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PAKISTAN - ANNIVERSAIRE

Shehbaz Sharif, le bâtisseur devenu chef d'un Pakistan sous tension

PAKISTAN - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

Lorsque les eaux de la mousson engloutirent un tiers du Pakistan à l'été 2022, tuant plus de mille sept cents personnes et causant des dégâts estimés entre trente et quarante milliards de dollars, c'est lui qui se tenait en première ligne. Le Premier ministre parcourait les zones sinistrées, réclamait l'aide internationale et coordonnait les secours. Ce goût du terrain et des chantiers n'était pas une posture de crise : il résume la carrière d'un homme qui s'est forgé une réputation d'exécutant infatigable avant de devenir chef du gouvernement.

Il fête aujourd'hui ses 75 ans. Né le 23 septembre 1951 à Lahore, capitale du Pendjab et cœur battant de la vie politique pakistanaise, Shehbaz Sharif est issu d'une puissante famille d'industriels d'origine cachemirie. Son père, Mian Muhammad Sharif, avait bâti le groupe Ittefaq, un empire de l'acier. Sa mère se nommait Shamim Akhtar. Il est le frère cadet de Nawaz Sharif, trois fois Premier ministre, figure dominante de la droite pakistanaise. Grandir dans cette maison, c'était apprendre très tôt le double langage de l'argent et du pouvoir.

Formé à la St. Anthony High School de Lahore, puis diplômé du Government College University de la même ville, le jeune Shehbaz rejoint d'abord l'entreprise familiale. En 1985, il préside la chambre de commerce de Lahore. Cette expérience d'homme d'affaires lui donne le sens des délais, des budgets et des résultats concrets, une culture de gestionnaire qu'il transportera plus tard dans l'administration publique.

Son entrée en politique se fait dans le sillage de son frère. À partir de 1990, il siège à plusieurs reprises à l'Assemblée nationale et à l'assemblée provinciale du Pendjab. En 1993, il rejoint la Ligue musulmane du Pakistan, dans sa branche dirigée par Nawaz, dont il deviendra plus tard le président de 2009 à 2011, puis de 2018 à 2024. La formation familiale devient son véhicule politique, et le Pendjab, son royaume.

Car c'est comme ministre en chef du Pendjab que Shehbaz Sharif construit sa légende. Il occupe ce poste à trois reprises : une première fois de 1997 à 1999, une deuxième brièvement de 2008 à 2009, puis de 2013 à 2018. Au total, plus de douze années à la tête de la province la plus peuplée du pays, ce qui fait de lui le ministre en chef le plus durable de son histoire. Là, il gagne son surnom de bâtisseur, multipliant les projets d'infrastructures, transports urbains, routes et programmes de logement, menés au pas de charge. Ses admirateurs vantent son efficacité. Ses détracteurs dénoncent une gouvernance autoritaire et pressée.

Son parcours n'est pas exempt de zones d'ombre. Son nom a été associé à la répression meurtrière de Model Town en 2014, ainsi qu'à des enquêtes pour blanchiment d'argent, qu'il a toujours contestées. En décembre 2022, il obtint gain de cause dans une procédure en diffamation contre un journal britannique qui l'avait accusé d'avoir détourné des fonds d'aide destinés aux victimes d'un séisme. Ces batailles judiciaires ont accompagné toute sa vie publique, comme celles de la plupart des grands noms de la politique pakistanaise.

L'année 2022 marque son accession au sommet. Après la destitution du Premier ministre Imran Khan par une motion de censure, Shehbaz Sharif prend la tête d'une coalition hétéroclite et devient le vingt-troisième Premier ministre du Pakistan, du 11 avril 2022 au 14 août 2023. Il hérite d'un pays au bord de la faillite, miné par l'inflation, une dette écrasante et une crise énergétique. Après une parenthèse gouvernementale de transition, les élections de février 2024 le ramènent aux affaires. Depuis le 4 mars 2024, il exerce un second mandat de chef du gouvernement.

Ce second passage à la tête de l'exécutif est tout entier placé sous le signe du redressement financier. En 2024, son gouvernement a négocié avec le Fonds monétaire international un plan de sauvetage de sept milliards de dollars, indispensable pour éviter le défaut de paiement. Le prix à payer est lourd pour la population : hausse des impôts, réduction des subventions, austérité. Le bâtisseur de routes se retrouve comptable d'une rigueur qui pèse sur le quotidien de millions de Pakistanais.

Sur le plan intérieur, Shehbaz Sharif gouverne un pays traversé de fractures profondes. L'ancien Premier ministre Imran Khan, emprisonné, conserve une immense popularité, et son parti conteste la légitimité du scrutin de 2024. Les tensions sécuritaires, les attentats et l'instabilité aux frontières compliquent encore la tâche. Le Premier ministre entretient par ailleurs des liens étroits avec l'armée, pilier historique du pouvoir pakistanais, allant jusqu'à faire promouvoir en 2025 le chef d'état-major Asim Munir au rang de maréchal.

Sa vie privée a nourri, elle aussi, la chronique. Marié à plusieurs reprises, il est le père de quatre enfants, dont Hamza Shehbaz, lui-même passé par la vie politique du Pendjab. La dynastie Sharif, comme les autres grandes familles du pays, se transmet le goût du pouvoir de génération en génération.

La politique étrangère offre au Premier ministre un terrain où son pays doit avancer sur une ligne de crête. Le Pakistan entretient une amitié ancienne et profonde avec la Chine, dont les investissements dans le corridor économique reliant les deux pays constituent l'une des grandes artères du projet des nouvelles routes de la soie. Dans le même temps, Islamabad ménage ses relations avec les monarchies du Golfe, pourvoyeuses d'aides financières précieuses, et cherche à ne pas rompre le dialogue avec Washington. Sa relation avec l'Inde voisine, marquée par des décennies de conflits autour du Cachemire, demeure la plus explosive de toutes. Chaque incident frontalier menace de dégénérer entre deux puissances dotées de l'arme nucléaire, obligeant Shehbaz Sharif à conjuguer fermeté affichée et prudence calculée.

À Islamabad, l'homme de soixante-quinze ans continue d'imprimer son rythme, celui d'un dirigeant pressé qui préfère les inaugurations aux débats d'idées. Le Pakistan, cinquième pays le plus peuplé du monde et puissance nucléaire, joue une partie serrée entre ses créanciers, son armée et son opposition. Le prochain versement du FMI est attendu de pied ferme. À Lahore comme à Islamabad, personne ne parie sur une accalmie prochaine.