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LETTONIE - LEGISLATIVES A VENIR

En Lettonie, le premier ministre par intérim en tête, le parti qui gouvernait depuis 2019 au bord du seuil

LETTONIE - LEGISLATIVES A VENIR Source : EPOC - création IA

Rappelez-vous. Les cuves du dépôt pétrolier de R?zekne étaient vides. C'est là que deux drones ukrainiens, venus de l'espace aérien russe, sont tombés le 7 mai sans faire de victime. Des habitants les avaient vus passer au-dessus de la ville avant qu'une alerte ne soit diffusée, et le gouvernement a mis cinq heures à réagir, sans pouvoir dire combien d'appareils étaient entrés ni où ils avaient fini leur course. Trois semaines plus tard, la Lettonie changeait de premier ministre.

Souvenez-vous. Andris Kulbergs n'était alors qu'un député d'opposition. Président de l'association des concessionnaires automobiles agréés, il avait déclaré onze véhicules en entrant à la Saeima et présidé la commission d'enquête sur Rail Baltica, la ligne ferroviaire censée relier les pays baltes à la Pologne, dont il promet aujourd'hui de réduire l'ampleur. Sa Liste unie plafonnait à 6,8 % dans un sondage SKDS réalisé juste avant l'incident de R?zekne, au troisième rang derrière Lettonie d'abord, le parti de l'ancien ministre des Transports Ainars Slesers. L'enquête menée par le même institut du 4 au 16 septembre pour la télévision publique LTV lui accorde 14,4 % de l'ensemble des personnes interrogées (plus de 22 % si l'on ne retient que les électeurs qui ont arrêté leur choix), loin devant ses concurrents, à quatre jours des législatives de samedi.

De fait, Kulbergs promet un impôt de 10 % pour les microentreprises et quatre ans d'allègements fiscaux aux émigrés qui reviendraient s'installer au pays. Lors d'un débat télévisé, il a affirmé que « tout l'appareil d'État, 3 500 salariés, coûte deux milliards d'euros ». Il s'est trompé d'un facteur quinze. Les 1,97 milliard inscrits au budget 2026 paient quelque 60 000 agents des institutions publiques, et les 3 500 employés des ministères reviennent à environ 133 millions par an, a rectifié la rédaction anglophone du service public LSM. Le Centre d'études orientales de Varsovie (OSW) décrit un chef de gouvernement qui a repris une partie du vocabulaire populiste tout en se tenant à l'écart des faux pas de ses prédécesseurs. Sa progression s'est faite au détriment de Lettonie d'abord et de l'Alliance nationale, selon SKDS. Et elle a été rapide : quatre mois.

Andris Spruds, le ministre de la Défense issu des Progressistes, est parti trois jours après la chute des drones, en disant vouloir éviter que l'armée soit « entraînée dans une campagne politique ». Evika Sili?a a proposé pour lui succéder un militaire, le colonel Raivis Melnis. Les Progressistes lui ont retiré leur soutien. Plutôt que d'affronter une motion de censure, la cheffe du gouvernement a démissionné le 14 mai en accusant « la jalousie politique et les intérêts partisans étroits » d'avoir pris le pas sur la responsabilité. Sa coalition se fissurait depuis l'automne précédent, quand l'Union des verts et des paysans avait voté avec l'opposition la sortie de la convention d'Istanbul sur les violences faites aux femmes. Kulbergs, lui, voulait « une coalition d'action, où les émotions et les querelles doivent être mises de côté ». Son gouvernement, qui réunit la Liste unie, Nouvelle Unité, l'Alliance nationale et l'Union des verts et des paysans, a obtenu 66 voix contre 25.

Le parti de Krisjanis Kari?s et d'Evika Sili?a, vainqueur des élections de 2022 et aux commandes du gouvernement de 2019 au printemps dernier, ne recueille plus que 6,8 % des intentions de vote exprimées, à portée du seuil de 5 % qui ouvre les portes de la Saeima. Arvils Aseradens est son candidat au poste de premier ministre ; Sili?a conduit l'une des listes régionales. Ce recul pèse davantage sur l'après-scrutin que la poussée des populistes. Une projection sommaire à partir des chiffres de SKDS le montre : la Liste unie, l'Alliance nationale et l'Union des verts et des paysans, le noyau que l'OSW juge le plus probable, resteraient à eux trois sous les 51 sièges de la majorité. Avec qui la compléter, si Nouvelle Unité manque son retour ?

Pas avec Julija Stepa?enko l'ancienne cofondatrice de Lettonie d'abord, cette avocate conduit désormais l'alliance de Pouvoir souverain et des Jaunlatviesi, deuxième dans l'enquête SKDS avec 14,1 % des voix exprimées malgré un recul de plus de deux points en un mois. Elle promet un moratoire fiscal de cinq ans, la division par deux du nombre de députés et la fin du service militaire obligatoire. Slesers, que la presse ukrainienne surnomme le « Trump letton », veut une centrale nucléaire américaine et la moitié des achats militaires aux États-Unis ; en 2024, il jugeait qu'« une mauvaise paix vaut mieux qu'une bonne guerre ». Selon l'OSW, les partis de droite s'accordent au moins sur un point, tenir ces deux listes, qui visent d'abord l'électorat russophone, à l'écart du pouvoir. Plus loin, Pour la stabilité ! d'Aleksejs Ros?ikovs, qui réclame le rétablissement des liens avec Moscou et Minsk, stagne sous le seuil.

Quatorze listes et 1 428 candidats se disputent les cent sièges, dont 38 à Riga, qui en a gagné deux au dernier redécoupage.

On a davantage débattu, ces dernières semaines, des pertes d'airBaltic et des retards de Rail Baltica que de la frontière biélorusse, où l'OSW recense 11 500 tentatives de passage illégal depuis janvier. La prochaine assemblée héritera aussi d'un texte que la sortante n'a pas voulu trancher. Le président Edgars Rinkevics a refusé de promulguer la sortie de la convention d'Istanbul, estimant que ratifier puis dénoncer un traité au cours d'une même législature envoyait des « signaux contradictoires », et la Saeima a repoussé l'examen au 1er novembre, après le scrutin. Plus de 64 000 personnes avaient signé la pétition contre ce retrait.

Près d'un sondé sur cinq ignorait encore, à la mi-septembre, pour qui il voterait. « Une part importante des électeurs ne se décidera que dans la dernière semaine, les derniers jours, voire dans le bureau de vote », avait prévenu en août Arnis Kakti?s, le directeur de SKDS. Le vote anticipé a commencé lundi dans les 933 bureaux du pays. Environ un citoyen sur soixante avait voté dès le premier soir, d'après la Commission électorale centrale, qui compte dans ce total les 4 907 Lettons de l'étranger inscrits pour voter par correspondance. Latgale, la région de Rezekne, fermait la marche avec 0,75 % des électeurs, contre 1,08 % en Zemgale.

Samedi, les bureaux resteront ouverts de 8 heures à 20 heures. Le président désignera ensuite la personne chargée de former le gouvernement, qui n'est pas forcément le chef du parti arrivé en tête. Sur le bulletin, l'électeur ne coche qu'une liste, mais il peut marquer chacun de ses candidats d'un « par » vert, pour, ou d'un « pret » rouge, contre, et le faire monter ou descendre dans l'ordre des élus.