025 marque la bascule. Investi par le Parti démocrate-chrétien, Rodrigo Paz déjoue tous les pronostics. Les instituts de sondage l'avaient relégué loin derrière. Le 17 août, au premier tour, il crée la surprise en arrivant en tête avec près de 32 % des suffrages, devançant des adversaires que l'on disait mieux placés. Le second tour, deux mois plus tard, confirme la dynamique : il l'emporte largement. La Bolivie, épuisée par une crise économique aiguë, une pénurie de devises et une inflation galopante, choisit le changement.

Le président se réclame d'un centre droit conservateur et populaire. Son slogan, le « capitalisme pour tous », résume son projet : ouverture au marché, encouragement de l'initiative privée, décentralisation au profit des régions longtemps négligées par le pouvoir central. Il promet de rendre aux départements une part des recettes et de rapprocher la décision des citoyens. Face à un appareil d'État hérité de deux décennies de socialisme, la tâche s'annonce colossale.

Dix mois après son entrée en fonction, le contexte reste âpre. La Bolivie continue de chercher un chemin de sortie à ses difficultés monétaires, et le nouveau chef de l'État doit composer avec un Parlement fragmenté où sa coalition ne dispose pas d'une majorité confortable. Les carburants manquent parfois aux stations-service, les files d'attente s'allongent, et la patience des Boliviens, qui l'ont porté au pouvoir sur une promesse de redressement, n'est pas infinie.

Rodrigo Paz cultive une image d'homme accessible, attaché aux dossiers concrets plus qu'aux grandes envolées. Ses partisans y voient la marque d'un pragmatisme salutaire. Ses détracteurs redoutent qu'un tel style peine à imprimer une direction claire dans un pays traversé de fractures régionales et sociales profondes, entre l'altiplano andin et les basses terres orientales.

L'histoire retiendra qu'il a mis fin à une ère. Reste à savoir laquelle il ouvrira. Le nom des Paz a déjà occupé le palais Quemado, ce siège de la présidence bolivienne où les incendies et les coups d'État ont laissé leur empreinte jusque dans l'architecture. Rodrigo Paz y entre avec le poids de son héritage et l'obligation de prouver qu'il n'est pas seulement un nom.

Un dossier concentre à lui seul les espoirs et les frustrations du pays : le lithium. La Bolivie détient certaines des plus vastes réserves mondiales de ce métal devenu stratégique avec l'essor des batteries électriques, notamment dans l'immense salar d'Uyuni, désert de sel éblouissant du sud-ouest andin. Depuis des années, cette richesse dort faute d'une exploitation à la hauteur des promesses. Le gouvernement précédent avait signé des accords avec des partenaires étrangers sans parvenir à en tirer les bénéfices escomptés. Rodrigo Paz, partisan de l'ouverture aux investisseurs privés, entend accélérer la valorisation de cette ressource, quitte à réviser les contrats hérités de ses prédécesseurs. Le pari est risqué : dans un pays marqué par la mémoire des guerres du gaz, toute concession jugée trop généreuse aux capitaux étrangers peut réveiller la contestation sociale.

À La Paz, les diplomates étrangers observent avec attention le virage économique amorcé par le nouveau gouvernement, qui rebat les cartes des alliances régionales sur un continent où la Bolivie fut longtemps l'un des piliers de la gauche. Le prochain budget national dira si le « capitalisme pour tous » peut devenir autre chose qu'une formule de campagne. Pour l'homme né en Galice un jour de septembre 1967, l'épreuve du pouvoir ne fait que commencer.