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ISRAËL - ANNIVERSAIRE

Isaac Herzog, le président d'une maison bâtie sur l'État

ISRAËL - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

En juillet 2021, lorsque les députés de la Knesset ont glissé leur bulletin pour désigner le onzième président de l'État d'Israël, Isaac Herzog a recueilli quatre-vingt-sept voix. Jamais un candidat à la magistrature suprême israélienne n'en avait obtenu autant. Ce score, dans une assemblée réputée pour ses divisions, disait quelque chose de l'homme : un rassembleur, un familier des couloirs du pouvoir, un nom que le pays connaît depuis sa fondation.

Il fête aujourd'hui ses 66 ans. Né le 22 septembre 1960 à Tel-Aviv, Isaac Herzog appartient à l'une des lignées les plus emblématiques de l'histoire israélienne. Il est le premier président de l'État né après la Déclaration d'indépendance de 1948, symbole d'une génération qui n'a connu qu'un pays déjà souverain. Il est aussi le premier fils d'un ancien président à occuper à son tour cette fonction.

Sa famille est un condensé de l'aventure sioniste. Son père, Chaim Herzog, fut le sixième président d'Israël, de 1983 à 1993, après une carrière de général et de diplomate. Son grand-père paternel, le rabbin Yitzhak HaLevi Herzog, avait été grand rabbin d'Irlande avant de devenir grand rabbin ashkénaze d'Israël. Sa mère, Aura Ambache, fonda le Conseil pour une belle Israël. Son oncle, Abba Eban, marqua la diplomatie israélienne comme ministre des Affaires étrangères. Grandir dans une telle maison revenait à respirer, dès l'enfance, l'air des affaires publiques.

Une partie de sa jeunesse se déroule à New York, où son père occupe des fonctions officielles. Il y fréquente l'école Ramaz, avant de poursuivre ses études à l'université Cornell puis à l'université de New York. De retour en Israël, il obtient un diplôme de droit à l'université de Tel-Aviv. Comme tous les Israéliens de sa génération, il accomplit son service militaire : entré sous les drapeaux en 1978, il sert dans l'unité 8200, la prestigieuse unité de renseignement, et atteint le grade de commandant.

Avocat de formation, Isaac Herzog entre dans l'appareil de l'État par la haute administration. De 1999 à 2001, il occupe le poste stratégique de secrétaire du gouvernement sous l'autorité du Premier ministre Ehud Barak. C'est un observatoire idéal : il voit fonctionner la machine du pouvoir de l'intérieur avant de s'y lancer lui-même.

En 2003, il est élu à la Knesset. Il y siégera quinze ans. Sous les couleurs du Parti travailliste, héritier du mouvement qui a fondé Israël, il gravit les échelons ministériels. Il est successivement ministre de la Construction et du Logement, ministre du Tourisme, puis ministre de la Protection sociale et des Services sociaux entre 2007 et 2011. Chaque portefeuille l'ancre un peu plus dans la vie du pays réel, celui des dossiers du quotidien.

En 2013, il prend la tête du Parti travailliste et devient chef de l'opposition. Deux ans plus tard, il conduit l'alliance de l'Union sioniste face au Likoud de Benjamin Netanyahou lors des élections législatives. La bataille est rude et la victoire lui échappe. Cet échec électoral aurait pu marquer la fin d'une ambition. Il ouvre en réalité un nouveau chapitre.

De 2018 à 2021, Isaac Herzog préside l'Agence juive pour Israël, l'institution chargée des liens avec les communautés juives de la diaspora et de l'immigration vers le pays. Ce rôle, à la fois symbolique et diplomatique, lui donne une stature au-dessus des partis. Il se familiarise avec les grands équilibres de la nation, dialogue avec les juifs du monde entier et affine cette posture de conciliateur qui deviendra sa marque.

La présidence israélienne est une fonction largement honorifique, dépourvue de pouvoir exécutif réel. Elle exige pourtant une autorité morale considérable, car le président incarne l'unité d'un pays profondément divisé. Isaac Herzog en a fait l'expérience dès son entrée en fonction. En 2023, la réforme judiciaire portée par le gouvernement a jeté des centaines de milliers d'Israéliens dans la rue, fracturant la société. Le président a multiplié les appels au dialogue et proposé des compromis pour éviter la rupture, s'efforçant de tenir ensemble les deux moitiés d'un pays qui ne se parlaient plus.

Puis vint le 7 octobre 2023, l'attaque du Hamas et la guerre à Gaza qui s'ensuivit. Depuis, Isaac Herzog porte à l'étranger la voix d'un pays traumatisé, plaide pour la libération des otages et représente Israël dans un contexte international d'une extrême tension. Son rôle de représentation, d'ordinaire feutré, s'est retrouvé au premier plan d'une crise majeure.

Marié depuis 1985 à Michal, avocate, père de trois fils, l'homme cultive une réputation de courtoisie et de sang-froid. Ses adversaires politiques d'hier reconnaissent volontiers sa capacité d'écoute. Ceux qui l'ont vu à l'œuvre décrivent un négociateur patient, plus à l'aise dans la recherche du consensus que dans l'affrontement frontal.

Le rôle constitutionnel du président israélien recèle pourtant des pouvoirs discrets mais décisifs. C'est à lui qu'il revient, après chaque élection législative, de confier à un député le mandat de former un gouvernement, un arbitrage lourd de conséquences dans un pays coutumier des majorités introuvables et des scrutins à répétition. C'est également le chef de l'État qui détient le droit de grâce, prérogative rare mais chargée de symboles. Dans une démocratie parlementaire aussi disputée que celle d'Israël, où les coalitions se font et se défont, ces attributions confèrent au président une influence réelle sur le cours des choses, à la charnière des institutions. Isaac Herzog s'est employé à exercer ces fonctions avec une prudence de juriste, soucieux de ne jamais paraître prendre parti dans les querelles partisanes.

À la résidence présidentielle de Jérusalem, les délégations étrangères continuent de défiler, car le président demeure l'un des visages les plus fréquentables de la diplomatie israélienne sur la scène mondiale. Le mandat d'Isaac Herzog court jusqu'en 2028. D'ici là, il lui reste à accomplir ce qu'aucun de ses discours ne pourra à lui seul garantir : maintenir un fil de dialogue dans un pays où chaque camp campe sur ses certitudes. Fils et petit-fils d'hommes qui ont bâti l'État, il en est aujourd'hui le gardien symbolique, à un moment où cet État se cherche.