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GRENADE - ANNIVERSAIRE

Dickon Mitchell, du prétoire à l'œil du cyclone

GRENADE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PM

« Il ne reste littéralement aucune végétation, nulle part, sur l'île de Carriacou. » Au lendemain du passage de l'ouragan Beryl, entré sur la petite île du nord de l'archipel le 1er juillet 2024 en catégorie 4, le Premier ministre de la Grenade décrivait des bâtiments presque tous endommagés ou détruits, un réseau électrique quasiment rasé et des communications entièrement coupées.

Dickon Mitchell dirigeait alors le pays depuis deux ans à peine, et il venait, le jour même, de prendre pour six mois la présidence tournante de la Communauté caribéenne (Caricom). D'après une estimation rapide de la Banque mondiale, les dégâts ont atteint 218 millions de dollars, environ 16,5 % du produit intérieur brut de 2023. Le mécanisme d'assurance régional CCRIF a versé plus de 40 millions de dollars en huit jours. Les premiers bilans faisaient état d'au moins deux morts sur le territoire grenadien.

Il fête aujourd'hui ses 49 ans. Dickon Mitchell est né le 8 octobre 1977 à Petite Esperance, un village de la paroisse de Saint David, au sud-est de l'île principale. Aucun lien de parenté avec Keith Mitchell, le vétéran qu'il a délogé en 2022, malgré le patronyme. Après le Presentation Brothers College de Saint-George's, la capitale, il étudie le droit sur le campus de Cave Hill de l'université des West Indies, à la Barbade, dont il sort diplômé en 2000, puis décroche deux ans plus tard son certificat d'aptitude à la Hugh Wooding Law School, à Trinité-et-Tobago. Il plaide dès 2002. Associé du cabinet Grant, Joseph & Co. de 2005 à 2016, il fonde ensuite sa propre étude, Mitchell & Co. Un détail passe souvent inaperçu. De 2007 à 2021, l'avocat a été consul honoraire des Pays-Bas à la Grenade. C'est d'ailleurs pour garder cette fonction qu'il décline, avant son entrée en politique, une proposition de siège au Sénat venue du chef de l'opposition de l'époque, Tobias Clement. Il est père de deux enfants.

Le parti partait de loin. Le Congrès national démocratique (NDC) avait perdu les législatives de 2013 et de 2018 sur le même score, quinze sièges à zéro. Élu à sa tête le 31 octobre 2021, face à deux autres prétendants, le quadragénaire dispose de moins de neuf mois pour convaincre. Le 23 juin 2022, le NDC recueille un peu plus de 51 % des voix et remporte neuf des quinze sièges ; le nouveau venu enlève lui-même la circonscription de Saint David. Keith Mitchell, qui avait gouverné de 1995 à 2008 puis de nouveau à partir de 2013, soit plus de vingt ans au pouvoir et cinq mandats, quitte la scène sur cette défaite. Le vainqueur parle d'une victoire « surréaliste », « rien de moins qu'un miracle ». Sur Facebook, le NDC résume : « Cette victoire n'est pas la nôtre, mais la vôtre. »

Personne ne l'avait vu venir.

Au pouvoir, l'avocat garde pour lui les Finances et les Infrastructures, entre autres portefeuilles, et crée un ministère de la Mobilisation, de la Mise en œuvre et de la Transformation chargé de surveiller l'exécution des projets. Sa diplomatie assume quelques aspérités. En juillet 2025, alors que Washington menace de retirer leurs visas aux responsables caribéens associés aux programmes de médecins cubains, il choisit le 47e anniversaire des relations entre Saint-George's et La Havane pour déclarer que son pays entend « défendre ce qui est juste » et qu'il « défend l'amitié entre la Grenade et Cuba ». En juin dernier, à Toronto, il évoquait avec le Premier ministre canadien, Mark Carney, la sécurité, le commerce, le développement de la géothermie et le renouvellement du partenariat stratégique entre le Canada et la Caricom.

À Carriacou et à Petite Martinique, la reconstruction avance au rythme lent des chantiers insulaires. Le programme Build Back Better remplace les maisons les plus fragiles par des structures à ossature en béton coiffées de toits à parapet, censés mieux résister aux vents, et le gouvernement affirme avoir aidé plus de deux cents familles dès la fin de 2024, en privilégiant les fournisseurs et la main-d'œuvre locale. Le ministre Tevin Andrews annonçait l'an dernier trente-sept logements en chantier. Le chiffre paraît modeste au regard de l'île que décrivait le Premier ministre en juillet 2024, et les données publiques ne permettent pas de mesurer précisément combien de sinistrés vivent encore dans des abris provisoires. La catastrophe a en tout cas installé Mitchell dans un rôle que son parcours d'avocat d'affaires ne laissait guère prévoir, celui de chef de gouvernement en situation d'urgence.

Le temps électoral revient. En 2022, il avait promis de verser aux enseignants les salaires retenus sous l'ancien gouvernement et d'engager la Grenade sur le chemin de la république. Avec neuf sièges contre six au New National Party, sa majorité ne laisse guère de place aux défections. Les législatives doivent se tenir au plus tard en octobre 2027, et la presse régionale s'attend à un scrutin plus précoce. Lors d'une conférence de presse à Saint-George's, à la mi-septembre, le chef du gouvernement a présenté douze candidats sur quinze et promis un site internet où chacun pourra suivre, circonscription par circonscription, l'avancement des engagements d'un « manifeste du peuple » élaboré à partir de consultations locales, assorti d'une revue annuelle dans chaque communauté. Il a surtout répété que le financement de l'État demeurait « la préoccupation première » de son équipe, en misant sur les recettes non fiscales tirées de la migration d'investissement, la citoyenneté accordée contre placement, et sur la modernisation des services financiers. Ce pari sur les passeports dorés, que l'Union européenne surveille de près, pèsera sans doute plus lourd dans le bilan que les discours.

Les trois circonscriptions encore orphelines attendent leur candidat NDC, que le Premier ministre a promis de désigner dans les prochaines semaines.