Sur une affiche d'ANO à Plzen, Lumir Aschenbrenner apparaît aux côtés de Lucie Kantorova. Le sénateur de l'ODS n'a rien demandé. Mais battu dès le premier tour après douze ans de mandat, il a fait savoir qu'il ne soutiendrait pas Karel Rehka, l'ancien chef d'état-major général arrivé devant lui sous les couleurs des Maires et indépendants, le STAN, et le mouvement d'Andrej Babis a cru voir là une porte entrouverte. Procédé inacceptable, a tranché Martin Kupka, président de l'ODS. On a aussi interrogé Rehka sur ses racines. « Je n'ai jamais prétendu être né à Plzen », a protesté ce natif de Tisnov, installé dans la ville depuis deux ans et demi.
Depuis vendredi 14 heures, vingt-deux circonscriptions départagent leurs deux finalistes, et le bulletin jaune voyage seul cette fois, sans la grande feuille des municipales, jusqu'à la fermeture des bureaux samedi à 14 heures. Cinq sièges sur vingt-sept ont été pourvus la semaine dernière, ce qui égale le record de 2024, a relevé Eva Krumpova, première vice-présidente de l'Office tchèque de statistique. Aucun pour ANO. Avec près de 62 % des voix, Jan Grolich a balayé Vyskov peu après avoir pris la tête des chrétiens-démocrates de la KDU-CSL. Les Maires ont emporté Decin et Trutnov, TOP 09 a gardé Rychnov nad Kneznou avec Jan Grulich, et Strakonice reste à Tomas Fiala, élu sous l'étiquette de Nase Cesko, le jeune mouvement de Martin Kuba.
Babis a pourtant qualifié de succès les résultats de son camp. Il lui reste treize candidats en course, sur les vingt-quatre circonscriptions où ANO s'était présenté, et il s'attend à voir les autres partis se liguer contre eux. Sa consigne tient en deux phrases : « La tactique pour le second tour, c'est que nos électeurs votent pour des femmes. Nous en avons sept. » En saluant le score de son candidat à Prerov, il a aussi reconnu que son mouvement ne savait toujours pas s'y prendre avec le Sénat. On se souvient que le même homme écrivait, il y a une dizaine d'années, dans un livre-programme, que supprimer la chambre haute « ne serait pas une expérience bien hasardeuse ». D'autres soucis l'occupaient cette semaine. Début octobre, il avait échappé à une motion de censure en partie liée au dérapage du déficit budgétaire. Le Conseil européen l'a retenu jeudi à Bruxelles pendant que Karel Havlicek, l'un de ses principaux lieutenants, voyageait en Inde. Résultat, ses candidats ont fait campagne presque seuls.
L'enjeu, pour le gouvernement, reste modeste, puisque même vainqueur de ses treize duels, ANO resterait sous la barre des trente sénateurs sur 81, très loin des 41 qui font la majorité absolue. Kupka l'a dit sans détour : l'opposition gardera la main quoi qu'il arrive, et il espère que Milos Vystrcil, de l'ODS, conservera la présidence. La chambre haute pourra donc continuer de renvoyer aux députés ce qui lui déplaît, comme elle l'a fait avec les textes sur la migration et l'administration publique, et comme elle pourrait le faire avec le retour de l'enregistrement électronique des ventes.
C'est à Ceska Lipa qu'ANO a mis le plus d'efforts, face à un homme que Babis tient pour l'un de ses pires ennemis. Martin Puta préside la région de Liberec et mène le mouvement régional SLK. Au premier tour, la députée et ancienne maire Jitka Volfova l'a devancé d'environ trois points. Contre lui pèse une condamnation non définitive dans une affaire de corruption liée à la reconstruction d'une église de Liberec, et Volfova, qui promet de ne pas mener une campagne haineuse, ne se prive pas de rappeler que « les affaires de monsieur le président de région planent ici ». « Nous ferons les choses à notre façon, comme jusqu'ici », a répondu l'intéressé, cité par Seznam Zpravy.
Le sortant du STAN David Smoljak a obtenu 48,9 % à Prague 9. Face à lui, la cantatrice de l'ODS Dagmar Peckova n'a pas dépassé 23 %, comme le prévoyait le politologue Lukas Jelinek. À Prague 1, Jiri Padevet a fait mieux encore, avec 49,6 %. Son adversaire, Jan Cizinsky, n'en a pas obtenu 28. Deux femmes d'ANO partent de loin : Lucie Barankova Vilamova, à Ostrava, accuse seize points de retard sur le sortant de l'ODS Ondrej Simetka, et Sandra Tsoukernik doit en remonter treize à Cheb sur Miroslav Plevny. Et Kantorova, à Plzen, était partie d'environ 27 %. Seul Prerov s'annonce vraiment indécis, un point à peine séparant Jakub Navarik, de l'ODS, de Petr Vrana, d'ANO.
Les partenaires de Babis ne figurent dans aucun de ces duels.
Seize candidats pour le SPD de Tomio Okamura, davantage qu'ANO, sans accord avec lui : le site Echo24 avait prévenu que cette dispersion coûterait cher. Aucun n'a passé le premier tour. Et le parti, qui s'y attendait, doit négocier avec ANO sa position pour le second. Quant aux Motoristes de Petr Macinka, ils avaient choisi de ne pas livrer de batailles perdues et n'ont personne non plus. Aux municipales, ANO a gagné six capitales régionales, deux de moins qu'en 2022. De quoi permettre à Matej Ondrej Havel, président de TOP 09, d'affirmer que le gouvernement ne contrôle pas le pays.
Combien d'électeurs reviendront ? Au premier tour, 43 % des inscrits avaient voté, contre à peine plus de 30 % il y a deux ans, entraînés par des municipales qui en ont attiré 47 %. Le second tour de 2024 était tombé à 17,5 %, une chute que Lubomir Kopecek, politologue à l'université Masaryk de Brno, attribue aux électeurs qui ont perdu leur candidat ou que les deux finalistes rebutent. Sans scrutin local pour les pousser vers l'isoloir, la pente risque d'être plus raide encore ce week-end. Les premiers résultats sont attendus samedi après la fermeture des bureaux.