« Les deux enveloppes ont un peu compliqué le travail de la commission. »
Olga Kova?ova préside le bureau de vote numéro 247 de Rezekne, dans l'est de la Lettonie. Le système des deux enveloppes, utilisé pour le vote anticipé, a suscité beaucoup de questions, a-t-elle expliqué à la radio-télévision publique LSM, et la commission rappelle à chacun à quoi il sert et que l'on garde le droit de revoter, seul le dernier bulletin étant compté. Aucun incident ce samedi.
À 12 h 30, heure de Riga (11 h 30 à Paris), un peu plus d'un quart des 1,5 million d'inscrits avaient voté, soit environ 394 000 personnes. La capitale traîne à 20 %. En tête, Vidzeme, avec 29 %. Plus de 11 % du corps électoral s'était déjà prononcé pendant la semaine de vote anticipé, et LSM s'attend à ce que la participation dépasse les 59 % de 2022. Côté russe ou biélorusse, rien à signaler à la mi-journée. Près d'un sondé sur cinq ignorait encore, à la mi-septembre, pour qui il voterait.
Le dépôt pétrolier de Rezekne avait les cuves vides le 7 mai, quand deux drones ukrainiens, venus de l'espace aérien russe, y sont tombés sans faire de victime. Avant toute alerte, des habitants les avaient vus passer. Cinq heures pour réagir, et le gouvernement n'a pas su dire combien d'appareils étaient entrés ni où ils avaient fini leur course.
Trois jours plus tard, Andris Spruds, le ministre de la Défense issu des Progressistes, est parti en disant vouloir éviter que l'armée soit « entraînée dans une campagne politique ». Le choix d'Evika Sili?a s'est porté sur un militaire, le colonel Raivis Melnis, et les Progressistes lui ont retiré leur soutien. Plutôt que d'affronter une motion de censure, la cheffe du gouvernement a démissionné le 14 mai en accusant « la jalousie politique et les intérêts partisans étroits » d'avoir pris le pas sur la responsabilité. Sa coalition se fissurait depuis l'automne, quand l'Union des verts et des paysans avait voté avec l'opposition la sortie de la convention d'Istanbul sur les violences faites aux femmes.
Andris Kulbergs n'était alors qu'un député d'opposition. Président de l'association des concessionnaires automobiles agréés, il avait déclaré onze véhicules en entrant à la Saeima et présidé la commission d'enquête sur Rail Baltica, la ligne censée relier les pays baltes à la Pologne, dont il promet de réduire l'ampleur. Et son gouvernement de quatre partis a obtenu 66 voix contre 25. Un sondage SKDS réalisé juste avant l'incident de Rezekne plaçait sa Liste unie à 6,8 %, au troisième rang. Il a suffi de quatre mois. Dans l'enquête menée par le même institut du 4 au 16 septembre pour la télévision LTV, elle recueille 14,4 % de l'ensemble des personnes interrogées, plus de 22 % des électeurs décidés, loin devant tout le monde.
Ce qu'il promet tient en deux mesures, un impôt de 10 % pour les microentreprises et quatre ans d'allègements fiscaux pour les émigrés qui reviendraient au pays. « Tout l'appareil d'État, 3 500 salariés, coûte deux milliards d'euros », a-t-il lancé lors d'un débat télévisé. Erreur d'un facteur quinze, a calculé la rédaction anglophone de LSM, puisque les 1,97 milliard du budget 2026 paient quelque 60 000 agents publics et que les 3 500 employés des ministères reviennent à environ 133 millions par an. Le Centre d'études orientales de Varsovie (OSW) le décrit comme un homme qui a repris une partie du vocabulaire populiste sans commettre les faux pas de ses prédécesseurs.
Nouvelle Unité, le parti de Krisjanis Kari?s et de Sili?a, avait gagné les élections de 2022 et tenu le gouvernement de 2019 jusqu'au printemps. Il ne lui reste que 6,8 % des voix exprimées chez SKDS, à portée du seuil de 5 % qui ouvre les portes de la Saeima. C'est ce recul, plus que la poussée des populistes, qui décidera de la suite. D'après une projection sommaire, la Liste unie, l'Alliance nationale et l'Union des verts et des paysans, le noyau que l'OSW juge le plus probable, resteraient à elles trois sous les 51 sièges de la majorité. Avec qui la compléter ?
Pas avec Julija Stepa?enko. Ancienne cofondatrice de Lettonie d'abord, cette avocate conduit l'alliance de Pouvoir souverain et des Jaunlatviesi, deuxième chez SKDS avec 14,1 % des voix exprimées malgré un recul de plus de deux points en un mois. Elle promet un moratoire fiscal de cinq ans, deux fois moins de députés et la fin du service militaire obligatoire. Son ancien allié Ainars slesers, que la presse ukrainienne surnomme le « Trump letton », veut une centrale nucléaire américaine et la moitié des achats militaires aux États-Unis. En 2024, il a jugé qu'« une mauvaise paix vaut mieux qu'une bonne guerre ». La droite, selon l'OSW, s'accorde au moins pour tenir ces deux listes, qui visent d'abord l'électorat russophone, à l'écart du pouvoir.
Quatorze listes et 1 428 candidats se disputent les cent sièges, dont 38 à Riga.
On a davantage parlé, pendant la campagne, des pertes d'airBaltic que de la frontière biélorusse, où l'OSW recense 11 500 tentatives de passage illégal depuis janvier. La nouvelle assemblée héritera d'un texte que la sortante n'a pas tranché. Edgars Rinkevics, qui a voté ce matin, avait refusé de promulguer la sortie de la convention d'Istanbul, et l'examen a été repoussé au 1er novembre.
Les bureaux ferment à 20 heures, 19 heures à Paris. Pas de résultats avant dimanche matin. Il reviendra ensuite au président de désigner la personne chargée de former le gouvernement, qui n'est pas forcément le chef du parti arrivé en tête. Sur le bulletin, l'électeur ne coche qu'une liste, mais il peut marquer chacun de ses candidats d'un « par » vert ou d'un « pret » rouge, et le faire monter ou descendre dans l'ordre des élus.