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MEMOIRE D'URNES

7 octobre 2012 : Venezuela, la dernière victoire du comandante

MEMOIRE D'URNES Source : EPOC - création IA

L'averse s'abattit sur Caracas le jeudi 4 octobre 2012, en plein meeting de clôture. Des centaines de milliers de partisans avaient envahi l'avenue Bolívar et débordaient sur six artères voisines quand Hugo Chávez, trempé comme eux, lança au micro « Chávez est là, debout avec vous ! » Le président candidat sortait d'un an et demi de traitements contre un cancer dont il n'avait jamais précisé la nature. Il voulait que chacun le voie tenir sous la pluie. À Caracas, on appelle ces orages d'octobre le « cordonazo de San Francisco ».

Trois jours plus tard, il l'emportait. Selon le Conseil national électoral, Chávez recueillit 55,07 % des voix, un peu plus de 8,1 millions de bulletins, contre 44,31 % à Henrique Capriles, avec une participation de 80 %. L'écart dépassait 1,5 million de voix. Il restait pourtant le plus mince de toutes ses présidentielles : en 2006, Chávez avait frôlé les 63 %.

Capriles concéda sa défaite le soir même. « Pour savoir gagner, il faut savoir perdre », glissa le gouverneur de Miranda, 40 ans, qui avait écrasé la primaire de l'opposition unie en février avec 64 % des suffrages et mené une campagne de terrain obstinée. Il ajouta qu'il n'abandonnerait pas « près de la moitié du pays ».

Au balcon du palais de Miraflores, que les chavistes appellent le balcon du peuple, le vainqueur brandit l'épée de Bolívar. Victoire « parfaite », dit-il. Il promit surtout d'être « un meilleur président » que durant les années écoulées, formule inhabituelle chez un homme qui ne s'excusait guère. Le pays poursuivrait sa marche vers le « socialisme démocratique du XXIe siècle », assura-t-il, en tendant la main à des « secteurs » de l'opposition.

La maladie planait sur tout le reste. Le 30 juin 2011, depuis La Havane, Chávez avait reconnu à la télévision qu'on lui avait retiré une tumeur présentant des cellules cancéreuses. Opéré de nouveau en février 2012, il se disait en rémission dès juillet. Le 8 décembre 2012, deux mois après le scrutin, il réapparut en direct à la télévision nationale pour annoncer une récidive et une nouvelle opération à Cuba. Avant de partir, il désigna son héritier. « Mon opinion ferme, pleine comme la pleine lune, irrévocable, absolue, totale, est que vous choisissiez Nicolás Maduro comme président », déclara-t-il au pays. Ce fut sa dernière apparition publique. Il ne put prêter serment le 10 janvier pour le mandat qu'il venait de gagner, rentra à Caracas en février dans un hôpital militaire et mourut le 5 mars 2013, à 58 ans.

Le mandat conquis sous la pluie ne fut jamais exercé.

Un peu plus d'un mois après les funérailles, Maduro affronta à son tour Capriles et ne l'emporta que de 223 599 voix, soit 50,6 % contre 49,1 %. L'opposition réclama un recomptage intégral, que le Tribunal suprême de justice finit par rejeter en août. Rien ne permet d'affirmer qu'un recomptage complet aurait inversé le verdict des urnes, mais il aurait au moins dissipé le soupçon qui a pesé dès lors sur chaque scrutin. En 2017, la Contraloría déclarait Capriles inéligible pour quinze ans.

On connaît la suite, ou plutôt ses chapitres les plus récents. Après le scrutin du 28 juillet 2024, le Conseil national électoral proclama Maduro vainqueur sans jamais publier le détail des bureaux de vote, quand l'opposition exhibait plus de 80 % des procès-verbaux, qui donnaient environ 67 % à Edmundo González. Maduro prêta serment pour un troisième mandat le 10 janvier 2025. Moins d'un an plus tard, dans la nuit du 3 janvier 2026, une opération militaire américaine s'achevait par sa capture et celle de son épouse, Cilia Flores, dans l'enceinte de Fort Tiuna, le grand complexe militaire de Caracas, avant leur transfert devant un tribunal fédéral de New York. Tous deux plaident non coupables de narcoterrorisme. Leur procès est fixé au 1er juin 2027.

La vice-présidente Delcy Rodríguez assure l'intérim depuis, avec la bénédiction de Washington, qui a levé les sanctions la visant personnellement. Sous son autorité, près d'un millier de prisonniers politiques ont été libérés et une réforme des hydrocarbures a mis fin au monopole de PDVSA, tandis que Donald Trump annonçait fin août un accord pétrolier portant sur plus de 65 milliards de barils de réserves. Capriles, lui, a retrouvé un siège de député après les élections de mai 2025 et mène un courant de l'opposition qui accepte de discuter avec elle. María Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025, n'est toujours pas rentrée au pays, et son équipe affirme que trois tentatives de retour ont échoué les 21 et 22 septembre.

À la tribune des Nations unies, fin septembre, Delcy Rodríguez a promis qu'« il y aura des élections au Venezuela ». Elle s'est gardée d'en donner la date, laissant au « peuple » le soin d'en décider.