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FRANCE - NECROLOGIE

Jean-Paul Huchon, la Région par accident

FRANCE - NECROLOGIE Source : Hegor / WC (CC BY-SA)

Personne n’avait prévu son nom. Au printemps 1998, la liste socialiste d’Île-de-France avait un chef, Dominique Strauss-Kahn, et ce chef a préféré rester ministre de l’Économie plutôt que de s’asseoir dans le fauteuil régional. Pourquoi Huchon ? Parce qu’il conduisait la liste dans les Yvelines. Il avait pourtant perdu un an plus tôt les législatives dans ce même département face à Pierre Cardo, avec 47,4 % des voix. Élu avec une majorité relative, pris en tenaille entre la droite et le Front national, l’ancien directeur de cabinet de Michel Rocard a présidé le conseil régional pendant dix-sept ans.

Sa famille a annoncé vendredi sa mort, à 80 ans. Ni le lieu ni les circonstances n’avaient été rendus publics dans la matinée.

C’est à Conflans-Sainte-Honorine, au confluent de la Seine et de l’Oise, que Rocard l’avait installé, d’abord comme adjoint, puis comme successeur à la mairie quand le maître lui a laissé la place, au milieu des années 1990. Le jeune administrateur de la direction du Budget, fils d’instituteur passé par Sciences Po et l’ENA, avait quitté le PSU pour le Parti socialiste. Avec Rocard, il avait même cosigné sous pseudonyme un livre contre le Marché commun. Mais tout s’est joué en cabinet. Il a dirigé celui de Rocard au Plan et à l’Agriculture, puis à Matignon pendant trois ans, d’où il a rapporté un récit au titre ironique, Jours tranquilles à Matignon. Entre les deux périodes, Édouard Balladur, revenu aux Finances après la défaite de la gauche, l’avait écarté de la direction générale de la Caisse nationale du Crédit agricole au bout d’un an.

François Pinault l’a ensuite recruté comme proche collaborateur, avant qu’un cabinet de chasseurs de têtes, Progress Associés, n’en fasse son vice-président jusqu’à son élection.

On retiendra surtout de lui une carte de transport. Entre les deux tours des régionales de 2010, face à Valérie Pécresse, socialistes, écologistes et Front de gauche ont fusionné leurs listes, et l’accord prévoyait d’en finir avec le découpage du réseau francilien en zones tarifaires. Huchon a été réélu avec près de 57 % des voix. Avant cela, sa révision du schéma directeur régional s’était heurtée au gouvernement et au Grand Paris de Christian Blanc. Il a fallu cinq ans pour que la promesse de l’entre-deux-tours arrive dans les poches des Franciliens : en septembre 2015, trois mois avant son départ, le passe Navigo est passé à un tarif unique de 70 euros par mois, le même à Mantes-la-Jolie qu’à Paris.

La cour d’appel l’a condamné en 2008 pour des marchés de communication que la Région avait passés au début des années 2000 avec des sociétés dont l’une employait sa femme, Dominique Le Texier. Six mois avec sursis et 60 000 euros d’amende. L’année d’inéligibilité prononcée en première instance a, elle, disparu en appel. Trois ans plus tard, le Conseil d’État lui a imposé de rembourser 1,6 million d’euros dans une affaire liée à ses comptes de campagne, sans toucher à son élection. C’est une subvention de 60 000 euros à l’association Green Lotus qui a provoqué en 2024 une seconde condamnation pour prise illégale d’intérêts, à huit mois avec sursis, parce qu’il n’avait pas signalé que l’association était présidée par un élu écologiste de sa propre majorité. Nous ignorons s’il a fait appel ; les comptes rendus consultés ne le disent pas.

Ses camarades l’ont arrêté avant les électeurs. Pour un quatrième mandat, Marie-Pierre de La Gontrie lui a d’abord disputé l’investiture, puis Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, est entré dans la course ; la primaire prévue n’a jamais eu lieu, La Gontrie s’étant retirée au profit de Bartolone. « Assassiné », a-t-il dit. En décembre, Bartolone a perdu face à Valérie Pécresse.

Et c’est la même Pécresse qui a reçu son soutien au second tour des régionales de 2021, contre l’union de la gauche. Il a jugé Audrey Pulvar « mauvaise » et Julien Bayou « extrémiste ». On aurait tort d’y lire un simple dépit de vaincu. Le Figaro avait déjà titré ainsi ses propos, quand Nicolas Sarkozy était à l’Élysée : « Le PS doit sortir de la doctrine marxiste ». Emmanuel Macron avait eu son soutien dès la présidentielle de 2017 ; l’année suivante, le conseil régional de Valérie Pécresse a fait de lui son président d’honneur.

Ce grand amateur de rock, capable de passer de Led Zeppelin aux New York Dolls, a enseigné les institutions et la gouvernance publique comme professeur associé à HEC, une fois sorti de la vie élective. Reste un livre paru en 2017, consacré à l’homme auquel il devait presque tout. Il s’appelle C’était Rocard, et Emmanuel Macron en a signé la préface.