Cent deux jours sans un seul cas de transmission locale, puis quatre malades dans une même famille du sud d'Auckland. La découverte, en plein hiver austral, a fait passer la plus grande ville du pays en alerte de niveau 3 et le reste de l'archipel en niveau 2. Judith Collins, à la tête du Parti national depuis un mois à peine, a réclamé un report du scrutin prévu le 19 septembre. Elle l'a obtenu. Mais c'est Jacinda Ardern, en annonçant le 17 août que l'on voterait deux mois plus tard jour pour jour, qui a tiré profit du délai.
Avec 50,01 % des voix de parti, le 17 octobre 2020, les travaillistes ont gagné 65 sièges sur 120, de quoi gouverner seuls. Aucune formation n'y était parvenue depuis l'adoption, en 1996, de la représentation proportionnelle mixte, un mode de scrutin conçu pour forcer les partis à négocier entre eux. Il faut remonter à 1946 pour trouver un meilleur score travailliste. Pour les nationaux, 25,58 % et 33 sièges, leur plus mauvais résultat depuis 2002. Verts et ACT, la droite libérale de David Seymour, ont obtenu dix élus chacun. La participation a atteint 82,24 %, près de 2,9 millions de votants. On a vu Nouvelle-Zélande d'abord, le parti de Winston Peters, perdre ses neuf députés avec 2,6 % des voix, et le Parti maori revenir au Parlement avec deux sièges grâce à la victoire de Rawiri Waititi dans la circonscription de Waiariki.
Le vote anticipé, ouvert pendant les deux semaines précédant le jour J, avait attiré près de deux millions d'électeurs, deux sur trois.
Gerry Brownlee a perdu Ilam, dans la banlieue de Christchurch, une circonscription qu'il avait gardée depuis sa création, tandis que Nick Smith, entré au Parlement en 1990, a été battu à Nelson, que Chris Bishop a cédé Hutt South et que des terres agricoles comme Wairarapa, Rangitata ou East Coast sont passées à gauche. Dans 71 circonscriptions sur 72, les travaillistes sont arrivés en tête du vote de parti. Seule Epsom, le fief aucklandais de Seymour, a fait exception.
Pourquoi une telle vague ? Les conférences de presse quotidiennes de 13 heures, tenues pendant le premier confinement par Ardern et le directeur général de la Santé, Ashley Bloomfield, avaient rythmé la vie du pays plus sûrement qu'aucun meeting. Dans les centres commerciaux, des foules se sont pressées pour un selfie avec la Première ministre, jusqu'à déborder sur le trottoir. Le Parti national, lui, avait changé deux fois de chef en deux mois. Simon Bridges renversé en mai, Todd Muller parti au bout de cinquante-trois jours, Collins a hérité d'un parti divisé et loin derrière dans les sondages. Trois ans plus tôt, Ardern n'avait accédé au pouvoir qu'au prix d'une coalition avec Peters, faiseur de rois qui avait choisi la gauche au terme de longues négociations.
« Ce n'a pas été une élection ordinaire, et ce n'est pas une époque ordinaire », a lancé Ardern devant des centaines de partisans réunis à Auckland, avant d'évoquer un monde « de plus en plus polarisé » et d'assurer que les Néo-Zélandais venaient de montrer que ce n'était pas ce qu'ils étaient. Collins, de son côté, a reconnu un résultat remarquable pour ses adversaires et promis que les nationaux reviendraient.
Le lendemain matin, on a retrouvé la Première ministre dans un café de la ville, pressée de se mettre au travail avec sa nouvelle équipe. Sa majorité ne l'y obligeait pas, mais elle a signé avec les Verts un accord de coopération faisant de James Shaw et Marama Davidson des ministres hors du cabinet. C'est le même électorat qui, sur deux référendums organisés le jour des législatives, a pris des directions opposées. Près des deux tiers des votants ont approuvé l'aide active à mourir, entrée en vigueur un an plus tard ; le cannabis, dont Ardern avait refusé de dire si elle voterait pour sa légalisation, a été écarté de justesse.
Ce score tenait du vote de confiance sanitaire, accordé à une dirigeante plus qu'à un programme. Ardern a démissionné en janvier 2023, et son successeur Chris Hipkins a perdu le pouvoir à l'automne suivant face à Christopher Luxon, qui gouverne depuis avec ACT et Nouvelle-Zélande d'abord. Renvoyé chez lui en 2020, Winston Peters est redevenu ministre des Affaires étrangères.
L'institut Verian, dans sa dernière enquête, place nationaux et travaillistes à égalité, 28 % chacun, en vue des législatives du 7 novembre. À eux deux, 56 %, quand ils avaient dépassé 75 % en 2020. Les Verts montent à 16 %, leur meilleur résultat dans cette enquête, derrière Chlöe Swarbrick, élue pour la première fois dans une circonscription lors de la vague de 2020. « Il ne faut pas se contenter de regarder les sondages, mais comprendre que les Néo-Zélandais ont prise sur les choses », répète-t-elle, que les chiffres montent ou baissent.