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SLOVAQUIE - ANNIVERSAIRE

Peter Pellegrini, l'homme des trois fauteuils

SLOVAQUIE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Depuis le 15 septembre, une demande de Robert Fico attend sur la table du chef de l'État slovaque. Le Premier ministre y propose de révoquer Tomáš Taraba, vice-Premier ministre chargé de l'Environnement, dont le Parti national slovaque (SNS) d'Andrej Danko, qui l'avait pourtant désigné, ne veut plus entendre parler. Fico l'avait annoncé presque en passant, lors d'une conférence de presse consacrée à tout autre chose, en remerciant l'intéressé pour son travail. Peter Pellegrini n'a pas signé. Il s'est envolé pour New York et l'Assemblée générale des Nations unies en promettant de fixer un calendrier à son retour, puis, le 25 septembre, le chef du gouvernement a lui-même brouillé les pistes en réclamant au SNS et au ministre des garanties sur le maintien de sa majorité au Parlement, faute de quoi il retirerait sa demande. La présidence a pris acte, en assurant qu'elle agirait pour garantir « le bon fonctionnement des organes constitutionnels ».

Toute la position de l'homme tient dans cet épisode : un président censé arbitrer au-dessus des partis, qui doit une large part de sa carrière à celui dont il examine aujourd'hui les requêtes.

Il fête aujourd'hui ses 51 ans. Né le 6 octobre 1975 à Banská Bystrica, dans le centre de la Slovaquie (alors tchécoslovaque), Peter Pellegrini porte le nom d'un arrière-grand-père italien, Leopoldo, venu travailler à la construction des chemins de fer. Il étudie l'économie à l'université Matej Bel de sa ville natale, puis décroche un diplôme d'ingénieur en banque et finance à l'Université technique de Košice. Sa première tentative électorale, sur la liste du Smer en 2002, échoue ; il passe les quatre années suivantes comme conseiller économique du député ?ubomír Vážny, sur les dossiers de privatisation, avant d'entrer au Parlement en 2006.

L'ascension se fait dans l'ombre de Robert Fico. Secrétaire d'État aux Finances en 2012, ministre de l'Éducation à l'été 2014, il prend quelques mois plus tard la présidence du Parlement, puis devient en 2016 vice-Premier ministre chargé des investissements. Puis vient février 2018. Le journaliste d'investigation Ján Kuciak est abattu chez lui, avec sa fiancée Martina Kušnírová. Des dizaines de milliers de Slovaques descendent dans la rue, et Fico finit par démissionner. Le 22 mars, son dauphin lui succède. Il cumulera un temps plusieurs portefeuilles par intérim, dont l'Intérieur, et c'est encore lui qui décrète en mars 2020 les premières mesures d'urgence contre le Covid, quelques jours après la défaite du Smer aux législatives du 29 février face au mouvement anticorruption d'Igor Matovi?.

La rupture ne tarde pas. En juin 2020, Pellegrini quitte le Smer, emmène avec lui une partie des cadres et fonde Hlas (« La Voix »), un parti social-démocrate qui caracole un temps en tête des sondages pendant que son ancien mentor végète. Aux législatives de septembre 2023, Hlas termine troisième avec près de 15 % des voix, et son chef choisit de gouverner avec Fico plutôt qu'avec les libéraux de Progresívne Slovensko, obtenant à l'automne la présidence du Parlement. Rien ne dit que ce choix était écrit d'avance : l'homme avait passé trois ans à se présenter comme l'alternative modérée à son ancien patron.

La présidentielle du printemps 2024, à laquelle il se déclare candidat en janvier, l'oppose à Ivan Kor?ok, ancien ministre des Affaires étrangères et diplomate résolument pro-occidental, soutenu par l'opposition libérale. Au premier tour, le 23 mars, Kor?ok le devance nettement (42,5 % contre 37 %). Le 6 avril, tout s'inverse : 53,12 % pour Pellegrini. Le 15 mai, cinq semaines plus tard, Robert Fico est grièvement blessé par balles dans l'ancienne cité minière de Handlová. Le président élu prête serment un mois plus tard, le 15 juin, sous haute sécurité et en l'absence du Premier ministre encore convalescent, avec cette formule lancée devant les députés : « Nous sommes une nation, une société, une Slovaquie. » Personne avant lui n'avait occupé successivement les trois plus hautes fonctions constitutionnelles du pays.

Le chef de l'État a bien renvoyé quelques textes au Parlement (au printemps 2025, une loi d'amnistie liée à la période du Covid et une rente à vie pour le procureur général), mais sans jamais engager d'épreuve de force durable avec la coalition ; en décembre 2025, il épousait la ligne gouvernementale sur l'Ukraine, jugeant que Kiev n'était « tout simplement pas en mesure de gagner cette guerre » et refusant une aide militaire financée par l'Union européenne. S'y ajoute une affaire plus personnelle, un prêt de 300 000 euros accordé à Hlas en janvier 2024 par une société gérée par sa sœur et déclaré hors délai, que la commission électorale a sanctionné en septembre 2025 d'une amende de 5 000 euros.

Au printemps, c'est lui qui a dû convoquer le référendum réclamé par le parti extraparlementaire Demokrati, fort de plus de 363 000 signatures validées. Il a retenu deux questions, la suppression des rentes à vie des anciens hauts responsables (dont peut bénéficier Robert Fico) et le rétablissement du parquet spécial et de l'agence nationale de lutte contre le crime, mais écarté la troisième, qui visait des élections anticipées, en s'appuyant sur une décision de la Cour constitutionnelle de 2021. Le 4 juillet, à peine 16 % des électeurs se sont déplacés. Plus de neuf votants sur dix avaient dit oui. En vain.

Célibataire, catholique non pratiquant, polyglotte (il parle anglais, allemand et russe), il possède un chien baptisé Gery, d'après Geralt de Riv, le héros de la saga The Witcher. À la tribune des Nations unies, le 23 septembre, le président slovaque a plaidé pour une réforme du Conseil de sécurité et contre les armes autonomes : « Nous ne devrions jamais permettre aux machines de décider seules de la vie et de la mort », a-t-il averti, avant de répéter que le monde avait changé et que l'ONU devait changer avec lui. La Slovaquie brigue un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité pour 2028 et 2029.