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TURKMENISTAN - ANNIVERSAIRE

Serdar Berdimuhamedow, l'héritier d'un royaume du gaz

TURKMENISTAN - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Le 19 mars 2022, un homme de quarante ans s'installait dans le fauteuil présidentiel du Turkménistan. La veille, une élection dont l'issue n'avait jamais fait de doute lui avait attribué près de 73 % des voix. Les observateurs internationaux la jugèrent ni libre ni équitable. Peu importait : le scrutin scellait un fait inédit en Asie centrale moderne, la première transmission dynastique du pouvoir. Serdar Berdimuhamedow succédait à son propre père.

Il fête aujourd'hui ses 45 ans. Né le 22 septembre 1981 à Achgabat, alors capitale de la République socialiste soviétique du Turkménistan, il est le fils de Gurbanguly Berdimuhamedow, qui dirigea le pays d'une main de fer de 2007 à 2022. Sa mère, Ogulgerek Berdimuhamedowa, appartient à ce cercle familial resté longtemps dans l'ombre du régime. Marié et père de quatre enfants, trois fils et une fille, Serdar incarne la continuité d'une lignée devenue le centre de gravité de tout un État.

Le Turkménistan qu'il gouverne est l'un des pays les plus fermés de la planète. Riche de gigantesques réserves de gaz naturel, parmi les plus importantes du monde, il vit sous un régime autoritaire où le culte de la personnalité tient lieu de doctrine. Sous son père, des statues dorées, des livres officiels et des cérémonies grandioses avaient façonné une mise en scène permanente du pouvoir. Serdar hérite de cet appareil sans en avoir, pour l'heure, modifié les fondations.

Sa formation raconte une préparation méthodique. Après l'école secondaire numéro 43 d'Achgabat, il étudie à l'Université agricole du Turkménistan de 1997 à 2001. Le fils du président ne se contente pas d'un diplôme national. On l'envoie parfaire son éducation à l'étranger : à l'Académie diplomatique du ministère russe des Affaires étrangères de 2008 à 2011, puis au Centre de politique de sécurité de Genève de 2011 à 2013. Il obtient encore un diplôme de candidat en sciences en 2014 et un doctorat en sciences techniques en 2015. Cette accumulation de titres dessine le profil d'un dauphin que l'on prépare à régner.

Son parcours professionnel suit une ascension aussi rapide qu'organisée. Il travaille d'abord au sein de l'Association de transformation alimentaire de 2001 à 2008. Puis les portes s'ouvrent les unes après les autres. Vice-ministre des Affaires étrangères d'avril 2018 à janvier 2019, il devient vice-gouverneur de la province d'Ahal, avant d'en prendre la tête de juin 2019 à février 2020. Nommé ensuite ministre de l'Industrie et des Matériaux de construction, il gravit encore un échelon en devenant vice-président du Cabinet des ministres, d'abord chargé de l'innovation et de la numérisation, puis de l'économie et des finances. En quelques années, il a occupé les postes clés qui balisent le chemin du sommet.

Cette trajectoire fulgurante ne laissait guère de place au hasard. Chaque fonction paraissait pensée comme une étape d'un apprentissage supervisé, une manière d'éprouver le futur chef de l'État dans les rouages de l'administration, de la diplomatie et de l'économie. Quand vint le moment de la succession, en 2022, l'homme était prêt sur le papier.

La transmission ne fut pourtant pas un effacement. Le père, en quittant la présidence, prit la tête du Halk Maslahaty, le conseil du peuple, l'organe suprême du pouvoir législatif, et conserva ainsi une influence considérable. Le Turkménistan s'est trouvé de fait doté de deux figures au faîte de l'État, le père et le fils, dans un partage des rôles inédit qui alimente les interrogations sur la réalité du pouvoir de Serdar.

Le jour même de son investiture, un geste diplomatique retint l'attention des chancelleries : le nouveau président accepta les lettres de créance de représentants du gouvernement taliban d'Afghanistan voisin. Le Turkménistan, qui partage une longue frontière avec l'Afghanistan et dépend de la stabilité régionale pour ses projets gaziers, affichait ainsi sa volonté de composer avec ses voisins, quels qu'ils soient.

Polyglotte, Serdar Berdimuhamedow s'exprime en turkmène, en russe et en anglais, un atout dans un pays qui cherche à diversifier ses partenaires. Le gaz reste le nerf de la politique étrangère turkmène. Longtemps dépendant de la Russie, puis largement tourné vers la Chine, désormais premier client de son gaz, le Turkménistan rêve de nouveaux débouchés, vers le sud et vers l'ouest. Ces ambitions énergétiques, plus que les discours, dessinent la marge de manœuvre réelle du jeune président.

À l'intérieur, le régime demeure verrouillé. La presse est contrôlée, l'opposition inexistante, la société civile étouffée. Les difficultés économiques, la pénurie de certains produits et l'émigration de nombreux Turkmènes en quête de travail à l'étranger constituent des défis que le pouvoir peine à reconnaître publiquement. Le contraste entre la richesse gazière du pays et la vie quotidienne d'une partie de sa population reste l'une des énigmes de ce coin d'Asie centrale.

Le Turkménistan cultive par ailleurs une singularité diplomatique : sa neutralité permanente, reconnue par les Nations unies en 1995 et érigée en dogme national. Ce statut, célébré chaque année et gravé dans les monuments de la capitale, interdit au pays de rejoindre des alliances militaires et le tient à l'écart des grands blocs. Serdar Berdimuhamedow s'en réclame pour justifier une politique étrangère prudente, faite d'équilibres entre la Russie, la Chine, l'Iran et l'Occident. Cette neutralité affichée sert aussi de paravent commode : elle permet au régime d'éviter les engagements contraignants tout en préservant sa liberté de manœuvre sur le marché du gaz, où se joue l'essentiel de la survie économique du pays. Derrière les cérémonies immuables, c'est bien la vente des hydrocarbures qui commande la marche de l'État.

À Achgabat, ville de marbre blanc où les fontaines jaillissent au milieu du désert, le pouvoir continue de se donner en spectacle. Serdar Berdimuhamedow, plus jeune chef d'État de la région, avance dans les pas d'un père toujours présent. Reste une question que nul, dans ce pays du secret, ne pose à voix haute : le fils gouverne-t-il vraiment, ou administre-t-il un héritage dont un autre tient encore les clés ?