Hakainde Hichilema a passé quatre mois en prison pour ne pas avoir cédé le passage. En avril 2017, sur la route de Mongu, dans l'ouest du pays, son convoi n'avait pas laissé passer celui du président Edgar Lungu, venu comme lui assister au Kuomboka, la cérémonie durant laquelle le roi des Lozi quitte en barque sa résidence inondée de la plaine du Zambèze. La police a pris d'assaut sa maison de Lusaka. Inculpé de trahison, un crime qui exclut toute libération sous caution, il n'est sorti qu'en août, quand le parquet a abandonné les poursuites après une médiation du Commonwealth. Il vient d'être réélu.
Le scrutin du 13 août lui a donné près de trois millions de voix, plus de 60 % des suffrages, contre moins de 38 % à Brian Mundubile, candidat d'une alliance d'opposition ; la participation n'a pas dépassé 57 %. Pas de second tour. Il dispose aussi, avec son parti, l'UPND, de 161 sièges dans une Assemblée élargie. Le dépouillement a été suspendu le lendemain du vote, après des attaques contre des agents électoraux et des vols de bulletins, avant de reprendre vingt-quatre heures plus tard. « Compétitive », mais disputée sur un terrain inégal : c'est le verdict de la mission d'observation de l'Union européenne. Elle a relevé des restrictions aux libertés fondamentales et l'usage de moyens de l'État.
Lungu est mort à Pretoria en juin 2025. Sa famille, qui accuse le gouvernement de l'avoir persécuté, refuse que Hichilema préside ses obsèques. Depuis plus d'un an, la dépouille fait l'objet d'une bataille devant les tribunaux sud-africains, entre ordonnances de rapatriement, appels et autopsie contestée.
Le pays n'a aucune façade maritime et touche huit voisins : la République démocratique du Congo, la Tanzanie, le Malawi, le Mozambique, le Zimbabwe, le Botswana, la Namibie et l'Angola. Sur plus de 750 000 kilomètres carrés, près d'une fois et demie la France métropolitaine, vivent environ 21 millions d'habitants, pour la plupart sur un haut plateau de 1 000 à 1 500 mètres d'altitude qui tempère la chaleur tropicale. Le Zambèze trace au sud la frontière avec le Zimbabwe et se jette près de Livingstone dans les chutes Victoria, que les habitants appellent Mosi-oa-Tunya, « la fumée qui gronde ». Plus en aval, le barrage de Kariba retient l'un des plus grands lacs artificiels du monde. La vallée de la Luangwa, à l'est, est réputée pour sa faune. Plus de soixante-dix groupes ethniques cohabitent sous la devise du père de l'indépendance, « One Zambia, One Nation », et l'anglais reste la langue officielle, à côté du bemba, du nyanja, du tonga et du lozi, les plus parlés.
C'est du Zambèze que la Zambie tire plus de 80 % de son électricité. La sécheresse de 2024 a fait tomber le lac de Kariba si bas que les turbines ont presque cessé de tourner. Lusaka a vécu au rythme de délestages qui privaient des quartiers entiers de courant la plus grande partie de la journée. Les mines ont dû importer de l'électricité.
Record, pourtant, pour le cuivre. La production a atteint environ 890 000 tonnes l'an dernier, dont près de la moitié pour le groupe canadien First Quantum, à Kansanshi et à Sentinel. « Cette année, sans aucun doute, nous dépasserons le million », a promis en janvier le ministre des Mines, Paul Kabuswe. Le gouvernement vise trois millions de tonnes par an d'ici à 2031. Il faudrait plus que tripler la production en six ans.
David Livingstone a été le premier Européen à décrire les chutes, au milieu du XIXe siècle, et il est mort près du lac Bangweulu, à Chitambo, où son cœur a été enterré au pied d'un arbre. La British South Africa Company de Cecil Rhodes a ensuite obtenu des concessions des chefs locaux, dont le roi des Lozi, et le territoire a pris le nom de Rhodésie du Nord. Entre les deux guerres, les mines du Copperbelt ont attiré des dizaines de milliers d'ouvriers africains. Londres a fondu le territoire en 1953 dans une fédération avec la Rhodésie du Sud et le Nyassaland, dominée par les colons blancs de Salisbury. L'indépendance est arrivée le 24 octobre 1964, avec Kenneth Kaunda à la présidence, mais dès l'année suivante la Rhodésie de Ian Smith a proclamé unilatéralement la sienne et coupé à la Zambie ses routes vers le sud. Pékin a alors proposé ce que les Occidentaux et la Banque mondiale avaient refusé de financer : une voie ferrée de 1 860 kilomètres jusqu'au port tanzanien de Dar es Salaam. Des milliers d'ouvriers chinois l'ont achevée au milieu des années 1970.
Cinquante ans plus tard, la Chine reprend la main sur la ligne : une concession de trente ans, signée l'an dernier avec la Zambie et la Tanzanie, confie à l'entreprise publique chinoise CCECC sa remise en état et son exploitation, pour 1,4 milliard de dollars d'investissements. Les États-Unis et l'Union européenne financent de leur côté, pour plus de 6 milliards de dollars, le corridor de Lobito, qui doit relier le Copperbelt à l'Atlantique par l'Angola. Reste à construire la branche zambienne, dont le bouclage financier est espéré pour 2027. Et Lusaka étudie un troisième corridor, par le Zimbabwe jusqu'aux ports mozambicains de Beira et de Maputo, pour multiplier les débouchés.
Le cuivre assure environ 70 % des recettes d'exportation du pays.
Kenneth Kaunda a gouverné le pays pendant vingt-sept ans. Il avait nationalisé les mines à la fin des années 1960 et fait du cuivre la caisse de l'État. Puis les cours se sont effondrés, à partir de 1975. Les recettes ont fondu. Il avait entre-temps instauré le parti unique, tout en accueillant à Lusaka les mouvements de libération d'Afrique australe, dont l'ANC sud-africain. Frederick Chiluba, ancien syndicaliste, l'a largement battu en 1991, lors du retour au multipartisme. Les mines ont été privatisées ensuite. Deux présidents sont morts en fonctions, Levy Mwanawasa puis Michael Sata. La dette a explosé sous Edgar Lungu, qui a multiplié les emprunts pour des routes et des aéroports, jusqu'au défaut de paiement de novembre 2020, le premier d'un pays africain pendant la pandémie. Il a fallu près de quatre ans pour la restructurer avec la Chine, premier créancier bilatéral, et les porteurs d'obligations.
Le premier Conseil des ministres du second mandat a adopté le 17 septembre le cadre du budget 2027, sous le mot d'ordre « Grow Zambia ». Création d'emplois, inflation à un chiffre, stabilité du kwacha : la liste des priorités ne comporte encore aucun chiffre de recettes ni de dépenses. Les réserves de change couvrent désormais plus de trois mois d'importations.