« Je suis un absolutiste du premier amendement, et ça m'a valu beaucoup d'ennuis, d'ailleurs. » Interrogé à la fin de septembre sur l'exclusion de plusieurs médias de la Maison-Blanche, décidée par Donald Trump, Kelly Armstrong n'a pas cherché l'esquive. Lui parle à tout le monde, tout le temps, et juge la méthode meilleure.
Chez ce républicain des Grandes Plaines, la franchise tient du réflexe plus que de la tactique, et elle lui a valu deux censures de la direction de son propre parti avant de lui rapporter, au printemps, une victoire nette sur l'aile la plus dure de la droite locale.
Kelly Armstrong est né le 8 octobre 1976 à Dickinson, une ville de l'ouest pétrolier du Dakota du Nord. Il fête aujourd'hui ses 50 ans. Son père, Michael Armstrong, travaille dans l'industrie pétrolière depuis 1979 et dirige une société familiale d'exploration, The Armstrong Corporation, dont le fils détient environ 11 % et dont il a été vice-président de 2011 à 2018. Lui sort du lycée de Dickinson en 1995, obtient une licence de psychologie à l'université du Dakota du Nord, passe une année à la faculté de droit de William & Mary, en Virginie, puis revient à Grand Forks pour décrocher son diplôme de droit en 2003. L'année suivante, il épouse Kjersti Høiby, une Norvégienne devenue citoyenne américaine en 2021 ; le couple a deux enfants, Anna et Eli. Grand amateur de baseball, qu'il a joué puis entraîné, il donnera bien plus tard à son gala d'investiture des airs de stade.
Le pétrole, chez les Armstrong, n'a rien d'un décor. En 2022, selon une enquête publiée par ProPublica pendant la campagne de 2024, il touchait des redevances sur 475 puits et reconnaissait que « presque 100 % » de ses revenus hors salaire venaient du pétrole et du gaz, sans y voir le moindre conflit d'intérêts, plutôt un atout.
Avocat à Grand Forks puis à Dickinson, il entre au Sénat de l'État en 2012 et, trois ans plus tard, prend la présidence du Parti républicain du Dakota du Nord, qu'il conserve jusqu'en 2018. Cette année-là, il conquiert l'unique siège de l'État à la Chambre des représentants avec 60 % des voix. À Washington, il siège aux commissions de la Justice et de l'Énergie. Il y vote en conservateur, sans marcher au pas. Le 6 janvier 2021, il fait partie des sept républicains qui refusent par écrit de contester la certification de la présidentielle, au motif que le Congrès n'en a pas le pouvoir. En juillet 2022, il soutient la loi fédérale protégeant le mariage homosexuel, et le parti de son État rejette d'extrême justesse une motion pour le censurer. L'écart tient à deux voix.
En 2024, il brigue le poste de gouverneur laissé par Doug Burgum, qui soutient pourtant sa rivale, la lieutenante-gouverneure Tammy Miller. La primaire de juin tourne à la déroute pour elle, 73 % contre 27 %, et l'élection de novembre à la formalité, avec 68 % des suffrages. Le 15 décembre 2024, il devient le trente-quatrième gouverneur du Dakota du Nord. Il se décrit volontiers comme « Nord-Dakotais d'abord, gouverneur ensuite, républicain en troisième ».
La réforme de l'impôt foncier, adoptée en mai 2025 au dernier jour de la session, porte à 1 600 dollars le crédit accordé sur la résidence principale, plafonne à 3 % par an la hausse des prélèvements locaux et puise dans les revenus du Legacy Fund, le fonds souverain alimenté par les taxes pétrolières, pour financer quelque 473 millions de dollars d'allègements sur deux ans. Armstrong y voit la mesure la plus utile qu'il pouvait offrir à ses administrés et rêve, à terme, d'un impôt foncier ramené à zéro pour la plupart des propriétaires. Le même printemps, il oppose son veto à un texte qui visait à retirer des bibliothèques publiques les ouvrages jugés explicites. « Je ne prétends pas savoir quel sera le prochain chef-d'œuvre littéraire, mais je sais que je veux le trouver en bibliothèque », écrit-il. La direction du parti le censure en juin 2025.
La revanche est venue le 9 juin, lors de primaires républicaines où presque tous les candidats qu'il avait soutenus et financés l'ont emporté, tandis que plusieurs élus sortants engagés dans les batailles culturelles (livres, programmes scolaires) perdaient leur siège.
Le ciel budgétaire, lui, s'assombrit. En avril, le gouverneur a demandé aux grandes administrations de préparer des coupes de 10 %, pour combler un écart estimé à 748 millions de dollars entre recettes et dépenses courantes, fruit selon lui de vingt années de croissance des budgets qu'il compare à une « tempête qui couve lentement ». Sur les cours du brut, il avoue ne rien savoir. Début août, il a interdit par décret le kratom, une plante vendue sans contrôle ni limite d'âge et impliquée, d'après les services épidémiologiques de l'État, dans 23 décès depuis 2021, avant de convoquer le Parlement en session extraordinaire. La Chambre a refusé l'interdiction totale mais voté la prohibition des dérivés synthétiques et un encadrement strict de la feuille naturelle, réservée aux plus de 21 ans. « 90 % de ce que nous voulions », a résumé le gouverneur.
Le 23 septembre, il a annoncé la création d'un département du Développement de la main-d'œuvre, qui regroupera des services aujourd'hui éparpillés entre trois administrations, dans un État où le chômage ne dépasse pas 2,2 %. Quand on est très occupé, a-t-il plaidé, on n'a pas le temps de naviguer entre « sept menus déroulants sur neuf sites différents ». Rien ne dit que les parlementaires, appelés à valider la réforme, partageront cet enthousiasme.
La soixante-dixième Assemblée législative se réunira en janvier 2027 pour sa première session ordinaire depuis la réforme foncière, et c'est devant elle que se jouera l'avenir du nouveau département.