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ARGENTINE - ANNIVERSAIRE

Javier Milei, le président qui ne croit plus les thermomètres

ARGENTINE - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Sur le plateau de La Cornisa, un dimanche soir de la fin septembre, Javier Milei a écarté le mot que la plupart des économistes argentins avaient en tête. Récession ? Non, a-t-il répondu au journaliste Luis Majul, un simple « ralentissement du rythme d'expansion ». Les séries corrigées des variations saisonnières mesureraient mal une économie en pleine transformation et les indicateurs « donnent n'importe quoi ». Et le taux de pauvreté publié peu avant ? « Une vieille photo ». Étrange argument chez un homme qui a passé vingt ans à commenter des courbes devant les caméras. Il a ajouté qu'il ne toucherait pas à son programme.

Ces courbes sortent de l'INDEC, l'institut national de statistique. En juillet, l'activité a reculé de près de 3 % d'un mois sur l'autre, sa plus forte baisse depuis six ans. La pauvreté a touché 32,3 % des Argentins au premier semestre. Quant au chômage, monté à près de 8 %, on ne l'avait pas vu aussi haut depuis l'arrivée de Milei à la Casa Rosada. Les marchés ont suivi, et le risque pays a franchi les 640 points, son plus haut niveau de l'année, loin des 402 points de juillet.

Milei a aussi assuré, dans le même entretien, que 20 000 « terroristes » avaient été expulsés depuis janvier. Aucune statistique officielle publiée ne permet de vérifier ce chiffre, et les données du ministère citées par La Nación recensent moins de 1 700 personnes refoulées à l'entrée du territoire.

Il avait déjà changé de terrain au début du mois, avec une cote d'approbation retombée à 34 % selon Al Jazeera. Une allocution télévisée lui a suffi pour menacer de sanctions les entreprises qui forent au large des Malouines sans l'accord de Buenos Aires, à commencer par le britannique Rockhopper et l'israélien Navitas, associés sur le gisement Sea Lion. Seraient visés aussi fournisseurs, actionnaires et dirigeants, qui pourraient se voir interdire toute activité en Argentine. Le groupe Rockhopper dit n'attendre aucun effet notable sur le projet. On l'accuse, dans l'opposition, d'exploiter à des fins électorales le seul dossier qui rassemble encore les Argentins, de droite comme de gauche.

Javier Milei fête ses 56 ans ce jeudi. Il est né le 22 octobre 1970 à Buenos Aires, dans le quartier de Palermo, et a grandi à Villa Devoto entre un père chauffeur d'autobus devenu entrepreneur et une mère au foyer, avec lesquels il a cessé de parler pendant une dizaine d'années. La réconciliation est venue pendant sa première campagne.

On l'appelait déjà « el Loco » au collège catholique. Gardien de but à Chacarita Juniors jusqu'à la fin des années 1980, il a aussi chanté dans Everest, un groupe de reprises des Rolling Stones. L'économie est venue ensuite, avec un diplôme de l'université de Belgrano et des cursus de troisième cycle jamais achevés. Suivent quinze années comme économiste en chef chez Corporación América, le groupe d'Eduardo Eurnekian. Et la télévision, enfin. Un classement de la société Ejes en a fait l'économiste le plus interviewé du petit écran, avec 235 passages en une année. C'est là, à force d'invectives contre « la caste », qu'il s'est fait un public.

Sa sœur Karina, qu'il surnomme « le chef », a organisé chacune de ses campagnes avant de devenir secrétaire générale de la présidence.

Élu député de la capitale en 2021, il a fait campagne pour la présidentielle suivante une tronçonneuse à la main. Il taillerait dans l'État, supprimerait la Banque centrale. Ses chiens ont fait le reste de sa légende. Conan, son mastiff mort, a été cloné, et les copies portent des noms d'économistes : Milton, Murray, Robert, Lucas. Il a battu au second tour le ministre de l'Économie péroniste Sergio Massa avec près de 56 % des voix.

Les prix ont grimpé de plus de 25 % le premier mois de son mandat, mais la hausse mensuelle est retombée à 1,5 % à l'été 2025. Du prix payé, les Argentins gardent la mémoire : quelque 52 000 postes supprimés dans l'administration fédérale, des salaires réels amputés de plus d'un cinquième au départ, une pauvreté passée au-dessus de la moitié de la population au premier semestre 2024. La loi « Bases », votée en juillet de cette année-là, lui a donné les pouvoirs qu'il réclamait. Puis sont venues les affaires. Il y a eu la cryptomonnaie $LIBRA, promue par le président sur X avant de s'effondrer. Et puis les enregistrements de Diego Spagnuolo, l'ancien patron de l'agence du handicap, qui évoquait des commissions sur des contrats publics et mettait en cause Karina Milei. Milei a reconnu une erreur pour la première. Sur la seconde, il n'a rien concédé.

Son meilleur moment reste les législatives de mi-mandat d'octobre 2025, qu'il avait abordées en mauvaise posture. Un mois plus tôt, la province de Buenos Aires avait voté massivement péroniste. Washington est alors intervenu, le secrétaire au Trésor Scott Bessent annonçant une ligne d'échange de 20 milliards de dollars. Son parti, La Libertad Avanza, a largement gagné le scrutin national et à peu près triplé sa présence au Congrès, ce qui lui a permis de faire adopter en février la libéralisation du droit du travail que les syndicats combattaient depuis le premier jour.

Depuis, l'homme s'est tourné vers le monde. L'Argentine a quitté l'Organisation mondiale de la santé au printemps et Milei, qui se décrit comme le président « le plus sioniste du monde », s'est rendu pour la troisième fois en visite d'État en Israël. À la tribune des Nations unies, le 23 septembre, il a reproché à l'organisation d'avoir rompu son « pacte sacré » et défendu son refus de réglementer l'intelligence artificielle par avance. C'est à propos des Malouines qu'il a eu cette phrase : « Ce ne sont pas les mots ni les résolutions qui manquent. Ce qui manque, ce sont les conséquences. »

Il se dit « calme » à l'approche de la présidentielle de 2027.