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RWANDA - ANNIVERSAIRE

Paul Kagame, le soldat qui a fait plier Paris

RWANDA - ANNIVERSAIRE Source : Facebook du PR

Deux stèles de laiton noir, au bord de la Seine. C'est avec Emmanuel Macron que Paul Kagame les a dévoilées au début de l'été, sur l'esplanade Habib-Bourguiba. « L'Archive », l'œuvre de l'artiste portugaise Grada Kilomba, porte une dédicace gravée aux quelque 800 000 victimes du génocide commis contre les Tutsi en 1994. Le président rwandais a salué devant son hôte le « courage » et l'« humanité » d'un chef d'État français. Puis il a rappelé que la France n'avait pas été la seule à faillir, avant de lui accorder ce que Kigali lui avait si longtemps refusé. « Affronter ses responsabilités historiques exige un vrai courage », a-t-il dit.

Les deux pays avaient rompu leurs relations diplomatiques pendant trois ans, à la fin de la décennie 2000. On mesure le chemin.

Emmanuel Macron s'était rendu à Kigali en 2021, deux mois après la remise du rapport de la commission présidée par l'historien Vincent Duclert, pour reconnaître que la France n'avait pas entendu les alertes qui avaient précédé les massacres. Le rapport retenait des responsabilités « lourdes et accablantes » de Paris, aveuglé par une lecture coloniale du pays, mais aucune preuve de complicité dans les tueries. D'excuses formelles, il n'a jamais été question. En mai, des juges français ont relancé l'enquête sur le rôle de la veuve de l'ancien président hutu Agathe Habyarimana, installée en France depuis près de trente ans.

Paul Kagame fête ses 69 ans ce vendredi. Il est né le 23 octobre 1957 à Tambwe, dans l'ancienne préfecture de Gitarama, aujourd'hui rattachée à la province du Sud, dernier des six enfants de Deogratias Rutagambwa et d'Asteria Bisinda, issue du clan royal des Nyiginya. Vers deux ans, il a quitté avec les siens le pays qu'il gouverne aujourd'hui, quand sa famille a fui les violences qui ont précédé l'indépendance. Son enfance s'est passée au camp de réfugiés de Nshungerezi, dans la région ougandaise du Toro. Et la Ntare School, où il a ensuite étudié, l'a suspendu avant qu'il ne termine sa scolarité à Kampala.

Un homme qui l'a longtemps protégé est mort cet été. Le 25 août, des proches de Tom Byabagamba ont annoncé son décès en prison, à 59 ans, après plus de douze ans de détention. Ancien chef de la garde présidentielle, le colonel avait été arrêté en 2014, puis condamné pour incitation au soulèvement et pour avoir « terni l'image du pays ». Son tort, aux yeux de l'accusation ? Avoir mis en cause le pouvoir dans l'assassinat de Patrick Karegeya, ancien chef du renseignement passé à l'opposition et tué à Johannesburg. Le président avait prévenu publiquement, après ce meurtre, que quiconque trahissait le pays en paierait le prix. Cause du décès inconnue. Son beau-frère Frank Rusagara, général jugé dans le même procès, était mort en détention l'an passé. Ils avaient tous deux vu leur emprisonnement dénoncé par un groupe d'experts des Nations unies sur la détention arbitraire.

Kagame a appris la guerre chez un autre, dans la rébellion de Yoweri Museveni, dont il est sorti chef du renseignement militaire de l'armée ougandaise une fois son mentor installé à Kampala. En octobre 1990, le Front patriotique rwandais (FPR) a franchi la frontière alors que Kagame suivait les cours de l'école d'état-major de l'armée américaine, à Fort Leavenworth, au Kansas. Fred Rwigyema, le chef de l'offensive, a été tué dès le deuxième jour. Le stagiaire est rentré. Pendant près de quatre ans, il a conduit une armée désorganisée de replis en trêves et d'accords non tenus en nouvelles offensives, jusqu'aux cent jours du génocide.

Le FPR a pris Kigali le 4 juillet 1994. Vice-président et ministre de la Défense dans la foulée, Kagame a tenu la réalité du pouvoir sans en porter le titre. Les ministres et les parlementaires l'ont élu président en avril 2000, par 81 voix contre 3, après la démission de Pasteur Bizimungu. Puis sont venues les urnes. Le suffrage universel lui a accordé 95 % puis 93 % des voix lors des deux premiers scrutins, près de 99 % en 2017 et 99,18 % en 2024. On apprend moins de ces chiffres sur l'opinion rwandaise que sur l'espace laissé à ceux qui voudraient la contredire. Une révision constitutionnelle, approuvée par référendum avec 98 % de oui, lui permet de se représenter jusqu'en 2034. Il a présidé l'Union africaine pendant un an, à la fin des années 2010, au moment où son gouvernement signait avec Arsenal le contrat qui a fait apparaître « Visit Rwanda » sur la manche des joueurs londoniens. Marié en Ouganda à Jeannette Nyiramongi, père de quatre enfants, supporteur du club, il passe pour ne dormir que quatre heures par nuit et parle kinyarwanda, anglais et français.

Les États-Unis ont haussé le ton bien avant l'été. C'est début mars que le Trésor américain a sanctionné les Forces rwandaises de défense et plusieurs hauts gradés pour leur soutien aux rebelles du M23 dans l'est de la République démocratique du Congo, au mépris de l'accord de paix conclu sous l'égide de Donald Trump. Kigali invoque la menace des miliciens hutu des FDLR. Et maintient sa ligne. La Gasabo Gold Refinery, à Kigali, accusée d'avoir écoulé une soixantaine de kilos de métal sorti des zones rebelles, a été visée à son tour.

À la veille même de l'inauguration parisienne, la Cour permanente d'arbitrage de La Haye avait rejeté la demande d'indemnisation de plusieurs dizaines de millions de livres que Kigali avait déposée contre Londres après l'abandon du projet britannique d'envoi de demandeurs d'asile vers le Rwanda.

Rien de tout cela n'a freiné les voyages du président. Le sultan Haitham ben Tariq l'a reçu deux jours à Salalah à la rentrée : accords sur la double imposition, l'énergie et la logistique, ambassades résidentes promises de part et d'autre, conseil d'affaires commun. Paris a suivi, avec le sommet sur l'espace réuni par Emmanuel Macron au Grand Palais devant les délégations d'environ 120 pays, et un entretien avec le directeur général de l'Unesco, Khaled El-Enany, pour parler d'éducation, de patrimoine et de mémoire, mais aussi de la commission sur l'intelligence artificielle que Kagame copréside. Le Rwanda s'est doté d'une agence spatiale il y a six ans et a ouvert l'an dernier une station au sol.

Et rester vingt ans de plus au pouvoir ne lui posait aucun problème, avait-il assuré en 2022 devant France 24.