Une salle des Nations unies, un diplomate français et une réponse qui ne disait ni oui ni non. À New York, le 5 octobre, l'adjoint du représentant permanent de la France a expliqué que le dialogue avec Papeete existait déjà et que l'État consacrait beaucoup d'argent au territoire. Aucune annonce sur la mission de visite réclamée par la Polynésie française. Moetai Brotherson est reparti avec des informations qu'il a jugées « dissonantes ». « Maintenant, il faudra recaler et revérifier avec Paris », a déclaré le président polynésien, qui compte s'adresser directement à l'Élysée et préfère « attendre la réponse du Président de la République ».
Né le 22 octobre 1969 à Papeete, il fête ses 57 ans ce jeudi. Trois ans et demi après son élection, il gouverne sans majorité absolue, à la tête d'un camp indépendantiste coupé en deux, et n'a pas changé de calendrier : dix à quinze ans avant un référendum.
Sa méthode tient en trois temps : informer la population sur les statuts possibles, accueillir une mission des Nations unies, puis convenir avec l'État d'un calendrier qui mène à une consultation. Argument juridique. L'ONU a son mot à dire depuis que l'Assemblée générale a réinscrit la Polynésie sur la liste des territoires non autonomes, en 2013, et un tête-à-tête avec Paris contredit cette inscription. Il a rappelé que la Nouvelle-Calédonie voisine avait bien reçu de telles missions, et jugé le refus français dénué de sens diplomatique ; l'Assemblée de la Polynésie française avait voté fin septembre une résolution demandant à la France d'accepter le principe d'une visite. Cinquante-trois élus pour, sur 57.
Il connaît New York : diplômé de l'École internationale des sciences du traitement de l'information, l'ingénieur informaticien a travaillé en France, au Japon, en Allemagne puis aux États-Unis. Un rendez-vous chez Siemens l'attendait dans l'une des tours jumelles, le matin du 11 septembre 2001. Retour à Tahiti après les attentats. Son père lui a transmis une ascendance en partie danoise. Il a grandi à Punaauia et compte des parents biologiques installés à Huahine comme des parents adoptifs tahitiens. Quelques années après ce retour, il a publié un roman, *Le Roi absent*.
L'expédition de la pirogue *O Tahiti Nui Freedom*, partie de Tahiti pour rallier Shanghai, l'a compté parmi ses participants.
C'est à Faa'a, la commune d'Oscar Temaru, qu'il a appris le métier. Conseiller municipal, puis adjoint au maire, il a travaillé dans les cabinets, auprès d'Émile Vernaudon, chargé des Postes et Télécommunications, et comme directeur de cabinet du vice-président Antony Géros. Aux législatives de 2017, distancé au premier tour dans la troisième circonscription, il a gagné le second avec 52,5 % des voix et il est devenu le premier député du Tavini Huiraatira à siéger au Palais-Bourbon. Il a siégé dans le groupe de la Gauche démocrate et républicaine et demandé à l'État de dépolluer Moruroa et d'indemniser les victimes des essais nucléaires. Sa proposition de loi pour rendre inéligibles à vie les élus condamnés pour corruption n'a jamais été adoptée, ce qui n'a pas empêché les électeurs de le reconduire cinq ans plus tard, sous l'étiquette de la Nupes, avec 61,3 %.
Le 12 mai 2023, l'Assemblée de la Polynésie française l'a porté à la présidence par 38 voix, contre 16 au sortant Édouard Fritch et 3 à Nicole Sanquer. Il a gardé pour lui le tourisme, le numérique, les affaires internationales et le dossier des conséquences des essais, puis confié la vice-présidence à Eliane Tevahitua, première femme à ce poste dans l'histoire du territoire, alors que le Tavini venait de remporter 38 des 57 sièges aux territoriales.
Deux départs du groupe l'an dernier. Les municipales de mars ont ensuite tourné mal pour les indépendantistes. À Papeete, un ancien député s'est présenté sans l'investiture du parti en réclamant une clarification de sa ligne ; Brotherson, d'après Outremers 360, a appuyé cette demande et mis sa propre démission dans la balance. Quatorze représentants ont écrit un soir d'avril à Oscar Temaru pour quitter le groupe, au nom de « différences d'appréciation » sur « certaines orientations ». Cinq jours plus tard, les dissidents ont fondé A Fano Ti'a, un parti présenté comme proche du président. Le Tavini est tombé à 22 sièges. C'est le rythme qui les sépare : l'aile historique, autour de Temaru, veut aller vite vers la pleine souveraineté, quand Brotherson répète que ce choix ne peut être ni imposé ni précipité. Affaire de famille, aussi. Le président a épousé une fille du fondateur du Tavini. Antony Géros, président de l'Assemblée, a écarté toute motion de défiance « jusqu'en 2028 » ; le chef du gouvernement a répondu qu'il ne pouvait empêcher personne de chercher à saboter son travail. Quatorze dans la lettre, quinze selon d'autres décomptes : les récits divergent d'ailleurs sur le nombre exact de partants.
Et Paris, d'ici à la présidentielle ? Lui ne parie pas sur un changement de pied avant le scrutin : « Je crois qu'il ne faut pas se faire d'illusions », a-t-il lâché.