Dans un autocar garé au bord d'un verger de Rougemont, Christine Fréchette a accordé samedi une dernière entrevue téléphonique au Soleil. La cheffe de la Coalition avenir Québec venait de boucler 11 000 kilomètres de route, dans quinze des dix-sept régions. « J'entends que les Québécois veulent du changement. Parfait. Mais quel type de changement ? » Six mois après avoir succédé à François Legault, la première ministre sortante a passé sa campagne à répondre à cette question à la place des électeurs, et les sondages laissent croire qu'ils ne l'ont guère suivie.
Les bureaux de vote ont ouvert ce lundi à 9 h 30 et le resteront jusqu'à 20 heures. Près d'un électeur sur quatre (23,6 %) avait déjà voté par anticipation, avec des pointes dans la région de Québec, jusqu'à 38 % dans Louis-Hébert. L'Assemblée nationale compte désormais 127 sièges, deux de plus qu'en 2022, et il en faut 64 pour gouverner seul.
Le dernier sondage Léger, mené les 30 septembre et 1er octobre auprès d'environ 900 personnes, donne 29 % au Parti québécois, 25 % aux libéraux de Charles Milliard, 20 % aux conservateurs d'Éric Duhaime, 14 % à la CAQ et 11 % à Québec solidaire. Quatorze pour cent, pour un parti qui avait remporté 90 circonscriptions il y a quatre ans et en détenait encore 79 à la dissolution. Une semaine avant le vote, la projection du site Route127 ne lui en a laissé aucune. On se gardera d'en faire un pronostic : un vote concentré dans quelques bastions peut sauver plus de députés que la moyenne provinciale ne le suggère, et la dispersion des voix entre cinq partis rend chaque projection fragile.
Dans l'enquête Léger précédente, réalisée à la fin septembre, 74 % des répondants ont dit vouloir un nouveau gouvernement.
L'affaire qui a achevé de plomber la campagne caquiste est venue de son propre camp. Pendant une semaine, des membres de l'équipe de Christine Fréchette ont démarché des journalistes pour attirer leur attention sur des textes de la Defense Analyses and Research Corporation, un groupe de réflexion américain qui y envisage notamment de soutenir financièrement le Parti québécois. La cheffe n'en a été informée qu'au bout de sept jours, la CAQ a prévenu le Service canadien du renseignement de sécurité trois jours plus tard, et elle a dû admettre que son entourage l'avait laissée dans l'ignorance. « Soit Christine Fréchette n'a aucune idée de ce qui se passe dans son équipe [...] ou soit elle nous ment », a tranché Paul St-Pierre Plamondon. Charles Milliard, lui, a parlé de « scandale » et de « disqualification ».
Le chef péquiste aborde la journée en tête de tous les sondages publiés depuis la fin septembre, et Léger l'avait déjà placé devant Christine Fréchette (26 % contre 19 %) à la question du meilleur premier ministre. Rien n'a bougé sur le référendum. Un gouvernement péquiste nommerait un ministre chargé du processus d'indépendance à la place du ministre des Relations canadiennes. Pour la démarche, le cadre financier du parti réserve 130 millions de dollars à la démarche, dont 110 millions pour un référendum en 2029 ou en 2030, une fois Donald Trump parti de la Maison-Blanche. « On ne s'excusera pas d'être en démocratie, puis de consulter les gens », a répondu le chef à ceux qui en ont chiffré le coût. Une majorité de Québécois reste pourtant réfractaire à un troisième référendum. Avec moins d'un tiers des voix et quatre adversaires pour se partager le reste, le PQ n'a pas besoin de la convaincre : il lui suffit que les fédéralistes se dispersent.
Le calcul n'a pas échappé à Éric Duhaime. Depuis une semaine, le conservateur répète que son parti est passé deuxième chez les francophones et qu'il est le seul à pouvoir arrêter le PQ. Lui-même retente sa chance dans Arthabaska, où le PQ l'avait battu lors d'une élection partielle, et Léger lui a accordé 19 % chez les francophones à la fin septembre, contre 37 % aux péquistes. Le même discours vient de Charles Milliard, acclamé à la tête des libéraux en février, qui s'appuie sur ses 25 % à l'échelle du Québec. Et Paul St-Pierre Plamondon a lancé jeudi, à Sainte-Angèle-de-Laval, une « Opération indécis » qui demande à ses militants d'aller convaincre les hésitants.
Québec solidaire joue une autre partie. Vendredi, Ruba Ghazal s'est rendue à l'usine Siemens Énergie, en Mauricie, où une centaine de travailleurs sont en lock-out depuis 170 jours, pour promettre d'interdire cette pratique. Ses duels se jouent contre le PQ, dans Hochelaga-Maisonneuve, où Alexandre Leduc se représente, dans Rosemont et dans Jean-Lesage, où Sol Zanetti affronte Claude Villeneuve.
Christine Fréchette a bouclé sa tournée dimanche en Mauricie. Ses ministres sortants, pour plusieurs, défendent leur circonscription contre des candidats du PQ, qui cherche là les gains capables de lui ouvrir la majorité. Simon Jolin-Barrette affronte Cedric Gagnon-Ducharme dans Borduas. Dans Chambly, Jean-François Roberge fait face à Julie Guyot.