Quatre étoiles accompagnent le croissant sur le drapeau comorien, et quatre bandes de couleur le traversent, une par île. À Mayotte revient la blanche. Aucun gouvernement de Moroni n'y a pourtant exercé la moindre autorité depuis l'indépendance.
Azali Assoumani l'a rappelé devant l'Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre. « Les Comoriens sont chez eux à Mayotte », a lancé le chef de l'État, pour qui la souveraineté de son pays sur l'archipel « n'est pas à vendre ». Il a invoqué la résolution qui avait admis les Comores à l'ONU quelques mois après l'indépendance et qui réclamait déjà le respect de l'unité des quatre îles. Rien de neuf, à vrai dire. Et la revendication revient presque chaque automne à New York sans rien changer sur place.
L'archipel ferme l'entrée nord du canal du Mozambique, entre la côte africaine et Madagascar. Grande Comore, Anjouan et Mohéli, les trois îles de l'Union, couvrent à peine 1 860 kilomètres carrés, moins que La Réunion, pour quelque 870 000 habitants presque tous musulmans. On y parle le shikomori, le français et l'arabe, les trois langues officielles. Elles sont toutes volcaniques. Le Karthala, sur la plus grande, s'élève à 2 361 mètres et garde l'un des plus vastes cratères encore actifs du monde : il y a une vingtaine d'années, ses cendres sont retombées sur Moroni et ont souillé les citernes où l'on recueille l'eau de pluie. Sur les plages de Mohéli, protégées par un parc marin, pondent les tortues vertes, et Anjouan distille l'ylang-ylang, dont l'archipel reste l'un des premiers producteurs mondiaux. Il n'y a que 70 kilomètres de mer entre Anjouan et Mayotte.
Mayotte est devenue en 2011 le 101e département français.
Le partage s'est fait sur une règle de calcul. En décembre 1974, lors du référendum d'autodétermination, plus de 95 % des électeurs de ce qui était alors un territoire français d'outre-mer ont choisi l'indépendance. Mais à Mayotte, où les notables redoutaient de passer sous la coupe de la Grande Comore, près de 64 % ont voté non. On avait laissé entendre, à Paris, que les voix seraient additionnées. Le Parlement en a décidé autrement au début de l'été suivant, en exigeant que la future Constitution soit approuvée île par île. Ahmed Abdallah n'a pas attendu davantage et a proclamé, le 6 juillet 1975, l'indépendance des quatre îles. Les Mahorais, consultés à part, ont choisi la France à plus de 99 %, après que Paris eut opposé son veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité qui lui demandait de renoncer à ce scrutin.
On compte une vingtaine de coups d'État, réussis ou manqués, sur les trois autres îles depuis l'indépendance. Bob Denard a trempé dans plusieurs. Moins d'un mois après la proclamation, le mercenaire français avait aidé Ali Soilih à chasser Abdallah. Il a débarqué de nuit en mai 1978 avec une quarantaine d'hommes pour réinstaller ce dernier. Soilih, qui avait voulu abolir le grand mariage et rogner le pouvoir des notables, a été abattu peu après, officiellement en tentant de s'enfuir. Pendant onze ans, le Français a commandé la garde présidentielle et s'est converti à l'islam, jusqu'à ce qu'Abdallah soit tué dans sa résidence en 1989 dans des circonstances jamais élucidées. Et puis le retour, six ans après, à 66 ans, avec une trentaine d'hommes à bord de pneumatiques, pour renverser le président Saïd Mohamed Djohar. Il a suffi d'une semaine aux parachutistes français pour mettre fin à l'aventure, et Denard s'est rendu sans combattre.
Une bonne part de l'économie se joue à Marseille, où vit la plus nombreuse communauté comorienne hors des îles. Selon la Banque mondiale, les transferts de la diaspora pèsent environ un cinquième du produit intérieur brut. Le franc comorien est arrimé à l'euro. Mais d'autres Comoriens partent plus près. Depuis le visa imposé par le gouvernement Balladur pour entrer à Mayotte, des dizaines de milliers d'Anjouanais ont tenté la traversée en kwassa-kwassa, ces barques de pêche surchargées qui quittent l'île de nuit. Combien n'en sont pas revenus ? Un rapport du Sénat avançait, il y a une quinzaine d'années, le chiffre de sept à dix mille morts.
Et l'archipel a bien failli se défaire de l'intérieur. Anjouan puis Mohéli ont fait sécession en 1997, et les séparatistes anjouanais ont hissé des drapeaux tricolores en réclamant leur rattachement à la France, qui a refusé. C'est au nom de l'unité que le colonel Azali Assoumani a pris le pouvoir à Moroni deux ans plus tard. Les accords de Fomboni ont fait naître l'Union des Comores : chaque île a reçu son gouvernement, et la présidence devait tourner de l'une à l'autre. Anjouan s'est encore rebellée. Il a fallu en 2008 une opération de soldats comoriens appuyés par l'Union africaine pour chasser d'Anjouan Mohamed Bacar, qui s'est enfui en vedette vers Mayotte, avant d'être expulsé vers le Bénin.
Azali Assoumani, lui, n'a guère quitté le pouvoir. Il a été élu après avoir gouverné en militaire, puis a cédé la place en 2006 comme le voulait la rotation, avant de revenir en 2016, quand le tour de la Grande Comore est arrivé. Un référendum a modifié la Constitution en 2018 pour lui permettre d'enchaîner deux mandats. Il en a profité. Réélu l'année suivante, il l'a encore été dès le premier tour en janvier 2024, avec près de 63 % des voix, un résultat que l'opposition a rejeté et qui a provoqué des émeutes à Moroni. Six mois plus tard, un décret a confié des pouvoirs étendus à son fils, Nour El Fath Azali, secrétaire général du gouvernement. On y lit, dans l'opposition, une succession en préparation.
Le gouvernement a relevé en mai de 46 % le prix du gazole et de 35 % celui de l'essence, et les manifestations qui ont suivi ont fait des morts. Une semaine plus tard, le président a suspendu la hausse, le temps de nouvelles discussions.