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MEMOIRE D'URNES

8 octobre 2000 : Lituanie, Brazauskas gagne, Paksas gouverne

MEMOIRE D'URNES Source : EPOC - création IA

Cinquante et un sièges. Au soir du 8 octobre 2000, la Coalition sociale-démocrate d'Algirdas Brazauskas dominait le nouveau Seimas avec 31,08 % des voix, nettement devant ses concurrents, et il ne lui manquait que vingt députés pour atteindre la majorité de 71 sur 141. Elle ne les trouva jamais.

L'ancien premier secrétaire du Parti communiste lituanien, devenu en 1993 le premier président élu de la Lituanie indépendante, pouvait croire tenir sa revanche. Son attelage, qui réunissait ses anciens communistes réformés du LDDP, les sociaux-démocrates historiques du LSDP, la Nouvelle Démocratie de l'ex-Première ministre Kazimira Prunskien? et l'Union des Russes, avait profité d'une colère sociale que personne ne contestait. La crise financière russe de 1998 avait fauché les exportations, le chômage frôlait 12 % selon l'Union interparlementaire, et le gouvernement conservateur d'Andrius Kubilius payait l'austérité. Vytautas Landsbergis, le père de l'indépendance, s'était excusé in extremis auprès des électeurs. En vain. Son Union de la Patrie, victorieuse en 1996, tomba à 8,62 % et neuf sièges.

Le reste du vote s'était dispersé entre deux formations centristes décidées à lui barrer la route. La Nouvelle Union (sociale-libérale) d'Art?ras Paulauskas, juriste et ancien procureur général battu de justesse à la présidentielle de 1998, obtenait 19,64 % et 29 élus. L'Union libérale de Rolandas Paksas, ancien maire de Vilnius, ne recueillait que 17,25 % des voix mais raflait 34 sièges grâce aux circonscriptions uninominales, qui pourvoyaient la moitié de l'hémicycle, les miettes allant au Parti paysan, à l'Action électorale des Polonais et à une poignée d'indépendants.

Le président Valdas Adamkus fit le reste. Il bénit la « Nouvelle politique », une alliance des libéraux, des sociaux-libéraux et de petits groupes centristes, qui écarta la liste arrivée en tête. Paulauskas prit la présidence du Seimas le 19 octobre, un fauteuil qu'il garderait plus de cinq ans, et Paksas fut nommé Premier ministre une semaine plus tard. Son cabinet vit le jour le 9 novembre.

Ce retour avait quelque chose de piquant. Un an plus tôt, en octobre 1999, Paksas avait démissionné de ce même poste pour ne pas signer la cession d'une part de la raffinerie de Mažeiki? Nafta, la plus grosse entreprise du pays, à l'américain Williams International, un contrat qui engageait l'État à investir l'équivalent de 350 millions de dollars dans la modernisation du site. Le dossier le suivit. Les privatisations, celle de la raffinerie comme celle de la compagnie gazière Lietuvos Dujos, où Gazprom guettait une part, empoisonnèrent la nouvelle majorité. Le 18 juin 2001, les six ministres de la Nouvelle Union claquèrent la porte, et Paksas démissionna deux jours plus tard.

L'expérience avait duré huit mois.

Le 3 juillet 2001, le Seimas investit Brazauskas par 84 voix contre 45, avec l'appui de ceux-là mêmes qui l'avaient tenu à l'écart. Paulauskas, resté au perchoir, devint son partenaire. Le vieux dirigeant gouverna jusqu'en juin 2006 et fit entrer le pays dans l'OTAN le 29 mars 2004, puis dans l'Union européenne le 1er mai. Paksas, lui, prit une autre route. Élu président de la République en janvier 2003 avec près de 55 % des voix contre Adamkus, il fut rattrapé par ses liens avec un homme d'affaires russe, Iouri Borissov, qui avait financé sa campagne à hauteur de 400 000 dollars et reçu la citoyenneté lituanienne par décret. Le 6 avril 2004, à bulletin secret, 86 députés votèrent sa destitution, un de plus que le seuil requis : aucun chef d'État européen n'avait encore été démis de cette façon. En 2011, la Cour européenne des droits de l'homme jugea disproportionnée l'inéligibilité à vie qui lui avait été infligée pour le Parlement.

Le scrutin de 2000 a laissé une leçon que Vilnius n'a pas fini de réciter. Arriver premier ne garantit rien, durer encore moins. Les sociaux-démocrates, revenus en tête aux législatives d'octobre 2024 avec 52 sièges, en font l'expérience. Gintautas Paluckas, investi en novembre 2024, a démissionné le 31 juillet 2025 après des enquêtes visant ses affaires privées. Inga Ruginien?, ancienne dirigeante syndicale, lui a succédé fin août avant de jeter l'éponge le 23 juin dernier, un peu plus de deux semaines après la rupture avec le parti populiste de l'Aube du Niémen, dont le chef, Remigijus Žemaitaitis, avait été condamné en première instance en décembre 2025 pour incitation à la haine antisémite. Le parallèle a ses limites : les gouvernements tombent aujourd'hui sur des affaires plus que sur l'arithmétique des coalitions.

Mindaugas Sinkevi?ius, 42 ans, président du parti et ancien maire de Jonava, a été approuvé le 30 juin par 80 voix et son gouvernement a prêté serment le 14 juillet. C'est le troisième Premier ministre issu du LSDP en moins de deux ans. Son attelage compte 75 élus et accueille de nouveau les démocrates de Saulius Skvernelis, alors même que l'ancien président du Parlement a perdu son immunité en avril, soupçonné d'avoir touché des pots-de-vin en espèces, ce qu'il nie.