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RUSSIE - ANNIVERSAIRE

Vladimir Poutine, la leçon du palier

RUSSIE - ANNIVERSAIRE Source : Kremlin

Trois cent quarante-neuf. C'est le nombre de sièges, sur 450, que Russie unie a remportés à la Douma d'État lors du scrutin des 18, 19 et 20 septembre, d'après les résultats définitifs publiés le 25 septembre, six de plus que le record établi par le parti présidentiel en 2016. Iabloko, seule formation enregistrée à plaider pour la paix, avait été rayée des listes nationales par la Cour suprême, l'OSCE n'avait envoyé aucun observateur et plusieurs experts indépendants cités par The Moscow Times parlent du vote le moins disputé de l'histoire russe moderne. La politologue Tatiana Stanovaya, du centre Carnegie, relève que le président y lit un soutien à la guerre alors que la demande de paix grandit dans le pays.

Le chef du Kremlin aborde donc son anniversaire avec la plus large majorité parlementaire qu'il ait jamais eue. Il fête aujourd'hui ses 74 ans.

Vladimir Poutine est né le 7 octobre 1952 à Léningrad, l'actuelle Saint-Pétersbourg, alors en Union soviétique. Ses parents avaient déjà perdu deux fils, dont l'un pendant le siège de la ville par l'armée allemande. Le père, Vladimir Spiridonovitch, ancien marin, était revenu du front grièvement blessé ; la mère, Maria Ivanovna, ouvrière, avait 41 ans à la naissance de l'enfant. La famille vit dans un appartement communautaire, au cinquième étage d'un immeuble sans ascenseur de la ruelle Baskov. Des rats pullulent dans la cage d'escalier. Dans le livre d'entretiens paru en 2000 sous le titre Première personne, il raconte en avoir un jour poursuivi un, énorme, jusqu'à l'acculer dans un coin, avant que l'animal ne se retourne et ne le prenne en chasse à son tour, jusqu'à la porte qu'il a claquée de justesse. « Sur ce palier, j'ai reçu une leçon rapide et durable sur le sens du mot acculé », dit-il. La journaliste Julia Ioffe, interrogée par Radio Free Europe, décrit une jeunesse passée dans la cour d'immeuble, le dvor, où comptaient la force physique et une hiérarchie stricte. Le garçon se met au sambo puis au judo, dont il devient champion de la ville en 1974.

Il entre au KGB en 1975, l'année où il sort diplômé en droit de l'université de Léningrad.

La suite se joue en Allemagne de l'Est. De 1985 à 1990, l'officier sert à Dresde comme agent de liaison auprès de la Stasi, sous la couverture d'un poste de traducteur. En décembre 1989, quelques semaines après la chute du mur de Berlin, une foule qui vient d'envahir les locaux de la police politique est-allemande se dirige vers le bâtiment du KGB, et le lieutenant-colonel réclame des renforts armés qui ne viendront jamais. « Moscou se tait », lui répond-on au téléphone. Il sort alors seul et fait croire aux manifestants que des hommes armés attendent à l'intérieur, prêts à tirer. La foule finit par se disperser et les dossiers restent à l'abri (le récit, invérifiable, vient de lui seul). « J'ai eu le sentiment que le pays n'existait plus. Il avait disparu », confiera-t-il plus tard.

Revenu à Léningrad, il devient en mai 1990 conseiller aux affaires internationales du maire réformateur Anatoli Sobtchak, puis prend en juin 1991 la tête du comité des relations extérieures de la mairie. Moscou l'appelle quelques années après. Il dirige le FSB, héritier du KGB, lorsque Boris Eltsine le nomme Premier ministre en août 1999 ; le 31 décembre, la démission surprise du vieux président fait de lui le chef de l'État par intérim, et l'élection de mars 2000, remportée dès le premier tour, l'installe durablement dans la fonction.

Un quart de siècle a passé. Huit ans à la présidence, quatre à la tête du gouvernement, puis le retour au sommet en 2012 : la révision constitutionnelle de 2020 a remis son compteur de mandats à zéro et l'autorise à rester jusqu'en 2036. En mars 2024, il a été réélu avec plus de 87 % des voix selon la commission électorale, un scrutin que l'ONG d'observation Golos a qualifié d'« imitation ». Il a entamé son cinquième mandat le 7 mai suivant.

Reste la guerre. L'invasion de l'Ukraine, lancée le 24 février 2022, dure depuis quatre ans et demi, et la Cour pénale internationale a émis un mandat d'arrêt contre lui en mars 2023. Le 1er septembre, il a balayé les rumeurs d'une nouvelle mobilisation : « Une absurdité totale. » Les services ukrainiens évoquaient pourtant des plans portant sur 600 000 hommes, et The Moscow Times rappelle qu'en septembre 2022 il avait démenti de la même façon quelques jours avant d'annoncer la mobilisation « partielle » de 300 000 réservistes. Les 5 et 6 septembre, l'émissaire américain Steve Witkoff et Jared Kushner ont fait l'aller-retour entre Moscou et Kiev. Iouri Ouchakov, conseiller du président russe, a parlé d'échanges « substantiels, constructifs, exceptionnellement francs », sans laisser entrevoir la moindre concession territoriale, selon la bibliothèque de la Chambre des communes britannique, qui fait état d'un désaccord de fond sur les garanties de sécurité. Aucun cessez-le-feu n'est en vigueur. Des pourparlers à trois ont été évoqués aux Émirats arabes unis pour octobre, sans date arrêtée.

Que valent ces promesses de dialogue ? Le 25 septembre, devant des journalistes à Moscou, Vladimir Poutine a assuré, selon Reuters, que toutes les propositions de règlement restaient « sur la table » et que « tout est possible », à condition que la Russie pèse d'abord ses intérêts. Dans la même intervention, il a accusé Kiev d'avoir torpillé la reprise des discussions prévue après les législatives en frappant Moscou et des bureaux de vote. « Ce sont eux qui ont commencé. Partout, sur tous les fronts », a-t-il lâché, promettant des frappes de représailles. Rien dans ces propos ne ressemble à la posture d'un homme qui se sent acculé.

Washington, de son côté, tend la main. Le 23 septembre, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies, le secrétaire d'État Marco Rubio a confirmé que Donald Trump invitait le président russe au sommet du G20 prévu les 14 et 15 décembre au Trump National Doral, près de Miami. Son porte-parole, Dmitri Peskov, s'est dit « reconnaissant » et a promis une décision par les canaux diplomatiques. Vladimir Poutine n'a plus participé en personne à un sommet du G20 depuis celui d'Osaka, en 2019.