Sur votossenadores.com.br, un site qui recense la position de chaque sénateur brésilien, le tableau affichait au début d'août 2025 trente-neuf élus favorables à la destitution d'Alexandre de Moraes, dix-neuf opposés et vingt-trois indécis. Le juge de la Cour suprême venait de placer Jair Bolsonaro en résidence surveillée. Il faut quarante et un sénateurs pour engager la procédure contre un membre de la Cour. Pour le révoquer, cinquante-quatre voix sur quatre-vingt-une.
Cinquante-quatre, c'est aussi le nombre de sièges remis en jeu ce dimanche, soit les deux tiers du Sénat. Quelques jours après ce pointage, la barre des quarante et une signatures avait été franchie, et Eduardo Bolsonaro, l'un des fils de l'ancien président, invitait ses partisans à imaginer la suite, une fois la chambre haute renouvelée. Mettre une telle demande à l'ordre du jour revient au président du Sénat, Davi Alcolumbre, qui figurait cet été-là parmi les indécis.
Les 158,7 millions d'électeurs inscrits désignent le même jour les 513 députés, les 27 gouverneurs et le président de la République. Dans l'isoloir, chacun tape sur l'urne électronique les numéros de deux candidats au Sénat, puisque chaque État pourvoit cette fois deux sièges. Le camp bolsonariste avait fixé l'objectif d'en conquérir au moins un dans chacun des vingt-sept États, et les enquêtes locales publiées au fil de la campagne, recensées par le site Bahia Notícias, ont montré combien l'ambition se heurtait aux rapports de force régionaux. On aurait tort, pour autant, de lire ce scrutin à travers la seule présidentielle : un Sénat capable de réunir cinquante-quatre voix contre un juge pèserait sur le prochain mandat, quel que soit le vainqueur.
Le candidat de la famille à la présidence s'appelle Flávio. Sénateur de Rio de Janeiro, 44 ans, il porte les couleurs du Parti libéral avec la bénédiction d'un père condamné en septembre 2025 à vingt-sept ans et trois mois de prison pour tentative de coup d'État, incarcéré depuis novembre et inéligible pour des décennies. Son frère Eduardo a renoncé à sa propre candidature pour lui laisser le champ libre. « Le remède, c'est l'impeachment », avait-il déclaré à propos de Moraes dès février 2025.
Lula a 80 ans et brigue un quatrième mandat.
Le président sortant a lancé sa campagne le 2 août à São Paulo, devant la convention du Parti des travailleurs, avec de nouveau Geraldo Alckmin pour colistier. Washington a souvent occupé ses discours autant que ses adversaires. « Ne vous mêlez pas des élections brésiliennes, parce que les élections brésiliennes sont un problème brésilien, comme les élections américaines sont leur affaire, pas la mienne », a-t-il lancé cet été. Le registre de la souveraineté rassemble son camp. Suffit-il face à des électeurs qui voient son nom sur les bulletins depuis 1989 ?
Interrogés par Datafolha du 28 septembre au 1er octobre, 2 506 Brésiliens ont accordé à Lula 45 % des suffrages exprimés, contre 40 % à Flávio Bolsonaro, loin devant le psychiatre et auteur à succès Augusto Cury (4 %), l'ancien gouverneur de Goiás Ronaldo Caiado et le fondateur du parti Missão, Renan Santos (3 % chacun), puis Romeu Zema, qui a dirigé le Minas Gerais (1 %). Personne n'atteindrait la majorité absolue. Pour un duel le 25 octobre, l'institut mesure un écart de 48 % contre 45 %, à peine supérieur à sa marge d'erreur de deux points, tandis que Quaest, quelques jours plus tôt, plaçait les deux hommes à égalité parfaite, 42 % chacun. Une réserve, que les sondeurs connaissent mieux que personne : en 2022, ils avaient sous-estimé de plusieurs points le score de Jair Bolsonaro au premier tour, et l'écart final entre Lula et lui s'était révélé bien plus serré que prévu.
Le Tribunal supérieur électoral a recensé 2,3 millions d'inscrits de plus qu'en 2022, dans un corps électoral qui a vieilli. Le Sudeste, région la plus peuplée, en a perdu près de 380 000. À l'inverse, le nombre de Brésiliens inscrits à l'étranger a bondi d'un tiers, à 918 876, et ceux-là ne votent que pour la présidence.
Mis bout à bout, les petits candidats pèsent environ 13 % des exprimés. C'est sur leur report que se jouerait un second tour, et Datafolha a pris soin de tester Lula face à chacun des poursuivants : il devance Caiado de six points, Zema de neuf, ce qui dit surtout qu'aucune droite de rechange n'a émergé hors du nom Bolsonaro. Si aucun candidat ne franchit la barre des 50 %, Lula et Flávio Bolsonaro auront trois semaines pour aller chercher ces voix, jusqu'au 25 octobre.