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BRESIL - JOUR DE VOTE

Brésil 2026 : cinquante-quatre fauteuils et un nom de famille

BRESIL - JOUR DE VOTE Source : EPOC - création IA

À Brasília, dans la maison où il purge sa peine depuis la fin du mois de mars, Jair Bolsonaro n'a aucun bureau de vote où se rendre ce dimanche. Sa condamnation définitive à vingt-sept ans et trois mois de prison pour la tentative de coup d'État a suspendu ses droits politiques, comme le prévoit l'article 15 de la Constitution. Son fils aîné, Flávio, doit taper ses numéros sur l'urne électronique dès l'ouverture, à 8 heures, dans une école municipale de Rio de Janeiro. Puis il prendra l'avion pour Brasília, où son état-major suivra le dépouillement.

Les bureaux ferment à 17 heures, heure de la capitale, soit 22 heures à Paris. Quelque 500 000 urnes ont été acheminées par la route, par bateau et par avion jusqu'aux villages indigènes et aux communautés quilombolas, pour 158,7 millions d'inscrits appelés à désigner le même jour le président, les 27 gouverneurs, les 513 députés fédéraux et deux sénateurs par État.

Cinquante-quatre sièges de sénateurs sont en jeu, les deux tiers de la chambre haute. C'est aussi le nombre de voix qu'il faut réunir, sur quatre-vingt-une, pour révoquer un juge de la Cour suprême. Pour engager la procédure, quarante et une suffisent. L'opposition avait atteint ce seuil de signatures contre Alexandre de Moraes en août 2025, quelques jours après que le juge eut placé l'ancien président en résidence surveillée. Réponse de Davi Alcolumbre, qui préside le Sénat, devant les chefs de groupe : il n'inscrirait pas la demande à l'ordre du jour, même si tous les parlementaires la signaient.

D'où le calcul bolsonariste, qui consiste à changer la chambre pour changer son président. Le Parti libéral veut porter à sa tête en 2027 Rogério Marinho, sénateur du Rio Grande do Norte, que Rodrigo Pacheco avait battu en 2023 en ne lui laissant que 32 voix. Compilées par la Gazeta do Povo au début du mois, les enquêtes Quaest accordent à la droite 37 à 39 sièges dans la future assemblée. Il en faut 41. Six territoires feront la différence, du Minas Gerais au District fédéral. En mars, devant la conférence conservatrice CPAC de Dallas, Eduardo Bolsonaro n'avait pas pris de détour : « Les futurs sénateurs vont destituer Alexandre de Moraes. »

Lui ne figure sur aucun bulletin. En juin, la Cour suprême l'a condamné pour coercition dans la procédure visant son père et l'a rendu inéligible.

Le candidat de la famille, désigné par Jair Bolsonaro en décembre 2025, a 45 ans et représente Rio au Sénat. Sa campagne a dû absorber l'affaire révélée en mai par The Intercept : dans des enregistrements, Flávio Bolsonaro sollicitait le banquier Daniel Vorcaro pour financer un film sur son père, avec des contrats portant sur 134 millions de reais. Il avait d'abord nié connaître Vorcaro, avant de l'admettre. À la veille du scrutin, il a appelé la droite à voter utile dès le premier tour. Quant à la rumeur qui lui prêtait l'intention de retirer à Notre-Dame d'Aparecida son titre de patronne du Brésil, « ce mensonge n'a ni queue ni tête », a répondu cet évangélique, qui a obtenu le retrait de plus d'un millier de publications.

Lula vote à São Bernardo do Campo, la ville des métallurgistes où il a commencé sa vie syndicale.

À 8 heures, comme son rival. Le président sortant suivra ensuite les résultats à São Paulo, où il a clos sa campagne samedi par une marche avec Fernando Haddad, candidat au poste de gouverneur, sur l'avenue Paulista. Officialisé le 2 août par le Parti des travailleurs, avec de nouveau Geraldo Alckmin pour colistier, l'homme de 80 ans a parlé de Washington presque autant que de ses adversaires. « Ne vous mêlez pas des élections au Brésil », avait-il lancé à Donald Trump en juin, à Évian, au sortir du sommet du G7. Droits de douane, sanctions contre des juges brésiliens : la souveraineté a soudé son camp sans faire oublier la vie chère, que l'agence AP range avec un scandale de corruption parmi ses principales difficultés.

Datafolha a interrogé 4 006 personnes samedi. Lula y obtient 45 % des suffrages exprimés et Flávio Bolsonaro 42 %, après un gain de deux points d'intentions brutes en deux jours. Quaest, qui a sondé 3 702 électeurs les 2 et 3 octobre, ne mesure plus qu'un point d'écart, 46 contre 45, et relègue Ronaldo Caiado, Renan Santos et Augusto Cury à 3 % chacun. Au second tour, les deux instituts séparent les finalistes d'un ou deux points, à l'intérieur de leur marge d'erreur. On se souvient qu'en 2022, les sondeurs avaient sous-estimé Jair Bolsonaro au premier tour, et que Lula ne l'avait emporté au second qu'avec 2,1 millions de voix d'avance.

Selon le Tribunal supérieur électoral, le corps électoral a aussi bougé depuis 2022 : le Nordeste, où Lula avait obtenu 69 % des voix au second tour, a gagné 1,14 million d'inscrits, quand le Sudeste, où son adversaire avait dépassé 54 %, en a perdu 378 000. Les Brésiliens de l'étranger sont passés de 698 000 à 918 000. Ils ne votent que pour la présidence. Un inscrit n'est pas un votant, et ces chiffres ne disent rien de la participation.

Pour le Sénat, aucun second tour n'est prévu : le scrutin y est majoritaire à un tour, et la carte de la future chambre sera connue dès cette nuit, que la présidentielle se poursuive ou non jusqu'au 25 octobre.