Le 13 septembre 2026, alors qu'une partie des députés iraniens réclamait le retrait du pays du Traité de non-prolifération nucléaire, le président de la République islamique a redit devant eux la conviction qu'il martèle depuis son arrivée au pouvoir : l'Iran ne cherche pas l'arme atomique et ne se pliera pas aux pressions étrangères. La scène résume l'équilibre étroit sur lequel il avance depuis plus de deux ans, entre l'aile intransigeante du régime et sa propre promesse d'ouverture.
Il fête aujourd'hui ses 72 ans. Né le 29 septembre 1954 à Mahabad, ville des montagnes de la province de l'Azerbaïdjan occidental, aux confins du nord-ouest iranien, Massoud Pezeshkian a grandi dans une famille mêlant héritage azéri et kurde. Il parle couramment l'azéri et le kurde, une singularité qu'il n'a jamais cachée et qui a nourri son plaidoyer constant en faveur des droits linguistiques des minorités du pays. Cette origine périphérique, loin des cercles de Téhéran, a durablement façonné sa manière de se présenter aux Iraniens : celle d'un homme venu de la province, étranger aux appareils traditionnels du pouvoir.
Sa vocation première n'était pas la politique mais la médecine. Formé à l'université des sciences médicales de Tabriz, il obtient son diplôme de médecin généraliste au milieu des années 1980, avant de se spécialiser en chirurgie cardiaque à l'université des sciences médicales d'Iran, où il achève sa sous-spécialité au début des années 1990. Chirurgien du cœur, il exercera longtemps ce métier exigeant, et il aime à rappeler que cette pratique lui a enseigné la précision et le sens des responsabilités davantage que n'importe quel manuel de gouvernement.
La guerre entre l'Iran et l'Irak, qui ensanglante la décennie 1980, le conduit sur le front. Médecin militaire, il organise des équipes de soins et se rend fréquemment au plus près des combats pour prendre en charge les blessés. Cet engagement lui confère, aux yeux d'une partie de la population, une légitimité de vétéran qui pèsera plus tard dans sa carrière publique.
La vie ne l'a pas épargné. En 1994, sa femme, Fatemeh Majidi, gynécologue, trouve la mort dans un accident de la route avec l'un de leurs fils. Resté seul avec ses autres enfants, Massoud Pezeshkian choisit de ne jamais se remarier et d'élever lui-même ses fils et sa fille. Ce drame, qu'il évoque avec pudeur, est devenu un élément central de l'image qu'il projette : celle d'un père de famille éprouvé, réputé pour un mode de vie sobre et une réserve peu commune dans la classe dirigeante iranienne. Sa fille Zahra a depuis obtenu un diplôme de chimie à l'université Sharif de Téhéran.
Son entrée en politique se fait par la santé publique. Sous la présidence réformatrice de Mohammad Khatami, il devient vice-ministre puis ministre de la Santé et de l'Éducation médicale, poste qu'il occupe de 2001 à 2005. L'expérience gouvernementale le range durablement dans le camp réformateur, dont il partage les aspirations : un desserrement des restrictions internes, un dialogue avec l'Occident, une modernisation prudente de l'économie. À la fin de son mandat, il retourne vers le Parlement.
Élu député de Tabriz, il conserve son siège durant cinq mandats consécutifs à partir de 2008, s'imposant comme une voix reconnue de l'opposition modérée au sein d'un régime dominé par les conservateurs. Entre 2016 et 2020, il exerce les fonctions de premier vice-président du Parlement, ce qui l'installe au premier plan de la vie institutionnelle. Longtemps, il apparaît pourtant comme un candidat de second rôle, recalé à plusieurs reprises par le Conseil des gardiens lorsqu'il tente de briguer la magistrature suprême.
Le tournant survient en 2024, dans des circonstances tragiques. La mort du président Ebrahim Raïssi dans un accident d'hélicoptère précipite une élection anticipée. Cette fois, sa candidature est validée. Au second tour, le 5 juillet 2024, Massoud Pezeshkian l'emporte avec 53,7 % des suffrages, soit plus de seize millions de voix, face à un adversaire ultraconservateur. Le 30 juillet, il prête serment et devient le neuvième président de la République islamique d'Iran. Sa victoire est aussitôt lue, à l'étranger comme à l'intérieur, comme le signe d'une lassitude d'une partie de l'électorat face à la ligne dure.
Gouverner ne ressemble pourtant guère à opérer. Dans un système où le pouvoir réel appartient au Guide suprême, Ali Khamenei, la marge de manœuvre d'un président iranien reste étroite. Massoud Pezeshkian a fait campagne sur la relance des négociations nucléaires, l'allègement des sanctions et l'apaisement social. Deux ans plus tard, chacun de ces chantiers demeure suspendu à des rapports de force qui le dépassent. Les frappes militaires qui ont visé des installations iraniennes ont durci le climat intérieur, renforcé les partisans de la fermeté et compliqué toute perspective de compromis.
Le président se retrouve ainsi tiraillé. D'un côté, une frange du Parlement pousse pour un retrait du Traité de non-prolifération et une posture de rupture. De l'autre, il continue de plaider pour la négociation, tout en affirmant que l'Iran ne construira jamais de bombe atomique. La menace d'un rétablissement automatique des sanctions internationales, agitée à l'automne 2026, place son gouvernement sous une tension permanente, à l'heure où l'économie du pays peine à retrouver son souffle.
Ses détracteurs, dans le camp réformateur comme chez ses adversaires, lui reprochent des promesses difficilement tenables et une capacité d'action bridée. Ses partisans répondent qu'il incarne, dans un régime verrouillé, la seule voie possible vers un dialogue avec le monde. À 72 ans, l'ancien chirurgien de Mahabad continue d'avancer entre ces deux feux, avec la patience d'un homme habitué aux gestes lents et aux issues incertaines.
Le prochain rendez-vous diplomatique dira si la fenêtre qu'il défend est encore ouverte, ou si elle se referme sous le poids des surenchères. À Téhéran, personne ne prétend connaître la réponse. Le président, lui, répète qu'il n'a jamais renoncé au dialogue. Reste à savoir combien de temps encore cette conviction pourra tenir face aux vents contraires qui soufflent sur son mandat.