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INDONESIE - ANNIVERSAIRE

Prabowo Subianto, l'ancien banni du palais Merdeka

INDONESIE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Prabowo Subianto a plaidé le 3 septembre, sur la scène du Forum économique oriental de Vladivostok, pour un pont commercial entre l'Eurasie et l'Asie du Sud-Est. « L'Indonésie ne veut rejoindre aucune alliance militaire, mais nous cherchons à rejoindre des alliances économiques », a lancé le président indonésien, qui espère recevoir Vladimir Poutine dans son pays. Indonésie et Russie seraient, selon lui, les portes d'entrée de leurs régions. Pas une alliance contre qui que ce soit, a-t-il précisé, mais un partenariat pour la prospérité de tous. Il s'est entretenu le même jour avec le chef du Kremlin, qu'il avait déjà rencontré l'an dernier à Saint-Pétersbourg. Son pays a rejoint les BRICS en janvier 2025.

Prabowo fête ses 75 ans ce samedi. Il est né le 17 octobre 1951 à Jakarta, fils de l'économiste Sumitro Djojohadikusumo, ministre sous Soekarno puis sous Suharto, et de Dora Marie Sigar, une protestante originaire de Minahasa, dans le nord de Sulawesi. Brouillé avec Soekarno, Sumitro rejoint à la fin des années cinquante une rébellion régionale, et sa famille part en exil pour une dizaine d'années. L'enfant passe par la Suisse, Singapour et la Malaisie avant Londres, où il fréquente l'American School. Retour à Jakarta après la chute de Soekarno. C'est au Timor oriental, envahi par l'Indonésie l'année précédente, que le jeune officier des forces spéciales est affecté en 1976, deux ans après être sorti de l'académie militaire de Magelang dans la même promotion que Susilo Bambang Yudhoyono, futur président lui aussi. Ses hommes y abattent deux ans plus tard Nicolau Lobato, vice-président du Fretilin, le mouvement indépendantiste.

Treize militants enlevés dans les derniers mois du régime Suharto n'ont jamais été retrouvés, et leurs proches se tiennent chaque jeudi depuis près de vingt ans, sous des parapluies noirs, devant le palais Merdeka, où siège aujourd'hui Prabowo.

Lors de son investiture en octobre 2024, il est devenu à 73 ans le plus âgé des présidents indonésiens à entamer un premier mandat, et son programme phare, des repas gratuits pour les écoliers et les femmes enceintes, a démarré trois mois plus tard. Plus de 16 000 élèves avaient été intoxiqués dix mois après son lancement. Le ministère de la Santé a mis en cause l'hygiène des cuisines, et le président a parlé d'un taux de « 0,0007 % ». Il a aussi créé Danantara, un fonds souverain chargé de gérer les participations de l'État. Cent trois ministres et vice-ministres composent son gouvernement, le plus nombreux depuis les débuts de l'ère Suharto. Des émeutes ont éclaté fin août 2025 dans plusieurs villes, après la mort d'un livreur à moto, Affan Kurniawan, écrasé par un véhicule blindé de la police pendant une manifestation contre les indemnités des députés. Sri Mulyani Indrawati, la ministre des Finances que les marchés tenaient pour un gage de sérieux, a quitté le gouvernement lors du remaniement qui a suivi. Le président s'est dit prêt, à la tribune des Nations unies, à envoyer 20 000 soldats ou davantage à Gaza si le Conseil de sécurité le décidait.

Au lendemain de la chute de Suharto, Prabowo a reconnu avoir fait enlever neuf militants, tous relâchés, en assurant avoir agi sur ordre (il a toujours nié tout lien avec les treize disparus). Il était l'ancien chef des forces spéciales Kopassus et le gendre de Suharto, dont il avait épousé la fille, Titiek ; en mai 1998, il commandait la réserve stratégique de l'armée quand le régime s'est effondré. Un conseil d'honneur des officiers a conclu qu'il avait « mal interprété les ordres ». Renvoi de l'armée. Il s'est exilé pour plusieurs années en Jordanie, auprès de son ami le futur roi Abdallah II, et s'est séparé de sa femme. Aucun tribunal ne l'a jugé. Washington lui refusera longtemps un visa.

Le retour passe par les affaires de son frère cadet Hashim, dans le papier, le charbon et l'huile de palme, puis par Gerindra, le Mouvement pour une grande Indonésie, qu'il fonde en 2008. Trois défaites suivent. Il échoue comme colistier de Megawati Sukarnoputri, puis deux fois face à Joko Widodo. Chaque fois, il dénonce une fraude massive. Sans succès. En juillet 2019, pourtant, il serre la main de son vainqueur dans une rame du métro de Jakarta, et le voici trois mois plus tard ministre de la Défense. Il commande à ce poste 42 Rafale à la France et achète des sous-marins Scorpène. Au Dialogue Shangri-La de Singapour, devant les responsables de la défense de toute l'Asie, il présente un plan de paix pour l'Ukraine que Kiev qualifie de « plan russe ». Le ministère conduit également un projet de « domaine alimentaire » de plusieurs dizaines de milliers d'hectares de rizières au Kalimantan central.

C'est la dernière campagne qui a changé son image. Ses partisans ont fait sur TikTok de ce septuagénaire qui danse sur les estrades un personnage « gemoy », mot d'argot jakartanais pour ce qui est mignon et potelé. Gibran Rakabuming Raka, son colistier de 36 ans, est le fils aîné de Widodo, et c'est son oncle qui présidait la Cour constitutionnelle quand elle l'a rendu éligible. Le ticket gagne au premier tour avec 58,6 % des voix, sur la promesse de prolonger l'œuvre de Widodo. Et Bobby a déménagé. Ce chat errant, recueilli il y a près de dix ans près de la maison familiale de la rue Kertanegara, dont il porte le nom, vit désormais au palais Merdeka. Il se promène dans une poussette personnalisée et compte un million d'abonnés sur Instagram. Bill Gates l'a même croisé.

La guerre avec l'Iran a obligé le gouvernement à réduire les repas gratuits en mars. En juin, la hausse du prix des carburants et la chute de la roupie ont ramené les étudiants dans la rue. Le chef de l'État a réuni il y a un peu plus de deux semaines, au palais Merdeka, plusieurs ministres pour préparer les aides sociales du dernier trimestre. Le 27 août, des émeutes avaient éclaté autour du Parlement. Un homme de 59 ans y a été tué, lynché selon des médias indonésiens par des membres de GRIB Jaya, une organisation proche du pouvoir ; un commissariat a brûlé et la police a procédé à 322 interpellations. Plus tôt dans la journée, des habitants de Pati venus à Jakarta avaient réclamé devant les députés une loi permettant de confisquer les avoirs d'origine illicite, un texte en souffrance au Parlement, et ceux-ci se sont engagés à la voter avant le 15 décembre.