Vingt-deux sièges, au mieux. La plupart des sondages publiés en Israël ces dernières semaines n'accordent pas davantage au Likoud, qui en détient 32 dans la Knesset sortante, et Benyamin Netanyahou connaît ces chiffres mieux que quiconque. Il fête ses 77 ans ce mercredi, à six jours des législatives du 27 octobre, et le pays vient de commémorer, pour la troisième fois, les quelque 1 200 morts de l'attaque lancée par le Hamas en octobre 2023. C'est sur ce jour-là, bien plus que sur son âge, que les électeurs vont le juger.
D'après les relevés compilés par le site américain Axios, son camp oscille entre 50 et 54 députés, loin des 61 qu'exige une majorité, et seule Channel 14, chaîne acquise au Premier ministre, lui en promet 63. Depuis l'attaque, tous les responsables de la sécurité alors en poste ont démissionné. Pas lui. Un « État profond » l'aurait, à l'en croire, laissé dans l'ignorance. Et il poursuit en justice plusieurs médias qui ont rapporté, après le quotidien Haaretz, que le président émirien Mohammed ben Zayed l'avait mis en garde quelques jours avant le massacre. Il dément. En face, Naftali Bennett conduit une liste commune avec Yair Lapid, tandis que Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major qui a perdu un fils dans la guerre de Gaza, a lancé son propre parti.
Que reste-t-il du « Monsieur Sécurité » vendu aux électeurs pendant trente ans ? La question n'a rien d'abstrait pour un homme dont la carrière publique est née d'un deuil.
Yonatan, son frère aîné, est mort à Entebbe, en Ouganda, seul commando israélien tué pendant le raid qui a libéré les otages d'un avion d'Air France.
À Boston, Benyamin étudiait alors au MIT, où il a obtenu un diplôme d'architecture puis un autre en gestion. C'est lui qui a pris la route d'Ithaca, dans l'État de New York, pour annoncer la nouvelle à ses parents. Benzion Netanyahou, historien de l'Inquisition espagnole et ancien secrétaire de Zeev Jabotinsky, le fondateur du sionisme révisionniste, enseignait à l'université Cornell et avait installé la famille aux États-Unis au début des années 1960. L'adolescent, né le 21 octobre 1949 à Tel Aviv, avait fini sa scolarité dans un lycée de la banlieue de Philadelphie. À 18 ans, retour en Israël : cinq années dans la Sayeret Matkal, unité d'élite de l'armée, et une blessure lors de l'assaut contre un avion de la Sabena détourné sur l'aéroport de Lod. Un institut contre le terrorisme, fondé après la mort de Yonatan, a porté le nom du frère disparu. Dans les couloirs du Boston Consulting Group, où il a travaillé quelque temps, on le connaissait sous un nom plus facile à prononcer pour des Américains : Ben Nitay.
Suivent Washington, comme numéro deux de l'ambassade, puis l'ONU, où il a été ambassadeur quatre ans, et la Knesset dès son retour. Le vice-ministre des affaires étrangères qu'il est devenu a répondu en direct à CNN, pendant la guerre du Golfe, lors d'une alerte aux missiles Scud irakiens, un masque à gaz sur le visage. Pas d'accent, une aisance de plateau. Au Likoud, on l'a porté à la présidence du parti en 1993.
La nuit électorale de 1996 a laissé un souvenir cuisant à la gauche. À la fermeture des bureaux, les chaînes de télévision avaient donné Shimon Peres vainqueur, et ses partisans avaient commencé à fêter. Le dépouillement a inversé l'ordre au petit matin. Pour la première élection du Premier ministre au suffrage direct, Netanyahou l'a emporté avec moins de 30 000 voix d'avance. Il avait 46 ans. Aucun chef de gouvernement israélien n'avait été aussi jeune, et aucun n'était né après la création de l'État.
On aurait tort, pour cette raison au moins, de lire les sondages de cet automne comme un avis de décès politique.
Le reste se résume vite, même s'il couvre trois décennies. Ehud Barak l'a battu trois ans après. Il a ensuite été ministre des finances d'Ariel Sharon, puis a démissionné pour protester contre le retrait de Gaza, avant de retrouver la tête du gouvernement en 2009 et de la garder douze ans, assez pour dépasser la longévité de David Ben Gourion et signer les accords d'Abraham avec les Émirats arabes unis et Bahreïn. Sa vision du monde, il l'avait résumée devant le Congrès américain, venu combattre l'accord sur le nucléaire iranien contre l'avis de Barack Obama : « L'époque où le peuple juif restait passif face à des ennemis génocidaires, cette époque est révolue. »
Netanyahou a été inculpé en 2019 pour corruption, fraude et abus de confiance dans trois dossiers, et son procès n'a jamais cessé depuis. En 2021, une alliance hétéroclite conduite par ce même Bennett l'a renversé, mais il est revenu fin 2022 à la tête du gouvernement le plus à droite de l'histoire du pays, avec Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir. Puis il y a eu la réforme judiciaire, les manifestations du samedi soir, le 7 octobre, la guerre, puis un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, qu'il récuse, et enfin, à la fin de 2025, une demande de grâce adressée au président Isaac Herzog. Une victoire le 27 lui donnerait plus de prise sur la suite de la procédure, observe Axios. Voilà l'enjeu le moins avoué de sa campagne.
Netanyahou n'a rien dit d'une éventuelle défaite. Une Knesset sans majorité, si aucun bloc n'atteint 61 sièges, le maintiendrait au pouvoir comme chef d'un gouvernement de transition, le temps que d'autres tentent de bâtir une coalition qu'il a passé sa vie à défaire.