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UNION EUROPEENNE - ANNIVERSAIRE

Ursula Von der Leyen, quatre censures plus tard

UNION EUROPEENNE - ANNIVERSAIRE Source : Insta de la PR

« C'était le meilleur des temps, c'était le pire des temps. » C'est par Charles Dickens, et par l'Europe de la Révolution française qu'il décrivait, qu'Ursula von der Leyen a ouvert le 16 septembre à Strasbourg son discours sur l'état de l'Union, le deuxième de son second mandat. Le pire, elle l'a chiffré sans détour. Cet « été de vérité », selon sa formule, a vu partir en fumée 660 000 hectares, disparaître douze millions de tonnes de récoltes et mourir de la chaleur plus de 35 000 personnes au-delà de la normale. Le meilleur, à l'entendre, tenait en une proposition, faire du Canada le premier « membre associé » de l'Union, un statut que les traités ne prévoient pas et qui lui a valu de longs applaudissements dans l'hémicycle.

Elle fête aujourd'hui ses 68 ans. La présidente de la Commission européenne s'adressait ce jour-là à une assemblée qui a tenté quatre fois, en un peu plus de six mois, de la renverser.

En juillet 2025, la première motion de censure, portée par des élus d'extrême droite autour des messages échangés avec le patron de Pfizer pendant la pandémie, n'a recueilli que 175 voix contre 360. Deux autres ont suivi en octobre 2025, déposées par les Patriotes pour l'Europe et par la Gauche (179 et 133 voix pour). La quatrième, le 22 janvier, visait l'accord avec le Mercosur et a échoué par 390 voix contre 165. Aucune n'a approché la majorité des deux tiers requise. Toutes ont laissé des traces. Pour sauver la présidente, socialistes, libéraux et Verts ont dû voter aux côtés d'une droite européenne dont ils dénoncent les rapprochements avec l'extrême droite, et ils ne se sont pas privés de le faire savoir. « Notre vote ne signifie pas que nous ne sommes pas critiques à l'égard de la Commission », prévenait dès l'été 2025 la cheffe des socialistes, Iratxe García Pérez. Pour la coprésidente des Verts, Terry Reintke, la motion n'était guère plus qu'une « opération de communication » de l'extrême droite.

Ursula Albrecht est née le 8 octobre 1958 à Ixelles, commune de l'agglomération bruxelloise, troisième enfant d'Ernst Albrecht, fonctionnaire des toutes jeunes institutions européennes, et de son épouse Heidi-Adele. Elle grandit parmi cinq frères et une sœur, fréquente l'École européenne de 1964 à 1971 et parle aussi bien le français que l'allemand, avant que la famille ne s'installe à Hanovre, où son père deviendra ministre-président de Basse-Saxe. En 1978, la menace d'un enlèvement par la Fraction armée rouge l'envoie à Londres, sous la protection de Scotland Yard. Sur les registres de la London School of Economics, elle s'appelle Rose Ladson. Suivront la médecine à Hanovre, le mariage en 1986 avec le médecin Heiko von der Leyen, puis un doctorat en 1991 (des chercheurs y relèveront en 2015 des passages plagiés, sans que l'école de médecine retienne l'intention de tromper).

Le couple aura sept enfants et vit dans une ferme des environs de Hanovre ; la future présidente de la Commission, cavalière accomplie, adhère à la CDU en 1990 mais ne devient ministre régionale qu'en 2003, à 44 ans.

C'est Angela Merkel qui la fait entrer au gouvernement fédéral en 2005. Ministre de la Famille, elle impose un congé parental rémunéré et le développement des crèches, au grand dam d'une partie de son camp. Viennent ensuite le Travail, en 2009, puis la Défense, en 2013 : première femme à ce poste, elle y reste plus de cinq ans, dans un ministère réputé ingrat où l'affaire des contrats de consultants, et des données effacées de ses téléphones, la suivra jusqu'à Bruxelles. En juillet 2019, les Vingt-Sept la sortent de leur chapeau pour la Commission, après avoir écarté les têtes de liste. Le Parlement l'élit avec 383 voix, neuf de plus que le seuil requis. Elle devient la première femme à diriger la Commission, et le premier Allemand depuis Walter Hallstein.

Le second mandat, entamé le 1er décembre 2024 après une réélection obtenue en juillet par 401 voix, s'est d'abord joué sur le terrain commercial, face à Washington. Le 27 juillet 2025, dans le complexe de golf de Donald Trump à Turnberry, en Écosse, elle a accepté un plafond de 15 % pour les droits de douane américains sur la plupart des produits européens et promis quelque 750 milliards de dollars d'achats d'énergie américaine, au nom de la « stabilité » et de la « prévisibilité » réclamées par les entreprises. Le montant laisse sceptiques nombre d'analystes. Le Parlement européen a approuvé l'accord en mars, assorti de conditions, puis les négociateurs européens ont accepté en mai de le mettre en œuvre, sous la menace de droits de 25 % sur les automobiles. Bruxelles a plié.

Un Kids Act, annoncé à Strasbourg, interdirait les réseaux sociaux avant 13 ans et tout compte personnel avant 15 ans. « Les plateformes devront prouver qu'elles sont sûres », a-t-elle tranché. Elle a aussi proposé un conseil européen de sécurité ouvert à l'Ukraine, au Royaume-Uni, à la Norvège et au Canada, ainsi qu'un mécanisme de consultation calqué sur l'article 4 de l'Otan face aux attaques hybrides. Depuis les bancs de l'extrême droite, Jordan Bardella a réclamé une « préférence européenne » dans les marchés publics. À gauche, Manon Aubry lui a demandé qui lui avait donné mandat pour offrir un tel statut au Canada. À Ottawa, Mark Carney a salué l'invitation. La méthode n'a guère varié depuis son arrivée en 2019 : occuper le terrain, proposer vite et large, puis laisser aux capitales la charge, plus ingrate, de freiner.

Le 22 septembre, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, elle a retrouvé le Premier ministre britannique Andy Burnham pour préparer un sommet entre l'Union et le Royaume-Uni prévu d'ici la fin de l'année. Le Royaume-Uni présidera le G20 en 2027, avec un sommet des dirigeants attendu à Manchester.